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Des bacheliers, maîtres et docteurs dans des centres d’appels

De plus en plus de Canadiens obtiennent un diplôme universitaire. Certification en main, ils espèrent exercer dans leur champ d'études et être rémunérés. Pourtant, au Canada, plus du tiers des travailleurs sont trop qualifiés pour leur emploi. Des économistes croient que les universités doivent mieux s'arrimer au marché du travail.

Un texte de Wildinette Paul

Si vous appelez au centre de services à la clientèle de Nordia, c’est peut-être Mariam Choumani qui vous répondra. Elle possède un baccalauréat en mathématiques. Mais depuis sept ans, elle travaille en tant qu’agente au service à la clientèle pour Nordia.

« Le poste que j’occupe demande un diplôme secondaire. C’est sûr que quand tu commences, tu veux aller plus loin », mentionne Mme Choumani.

Des agents qui ont un diplôme supérieur à ce que Nordia exige sont nombreux au sein de l’entreprise.

Près du quart des employés embauchés depuis 2015 détient un baccalauréat, une maîtrise ou même un doctorat, selon un sondage interne.

« C’est un atout pour nous, admet Anass Bekouni, directeur des opérations. C’en est aussi un pour eux. Quelqu’un qui sort de l’université est un diplômé. En combinant le marché du travail et le diplôme, c’est à ce moment que le vrai talent ressort. Les gens peuvent aussi apporter leur savoir. »

Mais il peut être surprenant de voir des diplômés dans des centres d’appels alors que la province vit une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée.

Incompréhension du marché du travail

Pour l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, ces professionnels qui ne travaillent pas dans leur champ d’études sont le résultat d’un mauvais arrimage entre l’offre et la demande.

« Souvent quand on va, que ce soit au collège communautaire ou à l’université, on va choisir des secteurs qui nous intéressent. Mais ça ne veut pas dire que ces emplois existent dans la communauté où l’on souhaite vivre », ajoute M. Desjardins.

Les étudiants internationaux plus touchés

Ceux qui absorbent le coup le plus dur sont les étudiants internationaux.

« Ça peut être pour des questions de réseautage, de blocage culturel ou même du racisme ou encore la question du bilinguisme, informe Pierre-Marcel Desjardins. Il ne faudrait pas généraliser, mais dans certains cas on a un gaspillage de qualification avec la réalité du travail », dit M. Desjardins.

Pour certains, l’incapacité d’exercer dans son champ d’étude les oblige à quitter la région de Moncton.

Après avoir travaillé dans des centres d’appels de Moncton, Roberson Étienne est parti à Montréal pour trouver un emploi en gestion de l’information. « C’est très difficile, mentionne-t-il. Tu te poses toutes sortes de questions, comme : est-ce que le client qui te crie après à une formation plus élevée que la tienne ? »

Gravir les échelons

Pierre-Marcel Desjardins assure qu'occuper un poste qui requiert une certification moins élevée comporte des avantages pour les diplômés. Par ailleurs, il rappelle aux universités l’importance d’avoir un discours cohérent au marché du travail lors des recrutements.

« Ça peut être des mécanismes d'intégration, des expériences qui vont être un tremplin vers d'autres emplois beaucoup plus axés sur le domaine en question », indique l’économiste.

Nordia promeut cette possibilité de gravir les échelons de l’entreprise. « On a beaucoup de belles histoires. Il y a des gens qui ont ajouté de leur savoir. Il y a des gens qui ont grimpé vraiment vite qui sont devenus chefs d’équipe », souligne Anass Bekouni.

De son côté, Roberson Étienne, croit que tous ne pourront pas obtenir ces postes. « Après avoir étudié et payé pendant quatre ans l’université, je ne suis pas sûr que travailler dans un centre d’appels me met vraiment en valeur. »

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