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Des jeunes parlent de leurs expériences avec le fentanyl

Le fentanyl, un opioïde ultrapuissant, continue de faire des ravages dans l'Ouest canadien. Cette drogue, consommée par des gens de toutes les classes sociales, est populaire chez les jeunes. Radio-Canada est allée à la rencontre de certains d'entre eux.

Un texte de Catherine Bouchard et Camille Feireisen

Vixen, dont Radio-Canada tait le vrai nom pour protéger sa vie privée, est revendeuse de fentanyl. La jeune femme de 20 ans, rencontrée à Edmonton, a commencé à 17 ans à consommer régulièrement cette drogue, puisqu’elle voulait essayer ce qu’elle vend à ses clients.

La dépendance est rapidement devenue trop forte, au point où elle dit avoir fait 26 surdoses de fentanyl au cours de la dernière année.

« J’ai consommé du fentanyl à des fêtes, parce que beaucoup de mes amis en consommaient. J’aimais l’état d’euphorie. J’utilisais de l'héroïne depuis que je suis petite en raison de mes douleurs au dos, mais le fentanyl, l’euphorie est plus longue. C’est plus fort et moins dispendieux », explique Vixen.

En fonction du vendeur, la jeune femme peut trouver un comprimé pour 5 $. Un prix qui peut grimper jusqu’à 80 $.

Selon elle, les sensations de confiance en soi et d'euphorie expliqueraient l'attrait du fentanyl chez les jeunes et il serait possible d'obtenir une pilule à très bon prix sur le marché noir.

La revendeuse affirme que cette drogue fait des ravages dans toutes les classes sociales, peu importe l'âge. « Cette drogue ne discrimine pas qui que ce soit. Je vends à des policiers, à des avocats, à des gens qui travaillent dans des salles de nouvelles. [...] Ce n’est pas typiquement des enfants de la rue ou des itinérants qui en consomment », continue la jeune femme.

Riley Bahl, ex-toxicomane âgé de 18 ans, a vu les effets de cette drogue sur d’autres adolescents comme lui. Il croit que le fait d'avoir un bon soutien familial ne prémunit pas contre cette dépendance.

Je connais des gens autour de moi qui avaient de bonnes familles, d’autres, des parents divorcés et certains ont eu des enfances difficiles.

Riley Bahl, ex-toxicomane

Il n’a lui-même consommé du fentanyl qu’à deux reprises, bien qu’il en ait apprécié l’effet. « C’était une drogue assez dispendieuse, surtout pour un toxicomane comme moi [...] Une pilule coûte près de 30 $, de mon expérience. Tu peux trouver aussi bas que 15 $ un comprimé dans la rue », précise le Calgarien.

Le jeune adulte ingérait surtout des méthamphétamines en cristaux (crystal meth).

Une crise « historique »

L’intervenant jeunesse au Centre de services jeunesse de prise en charge et de soutien d’Edmonton, Douglas Bennett, croit que l'Alberta fait face à une crise historique avec le fentanyl, de par son potentiel de dépendance et de par la force de cette drogue. Il côtoie quotidiennement des gens ingérant cette substance.

« Le fentanyl, c’est sans précédent. Ça a généré beaucoup de douleur pour beaucoup de personnes », continue l’intervenant.

Le psychologue spécialisé en toxicomanie Christopher Shorrock indique que des solutions existent à la crise du fentanyl. Il mentionne notamment des campagnes de sensibilisation comme pour la cigarette. « J’ai espoir que le fait de rendre les ressources en santé mentale disponibles aux personnes qui en ont besoin aidera à aborder la problématique », avance M. Shorrock.

Il martèle qu’il faut aussi faire un meilleur suivi des patients pour lesquels les opioïdes sont prescrits. « Je vois beaucoup de gens tomber entre deux chaises. Les médecins ont fait une ordonnance et n’ont jamais effectué de suivi. Rien n’est ressorti de cela, alors les patients ont ressenti le besoin d’aller en chercher dans la rue », relate M. Shorrock.

En Alberta, 193 personnes sont mortes d'une surdose de fentanyl entre janvier et septembre 2016. D’autres données plus récentes seront dévoilées sous peu par le gouvernement provincial.

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