Retour

Des chercheurs scrutent les messages suicidaires pour mieux intervenir et prévenir

Impuissance, désespoir et culpabilité : tels sont les thèmes qui reviennent dans les notes laissées par les personnes sur le point de commettre l'irréparable, d'après une étude menée par des psychiatres chercheurs en Ontario.

Les chercheurs recommandent aux professionnels de la santé d'accorder une attention particulière à ces trois thèmes lorsqu'ils prodiguent un traitement et font de la prévention contre le suicide.

Les auteurs de l'étude sont rattachés au Centre de toxicomanie et de santé mentale (Centre for Addiction and Mental Health – CAMH) – affilié à l’Université de Toronto – et au Centre des sciences et de la santé Sunnybrook. Leur étude, publiée cette semaine dans le Canadian Journal of Psychiatry, vise à identifier les schémas de pensée qui alimentent les idées suicidaires afin d'intervenir plus efficacement auprès de personnes en détresse.

Les auteurs de l'étude se sont d'abord penchés sur 290 messages pour ensuite se concentrer sur 36 d'entre eux. Ces dernières missives faisaient explicitement référence à la maladie mentale et aux soins qui y sont reliés.

L'ensemble des cas de suicide étudiés se sont produits entre 2003 et 2009 et ils ont tous fait l'objet d'un rapport du bureau du coroner en chef de l'Ontario.

Se sentir impuissant devant la maladie

Dans les notes scrutées par les chercheurs, le sentiment d'impuissance face à la maladie mentale revient très souvent. « La maladie mentale est souvent dépeinte comme un adversaire ou un ennemi qu'il faut combattre », explique l'une des auteures de l'étude, la Dre Zainab Furqan.

L'idée d'explorer comment les gens décrivent la maladie mentale et les soins apportés intéressait particulièrement les chercheurs. Ils ont constaté que le fait de voir la maladie comme un adversaire est épuisant : « Les auteurs des messages recouraient à des mots tels que "épuisement" et "fatigue" pour décrire cette bataille », indique la Dre Furqan.

Environ 90 % des gens qui meurent par suicide ont reçu un diagnostic de maladie mentale, selon la Dre Juveria Zaheer.

Quand le traitement ne suffit pas

Bien que les gens décrivent chacun à leur façon la maladie mentale qui les afflige, à peu près tous parlent de leur sentiment d'impuissance dans leur dernière missive à leurs proches.

Lorsqu'ils font référence aux traitements, certains expriment de la colère de ne ressentir aucune amélioration de leur état. Dans plus de la moitié des notes étudiées par les chercheurs, les gens se souviennent aussi de traitements qui, par le passé, n'avaient pas eu non plus d'effets positifs, ce qui contribue à leur sentiment d'impuissance. Fréquemment, ces personnes se blâment pour cette absence de progrès, d'après les conclusions de l'étude.

Les constatations des chercheurs indiquent aux professionnels de la santé quelles approches privilégier. Par exemple, pour les gens qui envisagent sombrement leur avenir et entretiennent des pensées négatives, une thérapie cognitivo-comportementale pourrait être appropriée.

« Vous n'êtes pas votre maladie »

Une autre avenue consiste à amener le patient à trouver un équilibre entre sa vision de lui-même et celle qu'il a de sa maladie. Même si l'identité d'une personne est étroitement liée au mal qui l'accable, cette identité ne se résume pas à cette maladie non plus. « Vous n'êtes pas votre maladie » est un message que souhaite transmettre la Dre Zaheer aux patients.

L'équipe de chercheurs souhaite donner de l'espoir aux gens. Du même souffle, ils reconnaissent à quel point il est difficile d'espérer quand on souffre de dépression.

« Nous disons aux gens qui souffrent de s'accrocher à ce filon d'espoir parce qu'il existe des traitements pour les aider de façon efficace », conclut Juveria Zaheer.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Qu’est-ce que le fétichisme des pieds?





Rabais de la semaine