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Des CPE craignent les effets des compressions sur les enfants handicapés

C'est au tour du Regroupement des centres de la petite enfance de Montréal (RCPEIM), inquiet des compressions de 120 millions de dollars prévues dans le réseau, de tirer la sonnette d'alarme. Craignant que les enfants présentant un handicap ou des besoins particuliers soient pénalisés, l'organisme appelle le gouvernement Couillard à revenir sur sa décision.

Le RCPEIM a choisi d'organiser son point de presse, lundi, à l'installation Petites chenilles, un CPE de Notre-Dame-de-Grâce dont la clientèle est particulièrement vulnérable. Environ le quart des 80 enfants qu'il accueille ont des handicaps, parfois lourds : dystrophie musculaire, autisme, trisomie ou paralysie cérébrale.

Sur place, Marie-Carmelle Pierre a témoigné de l'impact positif qu'a eu l'accès à des services spécialisés sur sa famille. Ses deux plus vieux enfants, qui sont autistes, ont fréquenté ce centre et son plus jeune, qui présente des problèmes de motricité et de développement, y est toujours.

« Il y a 7 ans, lorsque j'étais sur les listes d'attente pour mes deux premiers enfants, aucune garderie non subventionnée ne voulait les accueillir », a-t-elle dit.

Les services qu'ont reçus ses enfants au CPE Petites chenilles, notamment certaines thérapies, leur ont permis de « faire du progrès », a-t-elle affirmé, donnant en exemple son fils aîné. « Mon fils est dans une classe normale, il n'est plus dans une classe TED [trouble envahissant du développement] », a-t-elle illustré.

Or, estime le RCPEIM, les CPE éprouveront des difficultés à garantir l'accueil des enfants handicapés et ceux aux besoins particuliers, qui « demandent une attention particulière au quotidien ».

Le CPE Petites chenilles, qui emploie 17 éducatrices, craint d'avoir à couper deux ou trois postes en raison des compressions.

À l'échelle de la région montréalaise, ce serait 900 emplois qui seraient ainsi menacés. Le directeur général du RCPEIM, Brian Naud, a souligné que ces emplois étaient principalement occupés par des femmes.

Le RCPEIM demande aux libéraux d'annuler les compressions. « En diminuant le financement des CPE, le gouvernement revient sur son engagement d'offrir un réseau accessible à tous les enfants du Québec », soutient-il dans un communiqué.

Ouvrir la porte à la discrimination?

L'organisme J'me fais une place en garderie, qui fait le pont entre les parents d'enfants handicapés et les CPE, craint de son côté que les enfants handicapés fassent les frais des compressions.

En 2015, celui-ci a placé 148 enfants sur l'île de Montréal. L'adjointe à la coordination de l'organisme, Véronique Lizotte, a peur que le placement des enfants s'avère maintenant plus ardu.

Les CPE risquent de refuser « des enfants avec des incapacités plus importantes », croit-elle.

« C'est là qu'on dit que ça engendre une certaine forme de discrimination. Ça veut dire que des enfants que notre organisme dessert, qui présentent des limitations parfois plus importantes, n'auraient peut-être plus leur place », déplore-t-elle.

Pourtant, avance-t-elle, tous les enfants sortent gagnants de cette cohabitation, qui sert d'outil de socialisation. La présence d'enfants aux besoins particuliers apprend aux autres à accueillir la différence, plaide-t-elle.

Au cours des dernières semaines, des rassemblements pour dénoncer les compressions annoncées ont eu lieu dans plusieurs villes du Québec.

Jusqu'ici le nouveau ministre de la Famille, Sébastien Proulx, entend garder le cap fixé par sa prédecesseure France Charbonneau.

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