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Des contrôleurs aériens racontent leur 11 Septembre

Les contrôleurs aériens canadiens ont joué un rôle de premier plan dans les heures qui ont suivi les attentats terroristes du 11 septembre 2001, alors que l'espace aérien américain était fermé. Plus de 200 avions à destination des États-Unis se sont posés en sol canadien.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Certains de ces contrôleurs n'ont pas oublié ce qui s'est passé ce jour-là. Félix Tremblay, qui était alors contrôleur à l'aéroport international Pearson de Toronto, dit qu'il a été bouleversé par ce qu'il a vu le jour des attentats. « En tant que contrôleur, j'ai vécu beaucoup d'émotions quand j'ai vu ça, ça m'a ému énormément quand j'ai vu le deuxième avion, raconte-t-il. Ça m'a bouleversé complètement. »

Son collègue Stéphane Chagnon, qui travaillait à l'aéroport international de Vancouver, a lui aussi vécu beaucoup d'émotions. « J'étais émotif [...] Tu ne t'imagines pas que ça va se passer, quelque chose comme ça, dit-il. Il n'y a personne qui s'est imaginé un scénario semblable. »

Durant cette journée, les contrôleurs aériens des aéroports canadiens ont vécu une des journées les plus intenses de leur carrière, alors que le gouvernement américain avait décidé de fermer son espace aérien et que tous les vols à destination des États-Unis étaient redirigés vers le Canada.

Michel Tremblay, contrôleur à l'aéroport de Dorval (devenu Montréal-Trudeau en 2004), se rappelle que la décision de dérouter autant d'avions vers le territoire canadien, ce jour-là, a représenté tout un défi pour les autorités aéroportuaires. « C'était un scénario qui était complètement improbable, irréaliste. Le défi qui se posait lorsque les Américains ont fermé leur espace, c'était de savoir si les aéroports canadiens, en acceptant ces aéronefs-là qui sont déroutés, haussaient le risque d'avoir des événements similaires à ce qui s'est passé aux États-Unis. Donc, je vous dirais qu'il y a eu une période de réflexion [...] mais la zone grise, la plus grande, était : où vont atterrir ces appareils-là? »

Au total, selon Nav Canada, ce sont 239 avions, avec des milliers de passagers, qui ont atterri en toute sécurité en sol canadien.

Plusieurs se sont posés dans les provinces atlantiques, dont 47 à Halifax et 38 à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, une petite ville qui a accueilli plus de 6000 voyageurs des quatre coins du monde en quelques heures seulement. « À Gander, ils ont eu beaucoup d'avions. Tous les vols qui étaient à mi-chemin dans l'Atlantique sont allés à Gander [...] pour pouvoir les avoir au sol le plus rapidement possible », explique Michel Tremblay.

Le 11 septembre 2001, 15 ans plus tard

À Vancouver aussi, le trafic aérien était intense, selon le contrôleur aérien Stéphane Chagnon. « C'était chaotique, il y avait beaucoup d'aéronefs, c'était très occupé. Il n'y avait plus de décollages. C'était juste un aéroport de recouvrement. On atterrissait tout ce qu'il y avait dans le ciel. Alors c'était vraiment ça notre mission, atterrir tout ce qu'il y avait dans le ciel. La plupart des avions venaient de l'Asie, en plus des avions qui s'en venaient déjà à Vancouver. En tout, on a reçu 34 aéronefs supplémentaires avec, je crois, 8500 passagers d'extra. Ce qui fait beaucoup d'aéronefs », raconte M. Chagnon.

À Toronto, le contrôleur Félix Tremblay soutient qu'on ne savait même plus où stationner les appareils, tant il y avait d'avions à l'aéroport. « Là où il rentre une douzaine d'avions, on en avait cordé près d'une soixantaine. Il fallait faire de la place », illustre-t-il.

Félix Tremblay se rappelle le moment où tous les avions ont atterri et que le ministre des Transports a ordonné la fermeture de l'espace aérien canadien. « C'était la première fois que tout l'espace aérien était fermé, sauf pour les vols officiels. On avait quelques vols de la GRC, et des vols militaires évidemment. Mais à part de ça, il n'y avait rien. Le radar était vide, complètement vide. C'était spécial de voir ça! »

Un moment que n'oubliera pas non plus Michel Tremblay. « C'était un espace qui était complètement vide, un grand creux qu'on ne voit jamais. »

Depuis ces événements, les choses ont changé, les mesures de sécurité ont été accrues. Les contrôleurs, eux, se disent plus vigilants qu'auparavant « Je pense que là, on est plus prêts quand on entend quelque chose qui ne se passe pas bien dans un aéronef ou qu'on n'entend pas ce qu'on veut entendre. On questionne très rapidement maintenant. Peut-être qu'avant, on aurait été portés à laisser aller, mais là, on est vraiment prêts. »

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