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Des médecins boudent le guichet d'accès à un médecin

EXCLUSIF - Les omnipraticiens sont peu nombreux à utiliser le plus récent outil visant à permettre aux Québécois de trouver un médecin de famille. Or, ceux qui espèrent avoir un médecin de famille sont au rendez-vous. 

Un texte de Davide Gentile

Des chiffres du gouvernement obtenus par Radio-Canada indiquent que moins de 10 % des médecins de famille ont utilisé le Guichet d'accès à un médecin de famille (GAMF) depuis sa création en avril. Pourtant, environ 475 000 personnes en attente d'un médecin de famille s'y sont inscrites.

L'impopularité de l'outil chez les omnipraticiens semble inversement proportionnelle à l'engouement au sein de la population. Seulement au cours des cinq premiers mois d'activité de ce guichet, 115 000 Québécois s'y sont inscrits. Au cours de la même période, à peine 600 médecins y ont eu recours pour trouver des patients.

« C'est très peu », estime le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, compte tenu de l'entente signée en 2015 entre Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens. La création d'un guichet faisait partie de cette entente.

Son principal objectif est que 85 % des Québécois aient trouvé un médecin de famille d'ici la fin 2017. Les derniers chiffres indiquent qu'environ 72 % des Québécois sont maintenant inscrits auprès d'un médecin. C'est en deçà des objectifs établis pour la période.

Dans ce contexte, le ministre de la Santé se demande pourquoi le guichet d'accès à un médecin de famille n'est pas plus populaire chez les omnipraticiens.

Gaétan Barrette a bon espoir de convaincre les omnipraticiens de le faire. « On a mis en place un outil qui était parmi leurs demandes », rappelle le ministre de la Santé.

Des difficultés d'utilisation

Par ailleurs, plusieurs médecins consultés par Radio-Canada relèvent des difficultés d'utilisation. Une médecin du Centre-du-Québec relate, par exemple, que les patients qu'on lui propose de prendre en charge vivent parfois à plus de 100 kilomètres de son bureau. D'autres disent que bien des personnes acceptent de devenir leurs patients, mais ne se présentent pas au premier rendez-vous.

Autre élément qui éloigne les médecins du GAMF : la limite du nombre de patients qui peuvent être inscrits. Un médecin ne peut obtenir plus de 10 noms à la fois et doit s'engager à les recevoir avant d'obtenir d'autres noms.

« Je continue à fonctionner beaucoup par le bouche-à-oreille », affirme Josée Bouchard, médecin à Pohénégamook, au Bas-Saint-Laurent. Elle souligne aussi des problèmes dans l'exactitude des données inscrites au Guichet. « Souvent, les numéros de téléphone ne sont plus bons », soutient-elle.

Ces doléances sont communes à bien des médecins interrogés par Radio-Canada. « Il y a eu beaucoup de ratés dans le fonctionnement du GAMF », dit par écrit la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Gaétan Barrette souhaite que les médecins fassent plus d'efforts pour rejoindre les patients. « Les gens attendent depuis tellement longtemps d'avoir accès à un médecin de famille », souligne-t-il. « S'il y a un contact direct, les gens vont venir. Et des rappels, ça existe. »

« Le changement de culture que l'on demande, précise le ministre Barrette, c'est que ce sont les médecins qui doivent se mettre au service de la population, et non l'inverse. »

Près de 41 000 Québécois ont tout de même trouvé un médecin grâce au Guichet. La FMOQ estime qu'au cours de la même période environ 60 000 Québécois ont trouvé un médecin sans passer par le Guichet d'accès à un médecin de famille.

Pour atteindre l'objectif de 85 % des Québécois ayant un médecin de famille d'ici la fin 2017, il faudrait tripler la cadence d'inscription actuelle pour qu'environ 70 000 patients trouvent chaque mois un médecin de famille.

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