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Des municipalités privées de services ambulanciers

Plusieurs municipalités de Lanaudière se retrouvent régulièrement privées d'ambulances parce que celles-ci sont envoyées à Manawan, une communauté de 2200 Atikamekw n'ayant pas de techniciens ambulanciers paramédicaux. Une situation inquiétante, surtout que les populations de ces secteurs s'apprêtent à doubler, tripler ou même quadrupler avec l'arrivée de nombreux villégiateurs estivaux.

Un texte de Maude Montembeault

Manawan, située à 180 km au nord de Joliette, milite depuis près de 20 ans pour obtenir ses propres techniciens paramédicaux et sa propre ambulance.

En septembre dernier, une fillette de 8 ans est morte noyée. Une preuve pour le conseil de bande que les services de premiers répondants déjà en place ne suffisent pas. Ce problème touche plusieurs autres communautés autochtones du Québec et du reste du Canada.

Près de 450 déplacements ambulanciers en un an

Chaque fois qu’ils sont appelés à Manawan pour transporter un patient vers l’hôpital de Joliette, les ambulanciers de Saint-Michel-des-Saints doivent prévoir, dans le meilleur scénario, six heures pour l’ensemble de l’intervention.

Pendant ce temps, le secteur est à découvert. Les ambulanciers du secteur voisin compensent, s’ils sont libres. Un jeu de dominos s’enclenche entre les secteurs avoisinants.

L’an dernier, les techniciens de Saint-Michel-des-Saints se sont déplacés plus d’une fois par jour à Manawan à 448 reprises au total. Ils ont transporté un patient à 333 occasions. Les autres fois, soit ils se sont déplacés pour rien ou ils ont rebroussé chemin.

Six municipalités au secours de Manawan

Lorsque les ambulanciers de Saint-Michel-des-Saints sont déjà occupés, les municipalités limitrophes dépannent alors la communauté atikamekw, en commençant par Saint-Jean-de-Matha. Saint-Gabriel-de-Brandon est l'option suivante. Suivent alors Rawdon et Joliette. En dernier recours, ce sont les ambulanciers de Saint-Donat qui seront envoyés à Manawan, ce qui implique un déplacement d’au moins huit heures. Toutes ces municipalités ont effectué un total de 498 déplacements, dont 374 avec patients.

Une touriste victime d’un AVC a dû attendre

Les maires des municipalités touchées ne mâchent pas leurs mots. Celui de Saint-Jean-de-Matha, où la population vieillissante est inquiète de l'absence des ambulanciers, dénonce avec virulence la situation.

« En région, il y a déjà au-delà de 50 % [des gens] qui n’ont pas de médecin de famille, et maintenant on va leur enlever la possibilité de se rendre voir un médecin », déplore Normand Champagne.

Son homologue de Saint-Michel-des-Saints, où la population passe de 2400 à 10 000 en été, a été saisi d’une situation dramatique. Une femme qui a été victime d’un accident vasculaire cérébral à l’Auberge du Lac Taureau a dû attendre, relate Réjean Gouin.

Heureusement, cette touriste s’en est tirée, mais le maire Gouin trouve que le ministère de la Santé et des Services sociaux fait preuve de laxisme. « Je n’irai pas jusqu’à [parler de] négligence, mais pas loin », lance-t-il.

Le président de la Fédération des employés du préhospitalier du Québec, Daniel Chouinard, abonde dans le même sens. Selon lui, la situation est inquiétante en temps normal et encore plus avec l’arrivée des villégiateurs.

Des vies auraient-elles pu être sauvées?

La présence d’ambulanciers et d’un véhicule dans la réserve aurait grandement amélioré les chances de sauver la vie d’au moins deux Atikamekw. C’est ce qui ressort des recommandations de deux coroners qui se sont penchés sur la noyade d’une enfant de 3 ans en 2009 et sur l’insuffisance respiratoire d’un homme de 24 ans en 1998.

À la suite de la noyade de 2009, le Dr Jean Brochu recommandait au ministère de la Santé et des Services sociaux « d’examiner la pertinence d’implanter des services d’évacuation médicale par hélicoptère ».

Manawan, qui fait parfois appel au service d’hélicoptère, souligne que les conditions météorologiques ne permettent pas toujours l’atterrissage et que ce type de service gruge le budget en santé accordé à la communauté par le gouvernement fédéral.

En 2015, Santé Canada a dépensé 356 millions de dollars pour des transports pour raison médicale, partout au Canada.

En 1998, le coroner pathologiste Paul G. Dionne estimait quant à lui que si Manawan « était mieux équipé en médication [et] en transport ambulancier et si le personnel était formé au standard suggéré par la régie régionale, il est probable que monsieur [David] Flamand serait encore vivant aujourd’hui ».

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