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Des centaines de véhicules d’assaut vendus à l’Arabie saoudite

Le contrat d'exportation de blindés de 15 milliards de dollars conclu entre le Canada et l'Arabie saoudite comprend la vente d'un nombre substantiel de véhicules d'assaut ainsi qu'un contrat après-vente de formation et de maintenance, selon des documents obtenus par CBC.

C’est la première fois que des détails filtrent au sujet de cette vente d’armement du Canada à ce pays du Golfe, un contrat signé en 2014 par les conservateurs et approuvé en 2016 par le gouvernement de Justin Trudeau. Ce dernier a accordé les permis autorisant General Dynamics Land Systems Canada à exporter ces véhicules.

Les documents obtenus par CBC montrent que l’Arabie saoudite a acheté à cette compagnie ontarienne 928 véhicules LAV 6, les blindés légers les plus modernes.

Près de 40 % de ceux-ci, soit 354 véhicules, sont des véhicules standards de transport de troupes.

Mais la commande inclut également 119 véhicules d’assaut avec tourelles munies de canons de calibre 105 millimètres, 119 véhicules antichars, et 119 désignés comme des véhicules de soutien de « tir direct » comprenant une tourelle à deux hommes et un canon à chaîne de calibre 30 millimètres.

Le reste de la commande comprend des ambulances, des postes de commande mobiles, des véhicules destinés aux gradés ainsi que des véhicules de dépannage équipés de grues.

Ces informations contrastent avec la représentation qu’en avaient faite les deux gouvernements responsables du dossier, qui avaient considérablement minimisé la force de frappe de l’équipement militaire vendu.

L’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper avait parlé de « camions ». Justin Trudeau, de « jeeps ».

En plus de l’équipement militaire proprement dit, le contrat conclu avec l’Arabie saoudite comporte un programme de soutien de 14 ans comprenant le réapprovisionnement en pièces et en munitions, la formation de troupes au Canada et en Europe et des équipes de maintenance sur place.

Le réapprovisionnement sera réalisé par le biais d’une filiale de General Dynamics basée à Riyad, affirment les documents. Quant à la formation des troupes donnée en Europe, elle concernera l’utilisation des canons dont sont munis certains véhicules et se tiendra en France.

L’Arabie saoudite exige la confidentialité

General Dynamics a refusé de commenter les détails dévoilés par CBC, arguant que le contrat est soumis à une clause de confidentialité exigée par le gouvernement saoudien.

La Corporation commerciale canadienne (CCC), société d’État ayant fait partie de la négociation de l’entente, est également restée muette.

« Tous les détails du contrat restent confidentiels sur le plan commercial. De plus, les documents dont vous faites mention ne proviennent pas de la CCC ou du gouvernement du Canada », a répondu la société d’État dans un courriel destiné à CBC.

Selon des documents gouvernementaux obtenus par le Globe and Mail en 2015, les Saoudiens ont stipulé dans leur contrat que celui-ci serait rompu si certains de ses détails venaient à être révélés.

Rien d’étonnant dans ces informations

Pour le professeur adjoint au département de sciences politiques à l'Université MacEwan à Edmonton, Jean-Christophe Boucher, les détails de cette entente n’ont rien de surprenant.

« Pour ceux qui travaillent en politique de défense ou en politique étrangère, tout le monde savait que ce n’était pas de petits jeeps [qui allaient être vendus]. Cette entente-là correspond largement à ce qu’on voit dans tous les autres contrats de ce type », dit-il.

M. Boucher indique également que le programme de soutien offert par General Dynamics à l’Arabie saoudite est tout ce qu’il y a de plus normal, puisque généralement, tous les acheteurs d’armement se prémunissent de « différentes options pour pallier certains problèmes ».

C’est d’ailleurs là que les compagnies d’armement font leurs profits, note-t-il. « L’achat de véhicules n’est pas super cher, c’est le service après-vente qui est la facture salée », dit-il.

Jean-Christophe Boucher mentionne également que le contrat a probablement été modifié depuis sa signature. « Généralement, ça change beaucoup. On voit que ça coûte cher avec le temps et on en achète moins, on change l’option antichar pour une autre option », donne-t-il en exemple.

Le Canada respecte les règles du droit international

Interrogé sur les informations révélées par CBC lors de la période de questions à la Chambre des communes, le premier ministre Trudeau a justifié l’octroi de permis d’exportation à General Dynamics en affirmant qu’il se devait de respecter le contrat.

Selon le premier ministre, « le système de contrôle à l’exportation du Canada est l’un des plus rigoureux du monde ».

« Les permis ne sont approuvés que si les exportations sont conformes à nos politiques étrangères et de défense, notamment en termes de droits de la personne », dit-il.

Avec les informations de Murray Brewster, de CBC

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