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Des milliers de travailleurs au noir dans l'aide à domicile?

Des milliers de personnes offriraient de l'aide domestique, au Québec, sans déclarer les revenus qu'elles en tirent. C'est ce que prétend le Réseau des entreprises d'économie sociale en aide à domicile (REÉSAD), qui demande au gouvernement d'agir face à ce qu'il qualifie de concurrence déloyale.

Un texte d'Alexandre Duval

Depuis quelques années, le REÉSAD peine à recruter des préposés qualifiés, alors que les demandes d'aide à domicile sont en pleine augmentation en raison du vieillissement de la population.

« On estime qu'au cours des prochaines années, dans le réseau, on va devoir embaucher 5000 personnes », explique le directeur général du REÉSAD, Benoît Caron.

Selon lui, ce personnel existe déjà, mais il œuvre dans l'économie souterraine. Il suffit, dit-il, de regarder les sites de petites annonces en ligne pour constater que l'offre abonde.

« Moi j'inviterais les gens à regarder autour d'eux. Est-ce que les gens qu'ils connaissent qui font ce métier-là [...] sont rattachés à une entreprise en bonne et due forme? », questionne-t-il.

M. Caron souhaite que le gouvernement du Québec documente le phénomène, dans un premier temps, puisqu'il n'existe aucune étude ou analyse sur ce sujet.

Par la suite, M. Caron voudrait que des mesures fiscales soient adoptées pour qu'il devienne plus avantageux de faire affaire avec les entreprises d'économie sociale qu'avec les travailleurs au noir.

Des services moins chers au noir

Depuis 1997, les personnes qui font affaire avec les entreprises d'économie sociale, au Québec, ont droit à de l'aide financière pour certains services.

D'une part, les personnes âgées de 65 ans et plus et les adultes ayant des besoins particuliers reconnus par le réseau de la santé ont droit à une aide « variable » de 1,25 $ à 10 $ l'heure, en fonction de leur revenu et de leur situation familiale.

D'autre part, tous les Québécois adultes ont droit à une aide « fixe » de 4 $ pour chaque heure de service rendu. En 2015-2016, près de 31 000 Québécois ont bénéficié uniquement de cette aide fixe.

Malgré ce programme d'aide, les entreprises d'économie sociale peinent à offrir des prix aussi bas que les travailleurs au noir, qui demandent aussi peu que 15 à 20 $ l'heure.

Une partie du problème tient au fait que l'aide « fixe » de 4 $ offerte par le gouvernement n'a pas été indexée depuis 1998. L'aide variable, elle, n'a augmenté que de 3 $.

Le REÉSAD croit qu'une bonification de ce programme permettrait de récupérer une partie de la clientèle qui s'est tournée vers l'économie souterraine et, conséquemment, une partie des travailleurs au noir.

Le gouvernement attend des solutions

L'attachée de presse du ministre des Finances, Carlos Leitao, confirme qu'une rencontre à ce sujet a déjà eu lieu avec le REÉSAD en juillet 2015.

Au terme de cette rencontre, il aurait été convenu que le REÉSAD essaie de documenter le phénomène du travail au noir et propose des solutions au gouvernement. Or, le cabinet du ministre dit ne jamais avoir eu de nouvelles.

Benoît Caron rétorque que son réseau n'a pas les moyens de financer une étude sur le sujet et que la lutte à l'économie souterraine est la responsabilité du gouvernement.

Des gains incertains

Claude Montmarquette, professeur émérite en économie à l'Université de Montréal, n'est pas convaincu qu'il y aurait des gains à faire si le gouvernement s'attaquait au travail au noir dans l'aide à domicile.

Il explique qu'il existe tout un spectre en matière d'économie souterraine, qui va du gardiennage d'enfants jusqu'au monde de la construction. À son avis, les soins à domicile se situent quelque part entre les deux.

Sans encourager le travail au noir, M. Montmarquette rappelle qu'il s'agit parfois de proches qui ne demandent qu'à rendre service.

« Souvent c'est des gens aussi qui sont des connaissances directes qui acceptent de le faire pas nécessairement pour l'argent, mais l'autre personne va insister pour les rémunérer un peu », illustre-t-il.

Il n'est pas convaincu non plus qu'advenant des gestes du gouvernement, les travailleurs au noir choisiraient de se tourner vers le REÉSAD.

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