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Décortiquer la technique de course gagnante d’Usain Bolt

Quels exploits que ceux du roi des Jeux olympiques de Rio! Vous avez vu ces courses de 100 m, 200 m et relais 4 X 100 m chez les hommes? Il l'a réussi, le triple triplé! Usain Bolt a en main (ou autour du cou) un trio de médailles d'or obtenues à chacun des derniers Jeux; c'est assez exceptionnel.

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

Cependant, son record personnel et mondial ne s'est pas produit lors de ces Jeux olympiques, où il a parcouru le 100 m en 9,81 s à Rio, 9,63 s à Londres et 9,69 s à Pékin, mais plutôt pendant les Championnats du monde à Berlin en 2009. Il est devenu alors l'homme le plus rapide du monde en courant le 100 m en 9,58 s.
D'ailleurs, avez-vous remarqué sa façon de courir? Un départ relativement lent, une accélération impressionnante vers le milieu de la course et une fin plutôt relaxe.

Biomécanique d'un coureur exceptionnel

Des chercheurs de l'Université nationale autonome du Mexique ont étudié la biomécanique de Bolt en analysant particulièrement cette course de 9,58 s.

Oui, Usain Bolt a un départ relativement lent par rapport à ses concurrents, mais ça s'explique. Mesurant 1 m 95 cm, il dépasse ses rivaux d'une quinzaine de centimètres ce qui fait que son centre de gravité est plus haut que les autres. Quitter les blocs de départ et atteindre rapidement une vitesse maximale ne se fait pas aisément pour lui. Il est désavantagé par rapport à un sprinter plus petit, car pour un coureur de 100 m, la clé du succès est de déplacer le plus rapidement possible son corps vers l'avant afin d'atteindre la vitesse maximale vers la moitié du parcours.

En plus, sa grande taille en fait un coureur moins aérodynamique, mais lui permet de grandes enjambées.

L'Association internationale des fédérations d'athlétisme a enregistré, à l'aide d'un dispositif laser, la position et la vitesse de Bolt chaque dixième de seconde pendant sa course à Berlin. À l'aide de ces données, les chercheurs mexicains ont développé un modèle mathématique qui décrit avec précision la biomécanique d'Usain Bolt.

La quantité d'énergie et de puissance que Bolt doit développer pour surmonter les effets de traînée causée par la résistance de l'air, en raison de sa grandeur, sont impressionnantes. Le modèle a calculé le coefficient de traînée, c'est-à-dire la force qui s'oppose au déplacement, en tenant compte de l'altitude de la piste à Berlin, de la température au moment du départ et de la surface du corps de Bolt.

La conclusion n'est pas surprenante : le Jamaïcain est effectivement moins aérodynamique que l'humain moyen, donc il doit travailler plus fort.

Le modèle indique aussi que 92 % de l'énergie totale que Bolt utilise pendant ces 9,58 s est absorbé par cette traînée, alors que seulement 8 % lui servent directement pour courir.

De plus, les chercheurs ont constaté que le maximum de la puissance que Bolt déploie survient à 0,89 seconde du début de la course, quand il n'est qu'à la moitié de sa vitesse maximale; ça démontre l'effet presque instantané de la traînée et la force qu'il doit exercer pour la contrer rapidement.

À titre de comparaison, sa puissance, évaluée à 2620 watts, correspond à plus d'une fois et demie la puissance maximale qu'un des meilleurs sprinters du Tour de France exerce en un coup de pédale. C'est l'une des capacités exceptionnelles de Bolt.

Le vent favorable

Le modèle tient aussi compte du vent favorable ou vent arrière qui influence de façon significative les résultats. Un vent favorable aurait-il aidé Bolt a enregistrer ce record mondial de 9,58 s à Berlin en 2009? Comparons avec le 100 m couru en 2008 à Pékin en 9,69 s.

À Pékin, le vent était nul, alors qu'il soufflait à 0,9 m/s à Berlin. Le modèle estime que, même sans vent favorable, Bolt aurait enregistré à Berlin un meilleur temps qu'à Pékin, estimé à 9,68 s.

Les foulées

Les enjambées de Bolt sont très longues et moins nombreuses que celles de ses rivaux. Par exemple, l'américain Tyson Gay qui détient un des meilleurs temps (9,69 s, donc 0,11 s de plus que Bolt) a eu besoin de quatre foulées et demie de plus que Bolt pour parcourir le 100 m; des enjambées qui faisaient en moyenne 24 cm de moins que celles du Jamaïcain.

Remarquez qu'une fois démarré, Usain Bolt ne perd pas trop de vitesse et arrive à se détacher du peloton vers la moitié du parcours. Mais attention : notre impression qu'il accélère aux trois quarts de la course est fausse, car en comparant chaque 10 mètres couru par chaque sprinteur, on se rend compte que les autres ralentissent, alors que Bolt garde le rythme.

Toujours plus vite?

Les records sont de plus en plus difficiles à battre, même par des centièmes de secondes, car la puissance que doivent développer les coureurs est énorme pour chaque parcelle de vitesse supplémentaire qu'ils acquièrent.

Il y a aussi les barrières physiques imposées par notre planète qui contribuent à faire plafonner la vitesse à laquelle court l'homme. Par exemple, si l'atmosphère était moins dense, Bolt courrait plus vite encore.

Mais il n'arriverait tout de même pas à la hauteur du guépard, le mammifère le plus rapide du monde, même s'il s'inspire un peu de sa technique de course. Avec sa vitesse de pointe en milieu naturel, le félin peut courir à plus de 110 km/h; selon une extrapolation linéaire, ça équivaudrait à courir le 100 m en 3,27 s.

Qui est champion de quoi?

Parlant guépards, au zoo de Cincinnati, on s'est amusé à en chronométrer qui coursaient. Le plus lent, celui qui semblait faire une promenade de santé, a parcouru 100 m en 9,97 s. Mais le plus rapide n'aurait fait qu'une bouchée de Bolt : il a franchi le 100 m en 5,95 s! Et cette course n'était que pour le plaisir, car dans la nature, il aurait fait encore plus vite en courant après sa proie!

D'ailleurs, c'est prouvé : à certains sports olympiques, les animaux sont rois. Le guépard est le champion de la vitesse, et celui du saut en hauteur est, sans conteste, le puma. Il franchit la barre des 5 m sans forcer, alors que le record humain est de 2,45 m.

Mais pour le marathon, qui arriverait le premier au fil d'arrivée, l'humain ou l'animal?

Il semble que cette fois, on aurait le dessus, pour trois raisons. D'abord, on emmagasine de l'énergie grâce à nos tendons, muscles et ligaments qu'on libère à chaque enjambée. Ensuite, notre corps étant pourvu de nombreuses fibres musculaires à contraction lente, on se fatigue moins vite lors d'effort de longue durée. Et finalement, on contrôle la chaleur corporelle et on la dissipe rapidement par les glandes sudoripares de notre peau; ainsi, on risque moins les coups de chaleur que les animaux.

Mais ça ne veut pas dire que devient champion olympique qui veut! Ça prend des dispositions naturelles sportives, d'énormes efforts et beaucoup d'entraînement!

Comparez votre temps de réaction avec celui de Bolt

Le New York Times s'est amusé à créer un petit programme qui nous permet de comparer notre temps de réaction à celui de Bolt lorsqu'est lancé le coup de départ. Quel est le vôtre?

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