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Des entreprises québécoises à la conquête du Mexique

Le premier ministre Philippe Couillard entame une mission économique de trois jours au Mexique, accompagné de près d'une centaine de représentants d'entreprises et d'organisations. Mais quelle est l'importance de ce pays pour le Québec?

Un texte de Hugo Lavallée

Depuis une quinzaine d'années, le Mexique est une destination de choix pour les premiers ministres québécois, qui y multiplient les missions. Lucien Bouchard s'y est rendu en 1999, Jean Charest en 2008 et Pauline Marois en 2013.

Pour la maître d'enseignement à HEC Montréal, María Morfín-Gutiérrez, les premiers ministres québécois s'intéressent à ce pays pour une raison claire : le Mexique sert de tremplin pour conquérir l'Amérique latine à beaucoup d'entreprises québécoises.

« L'entreprise québécoise qui pense à s'établir [au Mexique] va certainement trouver un marché pour vendre ses produits sur place et elle va trouver l'infrastructure pour les fabriquer sur place. [Elle pourra aussi] se procurer les matières premières ou les ressources dont elle a besoin », explique-t-elle.

L'exemple de Bombardier

En dépit des difficultés que l'entreprise traverse actuellement, Bombardier Transport convoite de lucratifs contrats non seulement au Mexique, mais également au Pérou, au Panama, en Colombie et au Chili.

Bogotá, la capitale de la Colombie, veut par exemple se doter d'un système de métro, tandis que Mexico cherche à ajouter de nouvelles lignes à son réseau existant en plus de renouveler les wagons sur plusieurs de ses plus vieilles lignes.

« Aujourd'hui, on se trouve avec une agglomération de 23 millions d'habitants et un système de métro qui fonctionne et qui transporte tous les jours à peu près 5 millions de personnes, explique le représentant en chef de Bombardier au Mexique, Alfredo Nolasco Meza. Il y a vraiment un espace assez large pour l'amélioration de ces systèmes de transport et nous sommes en train de pousser pour donner cette solution au Mexique et à Mexico. »

La présence d'une usine de Bombardier Transport, en banlieue de Mexico, est aussi susceptible d'aider l'entreprise à percer les marchés plus au sud. C'est que les pays d'Amérique latine, à l'instar des pays d'Amérique du Nord, exigent maintenant de plus en plus qu'une proportion significative de la production soit réalisée localement avant d'attribuer un contrat à une entreprise.

Toutefois, en vertu de traités qui existent entre le Mexique et certains pays d'Amérique du Sud, la production réalisée en sol mexicain peut en bonne partie être comptabilisée comme production locale dans ces autres pays.

Risques de délocalisation?

La vitesse avec laquelle croît l'économie mexicaine est aussi susceptible d'attirer les entreprises québécoises. Dans le secteur des transports par exemple, la croissance y est de deux à trois fois supérieure à celle des marchés traditionnels.

Mais y a-t-il un danger de voir les entreprises québécoises délocaliser leurs activités? Alfredo Nolasco Meza se montre rassurant : « Chaque fois que nous gagnons un contrat, il y a une valeur ajoutée [pour] le Canada, au Québec. Avoir un boulot au Mexique, ça représente aussi la possibilité de maintenir un boulot au Canada. »

« Je ne vois pas que c'est une obligation de fermer [au Canada] pour ouvrir [au Mexique] », commente pour sa part María Morfín-Gutiérrez de HEC Montréal, qui croit que c'est une bonne chose d'ouvrir une usine à l'étranger pour servir le marché local.

L'usine de Bombardier au Mexique pourrait par ailleurs connaître une importante expansion si l'entreprise parvient à décrocher un ou plusieurs des contrats qu'elle convoite. L'attribution de ces contrats lucratifs débutera dès l'an prochain.

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