Les étudiants étrangers au Québec se croient bien protégés par leur assurance médicale. Ce n'est pourtant pas toujours le cas, comme l'a constaté une jeune Sénégalaise, qui se réveille avec une dette de 100 000 $ en frais médicaux.

Un texte d'Esther Normand à La facture

Après des études universitaires au Sénégal, Awa Cheikh Diop arrive au Québec en janvier 2011, déterminée à décrocher un diplôme en génie civil à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Elle doit contracter une assurance médicale privée, et elle fait affaire avec l'assureur proposé par son université, Desjardins Assurances. Elle se croit bien protégée.

Après la session d'hiver 2014, elle retourne à Dakar, au Sénégal, auprès de sa famille et de son mari, comme elle le fait tous les étés. Dès son retour au Québec, elle apprend qu'elle est enceinte. À sept mois, sa grossesse tourne mal et elle accouche d'un bébé prématuré au Centre mère-enfant de Québec. Son garçon est hospitalisé pendant deux mois au cours desquels elle téléphone à Desjardins Assurances pour s'informer.

Awa Cheikh Diop est estomaquée. Sa facture de l'hôpital atteint plus de 100 000 $. Elle estime que Desjardins doit payer, mais l'assureur n'est pas de cet avis. Dans une lettre, Desjardins lui explique qu'elle est tombée enceinte au moment où elle n'était pas assurée, ce qui limite sa couverture à 10 000 $. C'est ce qu'on appelle « l'état de santé préexistant ». La jeune femme croyait avoir droit à 500 000 $.

La décision de Desjardins est « extrêmement discutable », selon une avocate

Desjardins est l'assureur de 10 000 étudiants étrangers dans 14 universités québécoises. Il permet aux universités d'offrir une couverture annuelle ou par session. L'UQAC a choisi la couverture par session. Donc, Awa Cheikh Diop, qui étudiait à temps plein au Québec depuis quatre ans, a pu interrompre sa couverture pendant ses vacances d'été au Sénégal, et personne ne l'a informée des risques que cela comportait.

L'avocate Jacqueline Bissonnette, experte en assurances, estime que la décision de Desjardins de limiter sa couverture à 10 000 $ est « extrêmement discutable ».

Desjardins Assurances informe-t-il les étudiants étrangers des risques liés à la couverture par session? Paul Gauthier, chef de produits à Desjardins Assurances, explique que c'est à l'université que revient la responsabilité d'expliquer les risques liés à la couverture d'assurance.

L'université, de son côté, affirme que son expertise n'est pas dans le domaine de l'assurance, mais plutôt dans celui de l'enseignement.

Abolir la couverture par session?

Desjardins devrait-il carrément cesser d'offrir la couverture par session pour les étudiants qui, comme Awa Cheikh Diop, étudient à temps plein au Québec pendant plusieurs années? L'assureur n'écarte pas cette possibilité, mais il veut d'abord en discuter avec ses clientes, les universités.

Aujourd'hui, Awa Cheikh Diop a repris ses études et s'apprête à terminer son baccalauréat en génie civil. Mais sa dette de plus de 100 000 $ lui cause beaucoup de soucis. Le service de recouvrement de l'hôpital lui rappelle régulièrement l'existence de cette facture.

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