Retour

Des garderies privées dénoncent un « cadeau empoisonné » de Québec

Les services de garde subventionnés sont-ils sur le respirateur artificiel? Des propriétaires le craignent depuis qu'elles ont reçu les directives d'utilisation de l'argent promis par Québec pour limiter les impacts de la réforme du financement des services de garde. Elles estiment s'être fait induire en erreur lorsque l'entente a été signée avec le ministère de la Famille.

Un texte de Julie Dufresne

C'est un cri du cœur que lancent Julie Ferland et Marie-Christine Guay, propriétaires de garderie privées subventionnées à L'Assomption, dans Lanaudière, et à L'Ancienne-Lorette, dans la région de Québec.

« Pour moi, c'est 60 000 $ de moins, dès cette année. Dans mon milieu, les heures ont été réduites, on a revu notre menu, on a coupé les activités. Ça va toucher la qualité des services aux enfants », dit Marie-Christine Guay.

Toutes deux ont pourtant cru, en février dernier, que le ministère de la Famille leur donnait un répit - aussi temporaire soit-il - en mettant sur la table une « allocation de transition » de 60 millions de dollars, afin d'adoucir le virage entamé avec la réforme du mode de financement. Grâce à ces 410 $ par enfant, elles seraient en mesure d'absorber le choc des coupes récurrentes de 120 millions. Du moins, pour l'année en cours, espéraient-elles.

C'était sans connaître les contraintes d'utilisation de cet argent. Ces directives ont été transmises par le ministère de la Famille à chaque garderie privée subventionnée et CPE le 30 mars dernier.

Le document donne plusieurs exemples de « dépenses visant à accroître l'efficience » et qui seront admissibles :

  • Formations permettant aux gestionnaires d'acquérir les connaissances nécessaires pour évoluer vers une plus grande efficience
  • Honoraires d'un consultant en gestion
  • Frais pour des services-conseils en gestion
  • Acquisition d'un logiciel de gestion performant, accompagnée de formations destinées à le maîtriser
  • Achat de nouveaux équipements de cuisine

Les CPE et les garderies doivent consacrer au moins 30 % de cette allocation à des dépenses permettant spécifiquement d'accroître leur efficience. La balance peut servir, par exemple, à financer les coûts « qui excèdent ceux découlant d'une gestion plus efficiente des ressources ».

Les directives sont par ailleurs très précises quant aux restrictions. Elles signalent que l'« allocation ne peut donc pas servir à financer des investissements en infrastructure tels que l'acquisition d'un immeuble ou un projet de réaménagement ou de rénovation. Elle ne peut également pas servir à financer des équipements informatiques. »

« Cadeau empoisonné »

Les règles sont si strictes, disent les propriétaires de garderies, qu'elles ne pourront pas bénéficier de l'argent. Et à défaut de pouvoir utiliser les sommes disponibles, toutes deux ont déjà commencé à couper dans les menus, les heures du personnel et l'entretien.

« C'est totalement inutile et inconcevable ce qui se passe en ce moment, s'indigne Julie Ferland. Les sommes qu'il nous a données, non, on ne peut pas s'en servir pour le donner aux enfants. Il faut qu'en s'en serve pour acheter des logiciels ou engager des experts-conseils, alors qu'ici, nous sommes parmi les gestionnaires les plus efficaces. Je n'irai pas acheter un logiciel qui ne me sert à rien, je l'ai déjà! Ça fait 10 ans que je m'en sers, je n'irai pas racheter un autre logiciel juste pour dépenser des fonds! L'argent, j'ai besoin de le redonner aux enfants : j'en ai besoin pour les nourrir, j'en ai besoin pour leur faire des activités pour refaire ma cour, repeindre mes murs qui ont été défraîchis par les enfants. Je ne pourrai pas faire ça malheureusement parce que la somme ne doit pas aller là. »

Marie-Christine Guay fait le même constat : « Je ne pourrai pas l'utiliser, je vais devoir le remettre au gouvernement : c'est un cadeau empoisonné », dit-elle sans détour.

Elle pense que certains services de garde ne pourront tout simplement plus tenir le coup. « Je crains qu'il y ait 4000 places remises au gouvernement. Et si ça continue, l'an prochain ce sera 20 000 [...] Ce sont des places que les parents n'auront plus. »

Induits en erreur?

La présidente du Rassemblement des garderies privées du Québec était assise à la table lorsque le ministre Sébastien Proulx a annoncé en grande pompe la signature d'une entente avec tous les services de garde, le 23 février. Aujourd'hui, Julie Plamondon affirme que les associations des services de garde ont été induites en erreur.

« C'était une photo de famille avec un beau sourire chacun. Il a fallu se forcer parce qu'il fallait faire confiance. Moi, maintenant, je n'ai plus confiance », lance-t-elle, en colère.

« On a fait de la magie [avec les compressions] depuis 3 ans. Mais je dis au ministre : la magicienne que je suis ne peut plus faire de tours, on est au maximum. »

Questionné sur les contraintes de l'allocation de transition, mardi dernier durant l'étude des crédits de son ministère, le ministre Proulx a répondu que « si quelqu'un, sincèrement, [n'en a pas besoin], qu'ils ne [la] prennent pas : c'est l'argent des Québécois! ».

Le ministre étant aux Îles-de-la-Madeleine cette fin de semaine, il n'a pas été possible de s'entretenir avec lui.

À son cabinet, on indique que les exemples d'efficience dans le document ont été donnés parce que c'est à ce sujet qu'il y avait des demandes de précisions. Le texte n'est pas exhaustif, précise-t-on, et si les services de garde présentent un plan de transition, on fera preuve de souplesse et de flexibilité. Mais on réitère que les services de garde doivent respecter l'objectif d'efficience.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine