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Demandeurs d'asile : Couillard presse Ottawa d'en faire plus

Le gouvernement Trudeau doit accélérer « au maximum » le traitement des dossiers des demandeurs d'asile qui affluent au Québec depuis plusieurs jours, affirme le premier ministre Philippe Couillard. Selon Québec, leur nombre a triplé au cours des deux dernières semaines.

« La chose importante à dire, pour que les gens comprennent bien, c’est que tant que le statut de ces réfugiés n’est pas décidé par le gouvernement fédéral, la grande majorité des dépenses sont à la charge du gouvernement du Québec », a commenté M. Couillard jeudi matin.

« Ça veut dire qu’on leur donne de l’aide de dernier recours, de l’aide au logement. On leur donne des soins de santé, même l’éducation pour les enfants. Tout ça coûte très cher et on ne veut pas que le délai se prolonge indûment », a-t-il poursuivi. « On parle de plusieurs millions de dollars, c’est clair. »

Selon Québec, 150 demandeurs d'asile en provenance des États-Unis arrivent quotidiennement au Québec depuis deux semaines, alors que le rythme des arrivées était de 50 depuis le début du mois de juillet. Pas moins de 6500 autres étaient arrivés dans les six premiers mois de l'année.

À l'heure actuelle, 1575 d'entre eux sont hébergés de façon temporaire dans une dizaine d'établissements de Montréal, notamment au stade olympique, qui leur a ouvert les portes mercredi.

« Faut s’occuper du monde. C’est du monde dans des situations de détresse terrible, on le voit », a commenté Philippe Couillard. « On doit remplir notre rôle, et je pense que les Québécois sont au rendez-vous. [...] Mais je réitère ma demande pour que le processus soit accéléré au maximum. »

Selon M. Couillard, ces phénomènes migratoires constituent un « signe du siècle ». Il refuse toutefois de blâmer directement l'administration Trump. « Je ne suis pas en politique pour être l’opposition à M. Trump », s'est-il contenté de dire à ce sujet.

Objectif : transférer les gens dans des logements permanents

La déclaration de M. Couillard a été faite quelques minutes à peine après que la ministre de l'Immigration et la ministre déléguée à la Santé, Kathleen Weil et Lucie Charlebois, eurent fait le point sur la situation en conférence de presse, aux côtés de deux députés libéraux fédéraux de la région de Montréal, Marc Miller et Emmanuel Dubourg.

Selon les deux ministres provinciales, le gouvernement fédéral « s'engage à prévoir les ressources nécessaires pour accélérer le traitement des demandes d’asile et les démarches d’obtention d’un permis de travail, ainsi que pour garantir une meilleure répartition des demandeurs à travers le pays ».

« On a demandé au gouvernement fédéral d’accélérer le traitement des dossiers, parce que ça permettrait d’amener les gens rapidement du logement temporaire au logement permanent », avait indiqué la ministre Weil dans une entrevue accordée mercredi à Radio-Canada. « Normalement, ça prend 48 heures. Et là, c’est plusieurs semaines. »

La ministre de l'Immigration a également indiqué en conférence de presse avoir demandé à son homologue fédéral Ahmed Hussen d'accélérer le traitement des dossiers, d'assurer que les demandeurs d'asile qui veulent vivre dans une autre province y soient transférés rapidement, et d'obtenir un profil démographique des nouveaux arrivants pour que leurs enfants soient inscrits à l’école ou que les femmes enceintes soient bien suivies, entre autres exemples.

Selon Mme Weil, ces demandes ont été « accueillies favorablement » par Ottawa.

Lucie Charlebois a pour sa part affirmé que Québec est « en contrôle de la situation », même si les besoins sont « plus élevés qu'à l'habitude ». Elle a aussi indiqué que tous les nouveaux arrivants doivent se soumettre à une évaluation médicale d'entrée de jeu, afin d'éviter toute propagation d'une maladie infectieuse. Québec leur offre aussi une aide psychosociale.

La ministre déléguée à la Santé a fait savoir que de nouveaux lits seront ajoutés au stade olympique afin que l'endroit puisse accueillir jusqu'à 600 personnes. Elle a aussi indiqué que Québec considérait utiliser temporairement une école pour en accueillir 400 autres.

Selon la ministre Weil, Ottawa s'attend à recevoir 36 000 demandes d'asile cette année, dont 12 000 au Québec, une situation comparable à 2008. De nombreux Mexicains avaient alors déposé une demande pour obtenir le statut de réfugié; la majorité de ces demandes avaient été refusées.

Ottawa agit, assure un député fédéral

Le député fédéral Marc Miller, présent en lieu et place du ministre Hussen, assure qu'Ottawa a « agi rapidement » pour accroître la capacité de traitement des demandes et transporter vers d'autres provinces ceux qui veulent y vivre, mais sans donner plus de détails.

Il a indiqué que toutes les demandes d'asile seront dûment examinées par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, en fonction des risques auxquels ils font face dans leur pays d'origine et des lois canadiennes.

Mais la porte-parole conservatrice en matière d’immigration, de réfugiés et de citoyenneté, Michelle Rempel, n'est pas de cet avis. Elle presse le gouvernement d’agir face au nombre croissant de passages illégaux à Saint-Bernard-de-Lacolle. « Nous savons depuis le début de l’année que ce problème n’allait qu’empirer au cours de l’été, mais les libéraux n’ont aucun plan pour contrer l’augmentation massive des passages à la frontière », a-t-elle écrit dans un communiqué.

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière, est aussi critique. « C’était une crise annoncée, on le savait ce qui se préparait. On dirait que le gouvernement est toujours en mode réactif. Il réagit comme ça à la petite semaine », a-t-elle lancé.

Ottawa défend l'entente sur les tiers pays sûrs, l'opposition la remet en question

Marc Miller a par ailleurs livré une profession de foi envers l'Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs, un accord en vigueur depuis 2004, malgré les nombreuses critiques dont elle est l'objet depuis le début de l'année.

Cet accord stipule que les demandeurs d’asile sont tenus de présenter leur demande dans le premier des deux pays où ils arrivent. Cela explique pourquoi certains franchissent illégalement la frontière canado-américaine; s'ils se présentaient plutôt à un poste frontalier, ils seraient immédiatement refoulés.

Selon le député Miller, l'accord « a fait ses preuves » et demeure encore aujourd'hui « une façon très efficace de gérer les dossiers de réfugiés entre deux grands pays ».

La députée Laverdière affirme pour sa part que l'entente devrait être suspendue « en attendant de voir comment la situation évolue aux États-Unis ».

« Je crois comprendre qu'à peu près la moitié des gens qui arrivent à Lacolle, par exemple, veulent aller en Ontario. Alors là, on fait le triage à Lacolle, alors que si l'accord sur les pays tiers était suspendu, ces gens-là pourraient entrer par un poste-frontière directement en Ontario », a-t-elle commenté.

« Ça soulagerait un peu le Québec et des provinces comme le Manitoba qui, en ce moment, reçoivent une large portion de ces demandeurs d'asile et ça créerait un système mieux organisé », a-t-elle ajouté. « Et ça empêcherait des gens de se geler les mains, les pieds, de mourir en plein hiver en essayant de traverser la frontière. »

Quelques réfugiés ont effectivement failli mourir de froid l'hiver dernier en tentant de franchir la frontière canado-américaine.

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