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Des forêts ontariennes arrosées au Roundup de Monsanto

Des résidents de Timmins s'inquiètent des dangers de l'épandage d'un herbicide dans les forêts du nord de l'Ontario. Du glyphosate, commercialisé sous le nom de Roundup par l'entreprise Monsanto, est vaporisé sur les forêts où des conifères ont récemment été plantés. Le ministère des Richesses naturelles assure que c'est sa façon d'assurer une saine gestion de la forêt, mais plusieurs craignent une perte de la biodiversité.

Un texte d'Hugo Duchaine

L'apiculteur René Bertrand n'en croyait pas ses yeux lorsqu'il est retourné à la forêt Roméo Malette cet été. Tous les plants de bleuets étaient morts, alors que seuls les jeunes conifères restaient verdoyants.

« C'est la désolation, les mots me manquent », lance-t-il. « Comment peuvent-ils dire aux gens qu'il s'agit de la gestion de la forêt? », se demande-t-il.

À la fin de l'été dernier, la forêt Roméo Malette a été arrosée au glyphosate, un puissant herbicide. L'objectif est de donner aux conifères qui viennent d'être plantés la place de grandir.

Le ministère des Richesses naturelles assure que cette utilisation en forêt ne pose aucun risque pour la santé des humains et des animaux et qu'il n'atteint pas la nappe phréatique. Chaque année, dit le ministère, c'est moins de 1 % de la forêt boréale est qui aspergé d'herbicide.

La décision d'utiliser un herbicide revient à l'entreprise forestière, avec l'appui du ministère, selon les caractéristiques de chaque forêt où des conifères ont été replantés. Le ministère ajoute que ce ne sont pas toutes les forêts qui ont besoin d'être arrosées. Semblable au glyphosate, l'herbicide Forza est aussi utilisé.

Ce n'est cependant pas suffisant pour René Bertrand. « On ne peut pas utiliser du Roundup dans nos jardins, en ville, mais c'est permis de le faire dans nos forêts », dénonce-t-il.

L'Ontario a en effet banni l'herbicide utilisé pour des raisons esthétiques.

Le biologiste Daniel Campbell de l'Université Laurentienne estime que le glyphosate agit comme un feu de forêt en éliminant toutes les plantes. S'il n'y voit pas un risque pour la santé, il craint pour la biodiversité.

« L'effet n'est pas seulement sur les plantes parce qu'on est en train de tuer ou de réduire la végétation pour les autres espèces », souligne-t-il. Il indique que bien des arbustes servent de nourriture et d'abris pour la faune.

René Bertrand estime que la province devrait laisser la nature suivre son cours.

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