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Demande en recours collectif contre le podologue Pierre Dupont

Une demande de recours collectif a été déposée contre le podologue ontarien Pierre Dupont, qui a inséré des copies d'implants non homologuées dans le pied de dizaines de ses patients. On lui réclame 15 millions de dollars.

Un texte de François Dallaire À La facture

Son ordre professionnel, l'Ordre des podologues de l'Ontario, est aussi visé par cette poursuite.

Pierre Dupont est un ex-dentiste de Québec qui a été radié à vie pour « avoir mis la santé et la vie en péril de ses patients », comme on peut le lire dans un jugement rendu contre lui par le Tribunal des professions.

Devenu podologue en Ontario, il s'est entre autres spécialisé dans la pose d'implants de marque HyProCure, des implants homologués par Santé Canada et conçus pour corriger l'ossature des personnes affectées par les pieds plats.

Des implants copiés et modifiés

Mais nous avons appris qu'au lieu de poser des implants de marque HyProCure, Pierre Dupont a inséré des copies qu'il a modifiées et qu'il a fait usiner sans détenir une homologation. C'est l'entreprise Quéloz, de Québec, qui a fabriqué et vendu illégalement les implants.

Selon le directeur de Quéloz, Richard Légaré, Pierre Dupont a fait fabriquer une cinquantaine de copies. Il les a payées moins de 50 $ chacune, réalisant du coup une économie de 950 $, une somme qu'il a gardée pour lui. Normalement, pour chaque implant vendu au coût de 3500 $, il devait remettre 1000 $ au fabricant d'HyProCure, l'entreprise GraMédica.

L'inventeur d'HyProCure, Michael Graham, a rompu tous ses liens avec Pierre Dupont et menace de le poursuivre. « C'est horrible ce qu'il a fait. J'étais très fâché. Vraiment frustré. C'est quelqu'un en qui j'avais confiance, que j'avais formé, à qui j'ai donné tout le matériel pour aider les gens, car c'est notre but, aider les gens, précise M. Graham. Et il a fait tout le contraire. Au lieu d'aider les gens, il a nui aux patients. »

Le cas de Francis 

La mère de Francis Deschênes, Maryse Pagé, avait confiance en Pierre Dupont. Elle a payé près de 7000 $ pour que son fils de 7 ans ait deux implants afin de corriger la posture de ses pieds. Elle souhaite qu'on retire à Pierre Dupont son permis d'exercice.

Maryse Pagé a fait retirer les deux copies d'implants des pieds de son fils. Nous voulions savoir quels matériaux Pierre Dupont a utilisés pour faire ses copies. Nous les avons confiées à l'École polytechnique de Montréal, au Laboratoire d'innovation et d'analyse de bioperformance.

Nous avons découvert qu'il a utilisé les mêmes matériaux que l'original, mais qu'il a ajouté un enduit de polymère sur ses copies. C'est une erreur, selon l'inventeur Michael Graham, qui avait déjà testé des implants avec enduit. « La raison pour laquelle nous ne recouvrons pas les implants d'un enduit, c'est pour conserver son caractère réversible. C'est plus difficile de retirer un implant avec enduit, versus un implant régulier d'HyProCure », précise M. Graham. 

Un recours collectif 

Nous avons identifié une trentaine de personnes flouées. Elles sont regroupées autour d'un recours collectif qui a été déposé au printemps dernier. Quinze millions de dollars sont réclamés à Pierre Dupont ainsi qu'à son ordre professionnel, l'Ordre des podologues de l'Ontario.

La poursuite reproche à l'Ordre d'avoir admis en ses rangs Pierre Dupont malgré ses antécédents. La poursuite lui reproche aussi de ne pas l'avoir encadré par la suite.

À la demande de l'Ordre, David Greenberg, un podiatre d'Ottawa, avait pourtant supervisé le travail de Pierre Dupont pendant un an et demi. Mais l'Ordre lui a ensuite remis un permis pour exercer la profession sans même exiger de voir son rapport d'évaluation.

Maryse Pagé considère aussi que l'Ordre, dont le mandat est de protéger le public, n'a pas fait son travail. « Je ne me suis pas sentie protégée du tout parce que si leur travail avait été fait dès le départ, ça ne serait jamais arrivé. »

Quant à l'entreprise Quéloz, qui a fabriqué et vendu les implants, le règlement sur les instruments médicaux interdit la vente d'un instrument médical à moins que le fabricant soit titulaire d'une homologation. « Quéloz ne détient aucune homologation canadienne d'instrument médical » a précisé Maryse Durette, porte-parole de Santé Canada.

Ni l'Ordre des podologues de l'Ontario ni Pierre Dupont n'ont accepté nos demandes d'entrevue.

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