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Des dizaines de morts dans de rares frappes américaines contre des alliés de Damas

Des dizaines de combattants syriens alliés au régime de Bachar Al-Assad ont été tués mercredi dans la région de Deir Ezzor par des frappes aériennes de la coalition militaire internationale dirigée par les États-Unis. Damas poursuit entre-temps ses bombardements sur la Ghouta orientale.

Des responsables américains et les médias d’État syrien ont tous deux confirmé ces frappes, menées dans la région de Khasham, sur la rive est de l’Euphrate, où des militaires américains sont déployés en appui aux Forces démocratiques syriennes (FDS).

Selon un responsable américain, les frappes aériennes ont été menées en réponse à une « attaque [...] contre le quartier général » des FDS, la coalition de combattants kurdes et arabes sur laquelle Washington s’est appuyée pour lutter contre le groupe armé État islamique (EI).

Entre 20 et 30 obus de chars et d'artillerie sont tombés à environ 500 mètres de ce quartier général, a déclaré ce responsable qui ne peut être identifié dans une déclaration à l’Agence France Presse.

Selon lui, « plus de 100 membres des forces prorégime syriennes ont été tués » lors des opérations. Seul un combattant des SDF aurait été blessé dans l’affrontement.

« Nous soupçonnons les forces prorégime de tenter de prendre des territoires libérés de Daech [acronyme arabe de l’EI, NDLR] en septembre 2007 », a indiqué un responsable américain à Reuters.

Ces forces, au nombre de 500 selon lui, voulaient « probablement s’emparer des champs pétroliers de Khasham qui ont constitué une source importante de revenus pour Daech entre 2014 et 2017 », a-t-il ajouté.

En vertu d'un accord entre Washington et Moscou, l'Euphrate sert normalement de ligne de démarcation fixée entre les forces appuyées par les deux pays; les forces russes opèrent à l'ouest et les forces américaines, à l'est.

« Les responsables de la coalition ont été régulièrement en contact avec leurs homologues russes avant, pendant et après » les frappes, a indiqué le responsable américain à l'AFP.

Damas confirme l'attaque

Les médias d’État syriens ont confirmé que l’affrontement a fait des « dizaines » de victimes, sans plus de précision. Selon eux, les « martyrs » étaient membres de « forces populaires » locales qui ont été victimes d’une « agression ».

« Les forces populaires combattaient les terroristes de Daech et les Forces démocratiques syriennes dans la partie orientale de l'Euphrate à Deir Ezzor », a soutenu l’agence officielle SANA.

Le ministère russe de la Défense a évoqué 25 morts dans ses attaques.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui s’appuie sur un réseau d’informateurs sur le terrain, avance pour sa part que les frappes américaines ont tué 45 combattants prorégime.

« Les forces du régime ont frappé à l'artillerie des positions des FDS dans plusieurs villages ainsi qu'un champ pétrolier », a précisé le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

« Les FDS ont répliqué avec des tirs à l'artillerie contre des positions du régime dans la ville de Khasham, avant l'intervention des forces de la coalition », a-t-il poursuivi.

Les confrontations directes entre la coalition internationale et des combattants prorégime ont été très rares depuis que la Syrie a basculé dans la guerre, il y a près de sept ans.

Les quelques centaines de soldats américains déployés dans le pays ont essentiellement pour mission de soutenir les FDS dans la lutte contre l'EI.

L'an dernier, l'aviation militaire américaine a détruit des drones fabriqués en Iran, dont le gouvernement appuie le régime syrien de façon indéfectible, quand ils se sont approchés des forces américaines.

Le printemps dernier, le président Trump a aussi autorisé des frappes contre la base aérienne de Shayrat, près de Homs, en représailles à une attaque chimique contre la localité de Khan Cheikhoun qui a été imputée au régime syrien.

La Ghouta orientale bombardée sans répit

Le régime syrien poursuit par ailleurs ses bombardements sur la Ghouta orientale, une région située en banlieue de Damas qui demeure sous contrôle des rebelles syriens. Cette région, où se trouveraient encore 400 000 combattants, selon des estimations, est assiégée depuis 2013.

Selon l'OSDH, au moins 58 civils, dont des femmes et des enfants, ont été tués et des dizaines d'autres blessés jeudi dans les plus récentes frappes qui ont touché plusieurs localités. Ce bilan ne cesse de s'alourdir depuis le début de la journée.

À Jisrine, un correspondant de l'AFP a décrit une scène de chaos dont il a été témoin. Il raconte qu'un homme portant sa fille blessée s'est précipité vers une ambulance de la Défense civile, au milieu des gravats et de la poussière, tandis qu'une femme était extirpée des décombres. Les dépouilles de deux petites filles jonchaient le sol.

« Deux mosquées et une école ont été visées. Lorsque nous sommes arrivés sur place pour évacuer les victimes, un autre raid a été effectué », affirme Mouayyed el-Hassem, un volontaire au sein de la Défense civile syrienne.

Les frappes contre la Ghouta orientale se sont intensifiées d'une manière inédite depuis la fin de semaine. Elles ont maintenant plus de 200 victimes, selon l'OSDH.

Plus tôt cette semaine, l'ONU a demandé un cessez-le-feu d'un mois en Syrie pour pouvoir acheminer de l'aide humanitaire à plusieurs endroits, et plus particulièrement dans la Ghouta orientale. Aucun convoi d'aide n'a atteint la région depuis la fin du mois de décembre.

Cette requête est toutefois demeurée lettre morte.

Le régime syrien, épaulé par l'aviation militaire russe, mène également une offensive dans la province d'Idlib, dans le nord du pays, qui est toujours contrôlée par les rebelles.

Ces opérations de Damas se déroulent parallèlement à une offensive turque contre les milices kurdes de la région d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie.

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