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Des infirmières courtisées jusqu’en France, un geste prématuré selon la FIQ

Cinq établissements de santé québécois, dont le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), se tournent vers la France pour y recruter des infirmières. Cette stratégie indispose certains intervenants du milieu infirmier, qui refusent de parler de pénurie de main-d'œuvre dans le réseau de la santé.

Un texte de Davide Gentile

« Je suis très surprise qu'on aille chercher de la main-d'œuvre ailleurs, alors qu'on n'arrive pas à voir le portrait réel au Québec », a déclaré Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

La FIQ demande des données au gouvernement depuis plusieurs semaines, indique Mme Laurent. « J'en ai assez que, sous couvert de la pénurie, on prenne des décisions de gestion », a-t-elle dit en réclamant un bilan clair et chiffré avant d'aller recruter des infirmières en France.

Selon Régine Laurent, une mauvaise gestion des effectifs donne une impression de pénurie. Près de la moitié des infirmières n'auraient pas de poste à temps plein, a-t-elle ajouté.

Le débat est relancé sur cette pratique abandonnée il y a trois ans et qui reprend cette année, à la fin de novembre, sous l'égide de Recrutement santé Québec.

Le CHUM, qui inaugure son nouvel hôpital le 8 octobre, veut augmenter son recrutement de 15 à 20 % par rapport à l'an passé. Les événements comme des déménagements entraînent normalement un taux de roulement plus élevé au sein du personnel. De plus, les soins pointus offerts dans le nouveau CHUM exigent plus d'infirmières cliniciennes.

La situation est-elle plus compliquée qu'il y a 10 ans? « Je ne crois pas. C'est toujours aigu un peu partout », a répondu Danielle Fleury, directrice générale adjointe du CHUM.

Des 400 infirmières cliniciennes que cherche l'établissement, une cinquantaine seront recrutées en France. « Elles arrivent par vagues. Il y a des exigences de l'ordre professionnel et on s'ajuste avec ça », a précisé Mme Fleury.

Une centaine d'autres infirmières françaises seront recrutées par quatre autres établissements : le CISSS de la Montérégie-Est, celui de la Montérégie-Centre, le CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue et l'Institut universitaire de cardiologie de Québec.

Plusieurs sources dans d'autres établissements évoquent des difficultés de recrutement. L'embauche d'infirmières augmente constamment au Québec. On en comptait 52 000 en 2010, un chiffre qui est passé à 56 000 l'an passé.

Les infirmières formées dans les cégeps composent toujours environ 60 % des effectifs, mais leur nombre a baissé de 7 % au cours de cette période, alors que celui des infirmières formées à l'université bondissait de 42 %. « C'est sur ce front que le recrutement est le plus délicat », a dit un gestionnaire sous le couvert de l'anonymat.

Des problèmes à certains endroits au Québec

Le manque d'infirmières provoque des problèmes à certains endroits au Québec. Québecor rapportait la semaine dernière que deux salles d'opération du Centre universitaire de santé McGill ont été fermées parce que la direction cherchait une dizaine d'infirmières.

En Outaouais, des lignes opératoires de l'Hôpital de Hull ont été fermées le 21 septembre pour au moins deux semaines, faute d'infirmières.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a soutenu que le problème est circonstanciel. Mais il a admis qu'on se rapproche « de l'utilisation maximale du personnel disponible ».

Au CHUM, la préparation et la formation des infirmières se poursuivent en vue de l'ouverture du nouveau bâtiment. Rien ne laisse croire que le fonctionnement du nouvel hôpital sera touché par les défis de recrutement de l'institution.

Des étudiants sollicités par les établissements

Les représentants de plusieurs établissements de santé ont pris part, le 26 septembre, à la journée carrière organisée par le programme de soins infirmiers du Cégep de Lanaudière.

Les étudiants sont habitués à ces opérations charme. Beaucoup d’entre eux sont « embauchés avant la fin de leur programme », a confié Hélène Bailleu, directrice du cégep, qui évoque une pénurie de main-d'œuvre.

Patrick Way, qui représente le CIUSSS de l'Estrie à cette journée carrière, n’en pense pas moins. « Il y a une pénurie partout au Québec. On doit déployer des efforts pour recruter les bons candidats », a-t-il dit.

« Le CHUM m'intéresse beaucoup. Tout est neuf et ça a l'air d'être très bien », a affirmé Olivier après être passé par le kiosque du centre universitaire.

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