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Demi-finales du Mondial : cinq questions à nos analystes

Il n'en reste plus que quatre. Quatre équipes et quatre matchs de la Coupe du monde de soccer de 2018, avec d'abord deux demi-finales à savourer dès mardi, en Russie. Nos analystes décortiquent les chocs France-Belgique (mardi à 14 h [HAE] à Saint-Pétersbourg) et Angleterre-Croatie (mercredi à 14 h à Moscou) et reviennent sur les quarts de finale.

Quel a été votre coup de cœur des quarts de finale?

Olivier Paradis-Lemieux : Si le match Belgique-Brésil a peut-être été le meilleur de ce Mondial, que la victoire de la France face à l’Uruguay a été l’une des plus maîtrisées, que le retour de l’équipe anglaise en demi-finales après une disette bien trop longue pour le pays inventeur du sport était le plus attendu, c’est la victoire de la Croatie au bout du suspense dans le match le moins agréable à regarder des quarts qui l'emporte ici.

Après avoir été menée en première mi-temps, après avoir perdu son avance en prolongation ainsi que pendant les tirs au but, la Croatie n’aura jamais paniqué afin d’éliminer (enfin) l’équipe russe qui, à défaut d’être séduisante, se sera rendue bien plus loin que la somme de son talent ne pouvait le laisser présager.

Olivier Tremblay : Les gardiens, tout particulièrement le Français Hugo Lloris et l’Anglais Jordan Pickford. Le premier a réalisé un arrêt crucial contre Martin Caceres qui a empêché l’Uruguay de créer l’égalité quelques minutes après l’ouverture du pointage par les Français. La performance du second en deuxième mi-temps contre la Suède a été tout simplement formidable.

Chaque petit détail compte en Coupe du monde. Chaque arrêt peut garder en Russie une équipe qui, autrement, serait en route pour l’aéroport.

Quelle équipe éliminée aurait pu/dû être des demi-finales?

Olivier Tremblay : Un mauvais match ne devrait pas effacer le travail accompli par le sélectionneur brésilien Tite. Contre la Belgique, la Seleçao n’est pas parvenue à trouver une solution tactique aux problèmes que posait l’adversaire, et Fernandinho n’a tout simplement pas été à la hauteur de l’excellent Casemiro, suspendu, devant la défense.

Mais de façon générale, l’organisation défensive du Brésil, chantier logique après la débâcle à domicile il y a quatre ans, a été efficace au possible en 2018. La Copa América disputée au Brésil en 2019 offrira au pays la possibilité d’enfin reléguer le traumatisme aux oubliettes. Si l’équipe hôtesse maintient le cap, elle a toutes les raisons de croire à une neuvième couronne continentale.

Olivier Paradis-Lemieux : Pas besoin de s’incliner aux tirs au but pour avoir manqué de peu le tour suivant. Malgré sa défaite de 2-0 aux mains de l’Angleterre, la Suède était bien plus près des demi-finales que le pointage final l’a montré.

Alors que les Anglais ont converti leurs deux seuls tirs cadrés en but, les Suédois se sont butés trois fois sur des détentes parfaites de Jordan Pickford. Aucun joueur dans cette Coupe du monde n’a d’ailleurs manqué autant de réussite devant le filet que le Suédois Marcus Berg, qui aurait pu s’attendre, selon les statisticiens d’Opta, à marquer 2,75 buts de plus en Russie...

Quelle sera la clé du match France-Belgique?

Olivier Paradis-Lemieux : Le travail en milieu de terrain du duo N’Golo Kanté-Paul Pogba sera crucial pour couper l’oxygène aux mouvements dévastateurs de l’infernal trio offensif des Belges formé de Kevin De Bruyne, Eden Hazard et Romelu Lukaku. Une lutte fascinante qui déterminera probablement l’issue du match.

De l’autre côté, est-ce que la défense à trois belge résistera aux envolées de Kylian Mbappé? La Belgique se porte régulièrement vers l’avant, mais a tendance à se découvrir derrière, laissant le genre d’espaces dans lesquels « 37 » (le nouveau surnom du prodige français en raison de sa vitesse de pointe enregistrée à ce Mondial) peut accélérer comme personne.

Olivier Tremblay : La préparation de l’équipe française ne sera pas simple. Comment la Belgique s’organisera-t-elle en l’absence de Thomas Meunier? Défense à trois ou à quatre? À trois et demi, comme en quarts contre le Brésil?

La réaction de la France au jeu que proposera la Belgique, quelle qu’elle soit, s’articulera probablement autour d’un thème : Kylian Mbappé et son exploitation des espaces.

Quelle sera la clé du match Angleterre-Croatie?

Olivier Tremblay : Dans quelle mesure les Croates seront-ils entreprenants? Leurs deux derniers matchs ont duré 120 minutes chacun. Les réserves d’énergie doivent commencer à diminuer, et le bloc croate pourrait être plus bas qu’il ne l’a été depuis le début de la compétition.

En revanche, l’Angleterre est justement plus à l’aise dans le jeu quand l’adversaire prend des initiatives. Oups.

Les Anglais sont parvenus à se faufiler derrière la défense suédoise en quarts de finale, mais il avait d’abord fallu l’assouplir avec un premier but sur phase arrêtée. Le même scénario attend-il les Anglais contre la Croatie?

Olivier Paradis-Lemieux : Le succès de l’Angleterre dans ce Mondial vient surtout des phases arrêtées (8 de ses 11 buts), et c’est d’ailleurs l’une des faiblesses de l’équipe croate. La Russie en a profité samedi pour égaliser en toute fin de prolongation et les Danois pour ouvrir la marque en huitièmes. Les Anglais, souvent incapables de terminer leurs actions de plein jeu (surtout Raheem Sterling), voudront certainement continuer leur travail sur ces phases de jeu, minutieusement préparées par Gareth Southgate.

Les Croates ont aussi baissé de régime depuis la phase de groupe, se qualifiant à l’arraché pour les quarts et les demi-finales, chaque fois aux tirs au but, contre des équipes attentistes, défensives, mais déterminées. Que restera-t-il dans leur réservoir après avoir couru deux fois 120 minutes en phase éliminatoire? Celui de Luka Modric ne semblait toutefois pas être vide en fin de match contre la Russie, et c’est peut-être, au fond, tout ce qui compte.

Qui jouera en finale?

Olivier Paradis-Lemieux : Belgique-Croatie. Pourquoi pas une finale entre deux « petites » nations du foot plutôt qu’entre deux « grandes ». Belges et Croates profitent chacun d’une vague de talents jamais vue dans leur pays respectif. Et pour eux, c’est maintenant ou peut-être bien jamais. Deux générations dorées pour un trophée en or massif. Les (bien) jeunes Français et Anglais veulent accrocher une deuxième étoile à leur maillot respectif, mais une étoile belge ou croate serait un bel ajout à la constellation du soccer mondial.

Olivier Tremblay : France-Angleterre. Tout juste. L’absence de Thomas Meunier tombe à un bien mauvais moment et prive Roberto Martinez d’un élément crucial du système qui a battu le Brésil. Les Bleus, à l’inverse, retrouveront le polyvalent Blaise Matuidi après une suspension d’un match. Les Diables rouges, qui se sont amusés comme des fous autour des milieux brésiliens, auront beaucoup plus de pain sur la planche cette fois.

Dans l’autre demi-finale, les Three Lions ont, en théorie, ce qu’il faut pour faire mal aux Croates. Ils sont plus reposés, ils sont redoutables sur phase arrêtée et leur rapidité risque de donner des maux de tête (et de jambe) aux défenseurs adverses.

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