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Demain : documentaire contre le ton moralisateur sur l'environnement

Sorti en Europe en décembre dernier, le documentaire Demain est un véritable phénomène sur le Vieux Continent avec plus d'un million d'entrées en France seulement. Ce film de l'auteur Cyril Dion et de l'actrice Mélanie Laurent, vendu dans 30 pays, montre de façon concrète à quoi pourrait ressembler le monde de demain. Inspirant.

Un texte de Étienne Leblanc reporter spécialisé en environnement

Cyril Dion en avait assez de faire la morale sur la question de l'environnement.

« On passait notre temps à demander aux gens d'arrêter de faire des choses, d'arrêter de manger de la viande, d'arrêter de prendre leur voiture, d'arrêter de prendre des bains, mais sans rien leur proposer », dit-il.

Quand il fonde l'ONG Colibris en 2007, il n'a qu'un but : faire sa part. D'où le nom de son mouvement, tiré d'une légende amérindienne selon laquelle des animaux, pris dans la tourmente d'un feu de forêt, se réfugient au bord d'un cours d'eau, paralysés par leur situation intenable. Parmi eux, un colibri s'agite, fait l'aller-retour entre le feu et la source d'eau. Il tente d'éteindre les flammes, une goutte à la fois. Les autres animaux le découragent : « ce que tu fais ne sert à rien, le feu est trop gros ». Et le colibri de répondre : « je fais ma part ».

Pour Cyril Dion, faire sa part voulait d'abord dire ne pas culpabiliser les gens face au terrible sort de la planète. « Nous voulions faire exactement le contraire », explique-t-il. Avec sa complice, l'actrice française Mélanie Laurent, il se laisse guider par une réflexion de Gandhi : « montrer l'exemple n'est pas la meilleure façon de convaincre, c'est la seule ».

Il se lancera dans l'aventure de Demain dans ce but unique : montrer des exemples. De San Francisco à Détroit, de Copenhague à Lille, de l'Islande à l'Inde, Dion et sa comparse parcourront dix pays pour nous montrer les pionniers de demain. Et ces pionniers ne sont pas que des individus isolés. Ce sont des communautés, des autorités municipales, des gouvernements locaux et nationaux.

Des exemples à grande échelle

Certes, on aurait pu craindre que son projet prenne la voie de la facilité, en ne s'intéressant qu'à des citoyens modèles, parfaits, que nous rêvons tous d'être. Ceux que nous avons vus cent fois dans les reportages et les documentaires qui nous décrivent à coup d'images apocalyptiques la catastrophe environnementale qui nous attend. Le citoyen X qui ne produit plus aucun déchet, ou la citoyenne Y qui fait 100 km à vélo tous les jours pour se rendre à son travail. Des exemples qui nous rendent coupables de ne pouvoir être aussi bons.

Cyril Dion n'est pas tombé dans ce piège, et c'est tout à son honneur.

Ainsi, on comprend mieux comment les autorités de Copenhague et du Danemark ont réussi à régler le problème de l'acceptabilité sociale des nombreux projets d'énergie éolienne dans la capitale et ailleurs dans le pays, en offrant aux milliers de citoyens de devenir propriétaire et d'en tirer des bénéfices. En Finlande, on comprend bien les effets de l'éducation à l'environnement dans les écoles du pays, une politique dont le gouvernement a fait une priorité.

À Détroit ou à San Francisco, rien ne se perd : l'agriculture et le recyclage des déchets de table sont mis au profit du développement économique des quartiers défavorisés. En Normandie, la permaculture à grande échelle est aussi productive que les plantations industrielles.

Dans tous les cas, ce sont des politiques publiques mises de l'avant par des gouvernements, ou des initiatives de communautés soutenues par des gouvernements.

Offrir des solutions : une recette gagnante

Avant de faire son film, une question obsédait Cyril Dion : comment faire pour que les gens qui voient le film en sortent avec l'envie de vraiment changer les choses?

Il faut croire que la recette de Cyril Dion a porté ses fruits.

Ce film, c'est l'histoire d'un petit documentaire sur l'environnement sur lequel les producteurs ne voulaient pas miser. Il aura fallu une campagne de sociofinancement du tonnerre - 735 000 $ récoltés en deux mois auprès de plus de 10 000 donateurs - pour que les bailleurs de fonds s'y intéressent.

Depuis sa sortie en France, grâce à un bouche-à-oreille grandissant, le film a enregistré plus d'un million d'entrées, un nombre exceptionnel pour un documentaire dont la campagne de promotion était minimale au départ. C'est sans compter les centaines de projections dans les écoles, les centres communautaires, les hôtels de ville, etc.

Au succès public est venu s'ajouter en février dernier le succès critique : Demain remportait le César du meilleur documentaire.

Mais encore : bien que le film fasse le procès du libéralisme et de la mainmise de la grande industrie sur les gouvernements, de nombreuses entreprises, y compris des sociétés du domaine de l'énergie, ont invité Cyril Dion à présenter son film à leurs employés.

« Il faut passer d'un modèle économique avec de très grandes structures, où le pouvoir est très concentré au sommet, à des milliers de petites structures, dit-il. Un peu comme dans la nature. C'est un enjeu écologique, économique et démocratique. Donner trop de pouvoir à une structure énorme, malheureusement, ça ne marche pas ».

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