Retour

Des familles frappées par le cancer reprennent leur souffle à Lac-Beauport

Depuis 30 ans, le camp de vacances Vol d'été de Leucan offre une semaine magique aux enfants atteints du cancer et à leur famille. Nous sommes allés à leur rencontre, à la base de plein air Le saisonnier, à Lac-Beauport, près de Québec.

Un photoreportage de Myriam Fimbry à Désautels le dimanche

Zoé, 8 ans, sort de la piscine et retrouve sa maman Josée Desmarais. Le diagnostic est tombé quand elle avait 6 ans : leucémie lymphoblastique aiguë. C'est l'un des cancers pédiatriques qui se guérit le mieux. Elle est en rémission depuis le 5 mai. Il lui a fallu tout de même deux ans de traitements de chimiothérapie et manquer souvent l'école. Du jour au lendemain, la vie de toute la famille a changé.

Elle doit encore éviter le sable et les piscines publiques, mais l'eau du camp répond à des normes de propreté strictes. « Ici, elle se sent en sécurité. Au moindre pépin, le centre médical est là. Elle peut tout oublier et être une enfant de 8 ans qui participe à un camp. C'est une délivrance, une liberté incroyable pour elle », raconte sa mère, Josée.

Une clinique ouverte jour et nuit a élu domicile dans l'un des bâtiments de la base de plein air. L'équipe médicale est entièrement bénévole. Deux médecins et dix infirmières se relaient pour permettre aux enfants de poursuivre leurs traitements, souvent de la chimiothérapie. Ici, Louick, 12 ans, a besoin d'un gavage matin, midi et soir. « Je trouve ça difficile, dit-il, parce que je vois les autres s'amuser et moi je suis plogué. »

Ce matin-là, Louick participe à l'activité de tir à l'arc. Malgré son manque de force parfois, il compte bien profiter le plus possible des activités proposées : hébertisme, camping, escalade, chaloupe, petits spectacles... Sa tumeur au cervelet, à l'arrière de sa nuque, s'est déclarée alors qu'il avait 11 ans. Il a bon espoir d'aller beaucoup mieux cet automne, à la fin de sa chimio.

Au camp, on se fait de nombreux amis, atteints du cancer ou non, car tous les frères et soeurs sont invités. Les enfants sont séparés par groupes d'âge pour les activités.

Camila Torres est l'une de ces grandes soeurs. À l'école, elle préfère garder sa souffrance pour elle. « Ma soeur a fait une rechute. À la maison, mes parents s'occupent beaucoup d'elle et je suis inquiète des fois. Mes amis, je ne peux pas vraiment leur en parler, parce qu'ils ne savent pas, ils n'ont pas une soeur qui est comme ça. J'aime mieux garder ça pour moi. » Mais ici, Camila peut parler à tout le monde et partager ses sentiments. Elle se sent libre aussi de penser à autre chose et de s'amuser.

Pendant que les enfants grimpent, courent ou tirent à l'arc, les parents aussi se changent les idées. On les voit ici se faire prendre en photo dans des positions qui déclenchent des éclats de rire. Un peu plus tôt dans la journée, ils sont allés au spa. C'est une parenthèse inespérée dans leur quotidien de fou. Josée (en bas, au centre) a savouré ce moment « toute seule, pas d'enfants autour, du temps juste pour soi ».

Marie-Michèle et Alex, de la région de Granby, parents de Jacob, 3 ans, et d'Anaïs 16 mois, attendaient ce répit depuis des mois. Anaïs sort d'une hospitalisation ce printemps, deux blocs de chimiothérapie intensive pour combattre une maladie rare, l'histiocytose, qui lui a causé beaucoup de pleurs et de douleurs depuis son plus jeune âge. Partagés entre la maison et l'hôpital, entre Jacob et Anaïs, pendant des semaines, les parents n'ont fait que se croiser et s'échanger les clés de voiture.

En route pour un petit spectacle! Les 0-3 ans sont déguisés en Idéfix, en accord avec la thématique des Gaulois adoptée cette année. Leucan a recruté quelque 120 bénévoles pour s'occuper des enfants durant les deux semaines consécutives. La plupart ont déjà côtoyé le cancer dans leur propre famille.

Parmi les bénévoles, Stéphanie Poirier, 21 ans, se sent très touchée par la situation des enfants qui ont le cancer. Sa petite soeur a réchappé d'une leucémie. Au camp, elle vit des moments de tristesse et de joie, selon la situation des familles. « C'est les montagnes russes », dit-elle. 

« On va s'aimer, on va danser, oui c'est la vie, lalalalala... » La chanson de Khaled emballe la farandole dans un moment de pure joie. Après quelques soirées tardives, les familles repartiront du camp Vol d'été un peu fatiguées, mais avec un réseau élargi d'amis à qui confier leur détresse et leurs espoirs. En 35 ans, le taux de survie pour les cancers pédiatriques est passé de 15 % à 82 %.

Plus d'articles

Commentaires