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Des milliers de parents dans la rue à la défense de l’école publique

Des milliers de parents ont accompagné leurs enfants à l'école ce matin afin de manifester leur opposition aux compressions budgétaires imposées par le gouvernement de Philippe Couillard au réseau de l'éducation.

Quelque 20 000 parents, élèves, professeurs et professionnels de l'éducation se sont donné rendez-vous 30 minutes avant le début des classes afin de former des chaînes humaines autour de leurs écoles. C'est environ 200 écoles - dans la quasi-totalité des régions du Québec (16 sur 17) - qui seront ainsi « protégées » .

L'événement était organisé par le regroupement « Je protège mon école publique! »,  qui a effectué des actions similaires le 1er mai et le 1er juin dernier dans huit régions du Québec. Quelque 8000 personnes y avaient participé.

Les manifestations se sont déroulées dans une atmosphère bon enfant. Les directeurs et directrices étaient également invités à se joindre à la foule de manifestants, souligne la porte-parole du regroupement, Pascale Grignon. « Nous, c'est la voix des enfants qu'on voulait porter », ajoute-t-elle.

Les chaînes humaines sont une initiative de parents d'élèves, explique Mme Grignon. « On s'est dit au printemps dernier : "Il faut faire quelque chose pour réagir aux annonces de compressions de l'ordre de 350 millions additionnelles malgré des compressions récurrentes au cours des dernières années." »

« On voyait déjà les répercussions concrètes dans la vie de nos enfants et on s'est dit : "Ça suffit, on veut une éducation de qualité dans nos écoles publiques pour nos enfants. On veut un avenir pour notre province." »

Compressions budgétaires et surpopulation

Les écoles de Montréal et de l'ensemble de la province se retrouvent dans une situation de surpopulation généralisée, avance Mme Grignon. « En moyenne, les écoles de la CSDM [Commission scolaire de Montréal] sont à 110 %; l'an prochain, les pronostics de la CSDM parlent de 120 % de leur capacité », dit la porte-parole du regroupement. 

« Dans ce contexte de surpopulation, on vient annoncer l'abolition de 250 postes de techniciens spécialisés, d'orthopédagogues, etc. à travers la province. [...] En plus, on intègre davantage d'enfants avec des besoins particuliers : troubles d'apprentissage, difficultés d'adaptation. »

« C'est très, très important, c'est majeur dans la vie des enfants et dans la performance de ces citoyens-là dans la vie », poursuit-elle.

Son regroupement exige un financement « adéquat et stable » du réseau d'éducation publique primaire et secondaire au Québec.

Un problème de perceptions

Le ministre de l'Éducation, François Blais, a, de son côté, passé la rentrée loin des manifestations, entre les murs d'une nouvelle école de Québec.

Conscient des manifestations de parents dans l'ensemble de la province, le ministre Blais soutient que les parents sont induits en erreur par les médias. « Il y a des parents, bien sûr, qui doivent être inquiets », convient M. Blais. « Moi, parfois, quand je lis les journaux et j'écoute les médias, moi aussi parfois je trouve ça un peu inquiétant parce qu'il y a des vérités que je ne comprends pas, des demi-vérités. »

Amalgamant la grogne des parents aux revendications syndicales des enseignants, M. Blais déplore « l'utilisation des enfants » dans le cadre de manifestations. « Les enfants ne devraient pas être mêlés à la politique, surtout lorsqu'ils ne la comprennent pas », dénonce le ministre.

« Ce qui me déçoit c'est l'utilisation des enfants ce matin pour tirer des slogans qu'ils ne comprennent pas, pour reproduire des demis-vérités qu'ils ne peuvent pas comprendre non plus », ajoute M. Blais. « Le rôle que jouent les enfants à certains endroits ce matin, ça m'inquiète. »

Le ministre réitère que si les compressions budgétaires en éducation ont une répercussion sur les services offerts, c'est en raison des choix des commissions scolaires. « Je comprends que des commissions scolaires font des choix de déployer ces services-là d'une autre façon, explique M. Blais. Il y a des choix qui sont faits par les commissions scolaires, mais l'enveloppe pour les enfants handicapés ou en difficultés d'apprentissage est demeurée la même. »

Le ministre Blais martèle que les compressions exigées du milieu de l'éducation ne sont que de 1 %, tout en avançant que les commissions scolaires ont engrangé des surplus de près de 800 millions de dollars au cours des dernières années.

Mme Grignon répond que, du point de vue des parents, il y a des réductions de services et que les élèves sont touchés : « On juge que les répercussions de ces compressions-là sont dramatiques et qu'on doit revenir en arrière et réinvestir en éducation ».

« S'il y a des surplus dans les commissions scolaires, je serais très curieuse de les voir », dit-elle.

Énumérant les postes supprimés à l'école de son enfant, Mme Grignon conclut que « clairement, dans l'école il n'y a pas de surplus ».

De son côté, le ministre de l'Éducation termine en réitérant l'objectif général de son gouvernement : l'atteinte de l'équilibre budgétaire. « Le premier ministre l'a dit, ce n'est pas notre premier choix d'avoir des compressions dans le milieu de l'éducation, mais c'est nécessaire pour en arriver à un moment où nous vivrons selon nos moyens, poursuit M. Blais. Les parents, la majorité des parents au Québec, comprennent ça. »

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