Retour

Dernier débat : Stephen Harper ciblé par ses adversaires

Le dernier débat de la campagne, organisé par TVA à Montréal, a été marqué par des attaques senties contre le premier ministre sortant Stephen Harper, qui remonte dans les intentions de vote, selon les derniers sondages. Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, en perte de vitesse au Québec, a quant à lui tenté de s'imposer comme le visage du changement.

Un texte de Marie-Ève Maheu

C'est l'économie qui a lancé le débat, la préoccupation numéro un des électeurs et l'élément central du programme des conservateurs. M. Harper, qui se présente comme le champion des baisses de taxes et d'impôts, a vite été ciblé par ses adversaires. 

« Ça fait dix ans que vous ne faites rien sur l'environnement, que vous n'avez pas compris qu'il faut bâtir une économie forte en protégeant l'environnement en même temps », a lancé le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, à son homologue conservateur Stephen Harper. 

« Vous avez éliminé les crédits d'impôt pour les fonds des travailleurs, vous avez haussé l'âge de la retraite de 65 à 67 ans pour avoir accès à la sécurité du revenu. [...] Vous êtes allé en Suisse pour le faire [...] Qu'est-ce que vous cachez cette fois? » a lancé le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair. 

Le chef du NPD a aussi décoché quelques flèches à Justin Trudeau, avec qui il rivalise pour incarner le changement que cherchent de nombreux électeurs. « Dans ma famille, on a toujours dit que les actions parlent plus fort que les paroles. Vous parlez des budgets de M. Harper, mais vous avez voté pour plusieurs budgets des conservateurs. Je peux vous assurer que je n'ai jamais voté pour un budget de Stephen Harper », lui a lancé M. Mulcair. 

Et d'ajouter : « Vous avez les mêmes politiques au niveau économique, social et environnemental », rappelant l'appui des libéraux à loi antiterroriste et au projet d'oléoduc Keystone XL vers les États-Unis.

Justin Trudeau, qui se faisait une fois de plus reprocher son intention d'enregistrer des déficits durant les trois premières années d'un gouvernement libéral, a souligné au chef conservateur Stephen Harper que les déficits ne lui étaient pas étrangers. « Les seules années où vous ne faites pas des déficits, ce sont les années électorales! », a lancé Trudeau à M. Harper.

L'impact du Partenariat transpacifique sur le système de la gestion de l'offre s'est vite retrouvé dans le débat. « Je voudrais savoir si la gestion de l'offre va être préservée de façon intacte », a demandé le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe au premier ministre sortant, qui s'est contenté de répéter qu'il avait l'intention de « préserver ce système ».

Gilles Duceppe a ensuite tourné ses attaques contre Thomas Mulcair, qu'il a encore une fois accusé de tenir un double discours sur le projet Énergie Est, lui reprochant de dire qu'il est pour lorsqu'il s'adresse au Canada anglais et qu'il est contre lorsqu'il parle au Québec. Thomas Mulcair a juré, au contraire, qu'il s'y opposait dans l'actuel contexte de contrôle environnemental « éviscéré par les conservateurs ». « C'est non à Énergie Est et jamais je ne l'accepterai. Mais nous allons mettre en place un système d'évaluation complet et crédible. »

« Vous me surprenez, parce que vous avez dit lors d'un débat en anglais que c'était un win-win-win », a rétorqué M. Duceppe.

Le niqab

Encore une fois, l'incontournable question du niqab s'est retrouvée dans le débat, un sujet qui mine la campagne du NPD depuis plusieurs jours.

Stephen Harper, qui veut légiférer pour que le serment de citoyenneté se fasse à visage découvert, a défendu sa position en affirmant qu'elle reflétait les valeurs d'égalité entre homme et femme des Canadiens. Il a rapidement été pris à partie par ses adversaires.

« Vous avez plus d'hommes dans votre caucus qui sont anti-avortement qu'il y a de femmes qui portent le niqab au Québec », a lancé Justin Trudeau.

« M. Harper a le culot de faire semblant que c'est une question pour lui du droit des femmes, mais si on regarde son bilan, ses députés ont rouvert à plusieurs reprises le débat sur l'avortement, il a fermé le programme de refuges pour femmes, il refuse une enquête sur les 1200 femmes autochtones disparues ou assassinées, a dit Thomas Mulcair. Votre bilan va jusqu'au nombre de femmes candidates, dans cette élection, vous avez 20 % de femmes, nous en avons 43 %. »

Le chef néo-démocrate a rappelé que seulement deux femmes ont refusé de prêter leur serment de citoyenneté parce qu'elles devaient retirer leur voile depuis 2011.

« Vous n'êtes même pas capable de convaincre vos propres députés de cette position, un cas est un cas de trop », a répliqué M. Harper.

« Mon amour »

Sur le thème du Canada dans le monde, le chef du Bloc québécois a profité d'un duel avec Justin Trudeau pour l'attaquer sur le bilan passé des libéraux qui, dit-il, ont coupé de moitié le budget de l'aide humanitaire de Brian Mulroney à Jean Chrétien. « Ça, c'est les libéraux qui l'ont fait. »

« C'est une version de l'histoire mon amour ... euh, mon ami », s'est repris Justin Trudeau, déclenchant une vague de railleries sur les réseaux sociaux. « J'ai des chicanes avec ma femme sur ça », a blagué M. Trudeau pour se justifier.

Cliquez ici pour voir la déclaration de Justin Trudeau à Gilles Duceppe

Le chef libéral a rappelé qu'il souhaitait investir davantage dans l'aide humanitaire et qu'il veut mettre fin à la mission de combat contre le groupe armé État islamique.

Le NPD veut aussi se retirer de la mission de combat dans laquelle s'est engagé le gouvernement conservateur. « Ce n'est pas en ajoutant plus de bombes qu'on va rendre notre monde plus sécuritaire, a lancé M. Mulcair à Stephen Harper. Ça prend une voix raisonnée pour la paix. Quand vous êtes arrivé au pouvoir, on était 32e au monde pour le maintien de la paix et on a dégringolé au 68e rang », a-t-il déploré.

À Gilles Duceppe qui l'accusait d'avoir terni la réputation du Canada dans le monde, Stephen Harper a répliqué que le Canada faisait l'envie de bien des gens. « Nous sommes le pays le plus admiré, pas par le Bloc, mais par la majorité des gens dans le monde. »

Au sujet de l'accueil des réfugiés, Justin Trudeau et Thomas Mulcair ont parlé d'une seule voix en affirmant que le Canada se devait de faire plus. Ils ont tous deux dénoncé l'utilisation par Stephen Harper de ce qu'ils considèrent comme « un faux problème de sécurité » afin de ne rien faire. 

M. Harper a quant à lui défendu son approche « équilibrée » dans le dossier, avec des frappes aériennes contre le groupe armé État islamique, de l'aide humanitaire et l'accueil de réfugiés. 

Sur la question de la sécurité, Justin Trudeau a reproché à Stephen Harper d'être « dans la poche du lobby canadien et américain des armes à feu ». Comme Thomas Mulcair, il l'accuse de ne pas faire assez pour contrôler les armes au pays et surtout d'être le seul pays de l'OTAN à ne pas avoir signé le Traité sur le commerce des armes des Nations unies.

« Le Canada respecte presque toujours les éléments de cette entente et on est en consultation avec l'industrie », a rétorqué le premier ministre Harper.

Le débat s'est terminé sur l'augmentation de l'âge de la retraite, la pauvreté et la fin du service postal à domicile, des dossiers où le bilan conservateur a de nouveau été mis à mal par ses adversaires.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine