Plusieurs centres de tri du Québec lancent un cri d'alarme afin d'éviter que des matières recyclables se retrouvent à l'enfouissement. Ils demandent à Québec de les aider financièrement à traverser la crise qui secoue leur secteur et qui menace de les acculer à la faillite.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Une réunion d'urgence des gestionnaires des centres de tri de Recyc-Québec et des ministères concernés a été organisée la semaine dernière pour remédier à la crise qui secoue les centres de tri de la province.Au cours de cette réunion, les gestionnaires des centres de tri ont demandé à Québec d'intervenir en dégageant « un montant d'urgence » leur permettant de « se rétablir sur le plan financier ».« Il y avait des centres de tri qui levaient le drapeau blanc et qui disaient "on a besoin d'aide", parce qu'il y a une question de qualité, mais surtout une question financière. [...] et ça continue à chuter encore. On est vraiment pris au dépourvu », soutient Nicolas Therrien, directeur général de Récupération 2000.Depuis que la Chine a presque fermé ses frontières aux importations de matières recyclables et que le prix des ballots de papier a chuté sur les marchés, la plupart des centres de tri du Québec fonctionnent à perte.Dans son centre de tri, Nicolas Therrien doit faire face à des montagnes de ballots accumules dans son entrepôt. La crise des derniers mois lui fait mal. « Au mois de juillet passé, ces ballots-là qu'on voit ici, on les vendait autour de 125 $ la tonne. En ce moment, les prix sont nuls. […] C'est une catastrophe. »

Importantes pertes

Nicolas Therrien affirme que son centre de tri perd 80 000 $ par mois depuis le début de la crise. « Ce n’est pas une situation dans laquelle on ne peut pas perdurer à long terme, évidemment. [...] Une entreprise qui continue de subir un manque de revenus ou des pertes, doit considérer d'autres options, [comme celle d'envoyer] les matières à l'enfouissement. C'est une avenue possible », explique-t-il.Selon nos informations, le centre de tri de Sherbrooke a des pertes de 100 000 $ par mois. Les employés ont vu leurs heures de travail être réduites. Le centre a même fait des mises à pied.

À Montréal, le centre de tri du groupe Tiru perd en moyenne 700 000 $ par mois depuis le début de la crise.

Celui de Québec, qui est géré par la Société Via, perd autour de 100 000 $ mensuellement. Chez Tricentriss, qui a des usines à Terrebonne et à Gatineau, les pertes sont également importantes.

Miser sur les matières d'ici

Pour le grand patron de Ricova International, qui est un important exportateur de matières recyclables, le gouvernement du Québec doit agir, et agir rapidement, pour éviter qu'il y ait des faillites et que des villes perdent leur centre de tri.

« C'est très difficile si le gouvernement n'embarque pas pour faire quelque chose. C'est sûr que vous allez voir les centres fermer un par un leurs portes », avertit Dominic Colubriale.

Même son de cloche chez Récupération Fontenac à Thetford Mines, où on a pourtant investi pour améliorer la qualité de la matière triée. Le directeur général André Junior St-Cyr affirme que les temps sont difficiles pour les centres de tri comme le sien.

« Il n'y a pas une entreprise au Québec qui est capable d'arriver et de supporter ses frais d'opération quand elle est obligée de sortir de l'argent tous les mois pour continuer à vivre. Ça ne fonctionne pas. Donc, oui, on est dans une position qui est très très délicate », déplore-t-il.

Pour certains gestionnaires de centres de tri, la solution à cette crise est de produire des ballots de papier de meilleure qualité et d'amener les grandes papetières qu'on retrouve en territoire québécois à acheter plus de matières produites ici.

D'ici là, les municipalités devront peut-être renégocier les contrats qui les lient aux centres de tri. En janvier dernier, le gouvernement du Québec a débloqué trois millions de dollars pour que les centres de tri se modernisent et améliorent leur produit.

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