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Des bénévoles religieux dans une école publique, « une aberration du système »

Le fait qu'une école publique pense accepter l'aide de bénévoles, notamment un groupe religieux, pour compenser le manque de services rendus aux élèves, suscite de vives réactions. « C'est une aberration du système », selon le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation, le député péquiste Alexandre Cloutier.

Un texte de Marie-Ève Tremblay d'ICI Grand Montréal

Depuis le 1er juillet dernier, il n'y a plus de technicien en documentation à la bibliothèque de l'École secondaire Jeanne-Mance. Depuis,  les étudiants ont principalement accès au local durant les heures de classe. L'Église baptiste du Plateau Mont-Royal, qui loue un local à l'école le dimanche, a décidé d'offrir bénévolement ses services à la direction de l'établissement afin de travailler dans sa bibliothèque et de combler d'autres besoins.

« Je ne peux pas croire qu'on est rendu si loin dans nos coupures, qu'on est obligé de demander à un groupe religieux de s'occuper d'une bibliothèque. Comment se fait-il qu'on n'est pas capable d'offrir une bibliothèque à l'extérieur des heures habituelles de classe pour s'assurer que nos jeunes puissent avoir accès à ces services? » demande M. Cloutier.

Le député du Parti québécois ne voit pas de problème à ce que des bénévoles, à titre individuel, s'impliquent. Toutefois, estime-t-il, lorsqu'il s'agit d'un groupe clairement identifié, « c'est plus problématique » et « c'est au ministère de l'Éducation de clarifier les règles ».

De son côté, le cabinet du ministre François Blais nous a envoyé une note en réaction à notre reportage : « Évidemment, il n'y a pas de place au prosélytisme dans nos écoles. Les bénévoles doivent travailler dans le cadre de la mission de l'école. Ceci étant, la commission scolaire et l'école sont responsables de s'en assurer. »

Des parents inquiets

Le comité de parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a aussi certaines réserves. Sans prendre de position officielle pour ce cas précis, sa porte-parole, Ève Kirlin, souligne que le contexte suscite de l'inquiétude chez certains parents. Les parents qui se sont confiés à elle se demandent quel sera l'encadrement autour du groupe pour s'assurer que le principe de neutralité religieuse sera respecté. « C'est une chose de dire qu'on croit en Dieu. C'est une autre chose de dire que Dieu nous a amenés à faire du bénévolat dans une école », dit-elle.

Une autre question qui fait réagir les parents est celle du principe d'égalité des religions. Selon Mme Kirlin, l'accès aux bénévoles ne doit pas être discriminatoire et les règles doivent être égales pour tous. 

« Est-ce que ce groupe-là a été traité de la même façon qu'il aurait été traité s'il avait été un groupe d'un autre ordre religieux? Si ça avait été un groupe islamique, est-ce que la décision de la direction de prendre les noms et de faire les vérifications auraient été la même? »

La présidente de la CSDM affirmait mardi qu'aucune décision, que ce soit celle d'accepter l'aide du groupe ou celle de ne pas le faire, n'a encore été prise dans ce dossier. Catherine Harel-Bourdon confirmait aussi que les antécédents judiciaires des membres de l'église sont en cours de vérification et que, pour l'instant, le groupe est traité comme n'importe quel groupe de bénévoles.

Aucun bénévole seul en présence d'un enfant

Sans se prononcer sur le cas précis de l'École secondaire Jeanne-Mance, la présidente de l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire, Hélène Bourdages, qui représente quelque 470 membres du personnel de direction à Montréal, souligne qu'il y a des règles qui sont établies en lien avec les bénévoles.

Elle ajoute que, peu importe le travail qu'ils font, ils sont toujours accompagnés d'un enseignant ou d'une ressource engagée par l'école. « On [un bénévole] ne peut pas dire n'importe quoi au moment où le surveillant d'élèves ou le professeur a le dos tourné. »

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