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Des centaines de prélèvements perdus au CUSM

Les nouveaux laboratoires centralisés du Centre universitaire de santé McGill connaissent des difficultés d'adaptation depuis l'installation au site Glen, ce printemps. Les cas d'échantillons mal entreposés et rendus inutilisables ou bien carrément égarés se sont multipliés.

Un texte de Thomas Gerbet

Une glacière pleine d'échantillons disparaît pendant son transport entre le centre-ville de Montréal et le site Glen. Une autre est placée sur la mauvaise étagère et les prises de sang à l'intérieur, laissées à la chaleur.

Plusieurs sources qui ont tenu à garder l'anonymat nous ont raconté comment les nouveaux laboratoires centralisés du CUSM multiplient les bourdes ces derniers mois.

« Un échantillon est resté dans la boîte de transport », raconte une microbiologiste. Il s'agissait de liquide céphalo-rachidien, un échantillon « précieux ». Si l'échantillon est introuvable ou ne peut plus être utilisé, il faut refaire un prélèvement dans la colonne vertébrale du patient. L'opération présente des risques ultimes de paralysie.

« Ils n'ont pas l'air d'être bien centralisés », confie une autre source, qui fait directement affaire avec le laboratoire : « c'est désorganisé, c'est trop gros ». Avant, chaque hôpital avait son propre laboratoire, maintenant tout est centralisé dans le super-laboratoire du site Glen.

« Centraliser les labos, c'est un risque », confie un neurologue, « il y a plus de manipulation, plus de transport, donc plus de chances de les égarer ».

« Effectivement, on a constaté nous aussi un plus grand rapport d'incidents qu'auparavant », reconnaît la directrice des laboratoires du CUSM, Johanne Gravel. Elle estime que le problème était particulièrement fort aux mois de mai et juin. Selon elle, plusieurs centaines d'échantillons auraient été perdus en quelques semaines. 

Johanne Gravel explique que contrairement aux autres hôpitaux, les transporteurs ne peuvent pas livrer directement les échantillons aux laboratoires du CUSM. Pour des raisons de sécurité, ils doivent passer par des quais de réception, ce qui augmente le nombre d'intermédiaires et donc les risques.

Par ailleurs, comme les anciens établissements du CUSM n'ont plus leur propre laboratoire, certains n'ont plus la possibilité de bien gérer leurs prélèvements avant l'envoi. « L'Institut de neurologie ne stabilise pas ses échantillons », explique Johanne Gravel.

Enfin, les prélèvements viennent de partout : les laboratoires du CUSM doivent aussi s'occuper de tous les tests non urgents de plusieurs autres hôpitaux, comme celui de Lachine, l'Hôpital général ou encore d'hôpitaux de l'Abitibi-Témiscamingue.

La centralisation des laboratoires du CUSM a permis d'économiser deux millions de dollars, mais le volume d'activité, lui, va en augmentant. Environ 700 personnes travaillent aux laboratoires, dont 450 à temps plein.

Les retards d'analyse seraient aussi plus fréquents.

Certaines analyses auraient accumulé jusqu'à deux mois de retard selon une source interne au laboratoire qui parle d'un « manque de personnel ». Le CUSM reconnaît certains délais, « mais deux mois, c'est un cas extrême », dit Johanne Gravel.

D'autres ratés du nouveau CUSM

  • Le réseau cellulaire ne fonctionne pas partout dans le site Glen.
  • Le système de transport pneumatique dernier cri, qui permet d'acheminer à l'interne des prélèvements et des médicaments est tombé en panne à plusieurs reprises, entraînant des retards.
  • Le nouvel édifice fait face à un problème de refoulements de conduites sanitaires. 
  • Les travaux qui perdurent autour du site Glen en limitent l'accès par la route.

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