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Des employés déposent une poursuite de 35 M$ contre le SCRS pour harcèlement

Cinq employés du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ont déposé jeudi devant la Cour fédérale une poursuite de 35 millions de dollars contre l'agence, qu'ils accusent de harcèlement et de discrimination.

Un texte de Natasha MacDonald-Dupuis

Dans un document déposé à la Cour fédérale à Toronto, les employés anonymes affirment que le SCRS est un lieu de travail toxique dans lequel les dirigeants emploient et encouragent les propos islamophobes, racistes et homophobes et discriminent les employés musulmans, noirs et homosexuels .

L’un des plaignants, un agent des renseignements de Toronto identifié dans le document par le pseudonyme « Alex », est homosexuel et a un partenaire musulman. Il dit avoir été obligé de prendre un congé pour maladie prolongé après 15 ans de service.

Selon le document, son patron lui aurait écrit dans un courriel : « Hey tapette, tu n'es qu’un gay qui se cache dans un coin en pleurant ». Un autre lui aurait écrit, en octobre 2015 : « Fais attention, tes beaux-parents pourraient te décapiter dans ton sommeil parce que tu es homo ».

Un autre des plaignants, une femme musulmane d'origine africaine qui a aussi effectué 15 ans de service affirme qu’un collègue lui aurait « montré un dessin animé qui compare le prophète Mohammed à un chien ».

Ces allégations ne surprennent pas François Lavigne, ancien agent du SCRS. Celui-ci a été agent de renseignements affecté au contre-espionnage entre 1984 et 1988.

M. Lavigne dit avoir quitté le SCRS après avoir été victime d’intimidation et de menaces. « C’est un "boy's club". Si on n’affiche pas les mêmes comportements qu’eux, ils deviennent suspicieux », affirme-t-il.

Aucune des allégations contenues dans le document de 54 pages n’a été prouvée en cour.

Quand on lui a demandé s'il y aurait une enquête à la suite de ces allégations, le premier ministre Justin Trudeau a répondu que « le harcèlement, la discrimination et les climats de travail ''toxiques'' étaient inacceptables ».

Il ajouté qu'il était certain que le nouveau directeur du SCRS, David Vigneault, partageait cette opinion et qu'il irait « au fond des choses ».

M. Vigneault avait déclaré dans un communiqué que « le Service canadien du renseignement de sécurité prend toute allégation de comportement déplacé au sérieux ».

« J’aimerais souligner qu’en tant qu’organisation, le SCRS ne tolère en aucune circonstance le harcèlement, la discrimination, ou l’intimidation », avait-il ajouté.

L’avocat de Toronto John Phillips, qui représente les plaignants, n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Une discrimination répétée

L'ancien cadre du SCRS, Michel Juneau-Katsuya, qui a travaillé à l'agence entre 1984 et 2000, a lui aussi été témoin de remarques homophobes, islamophobes ou parfois racistes de la part d'employés et de superviseurs dans l'organisation.

Il qualifie d’ailleurs le problème de systémique au sein de l’entreprise. Il dit avoir lui-même déjà été victime de discrimination.

« Moi-même comme francophone, j'ai subi aussi des commentaires disgracieux de la part d'anglophones qui nous disaient de parler blanc, “ speak white ”, quand on était deux à se parler en français », donne-t-il en exemple.

Michel Juneau-Katsuya ajoute que le nouveau directeur du SCRS, David Vigneault, a tout un défi à relever pour assainir les relations de travail.

Il propose quelques pistes de solution allant dans ce sens. « Il va devoir regarder sur plusieurs plans, que ce soit au niveau du recrutement des cadres, de la formation des cadres, et surtout au niveau de la culture interne qui doit s'adapter avec une société beaucoup plus contemporaine », conclut-il.

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