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Des murales autochtones dans le quartier Saint-Henri à Montréal

Ces jours-ci, le quartier Saint-Henri a un peu plus des allures de village autochtone grâce à sept grandes murales réalisées dans le cadre de Voix insoumises, une biennale réunissant des artistes autochtones queer, bispirituelles et racisées. Plus qu'un simple projet artistique, le rendez-vous a comme mission d'ouvrir un dialogue avec les résidents du quartier.

Un texte de Laurence Niosi

Il y a quelques années, Cam (son nom d’artiste) a constaté, avec des collègues, le manque cruel de diversité dans l’art de rue. Un milieu « dominé majoritairement par des artistes hommes cis, blancs et hétéros », souligne l’artiste innue et queer.

En 2014, Cam, alors étudiante en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal, a donc décidé de lancer une campagne de sociofinancement pour remédier au problème. L’idée : créer une convergence annuelle d’artistes femmes autochtones queer, bispirituel et racisées afin de développer une communauté d’artistes et « promouvoir une résistance anticoloniale » à travers l’art.

Le rendez-vous, qui combine donc art et militantisme, est né ainsi. Voix insoumises fonctionne avec un budget minuscule depuis ses débuts – l’argent vient de campagnes de sociofinancement et de groupes locaux.

Cette année, sept œuvres d’artistes de Montréal et d’ailleurs recouvrent les façades du quartier Saint-Henri. L’une d’elle, par exemple, représente un épisode sombre de l’histoire canadienne (les pensionnats autochtones), une autre rend hommage à deux militantes mohawks (Mary Two-Axe Earley et Ellen Gabriel).

L’artiste ojibwée Cedar Eve Peters, originaire de Toronto, a pour sa part décidé de représenter des « énergies et des esprits » dans sa murale à l’intersection des rues Saint-Jacques et Saint-Philippe.

L’artiste aujourd’hui installée à Montréal n’est pas prête d’oublier son expérience. « De travailler ainsi avec des artistes qui ont des vues similaires, c'était tellement spécial », dit-elle.

Un oeuvre vandalisée

Un triste événement est cependant venu entacher une biennale qui s'est pourtant déroulée sans heurts. Quelques jours seulement après son inauguration, une des œuvres a été vandalisée. Le mot « Anti-white » a été inscrit avec de la peinture rouge sur la murale de l’artiste américano-colombienne Jessica Sabogal, baptisée « White supremacy is killing me » (la suprématie blanche me tue).

Un geste qui surprend peu Cam. « Nous avions discuté de cette possibilité, Jessica et moi, avant qu’elle commence à faire sa murale. Avec le contexte politique et social actuel, il y a beaucoup d’actes de violence de ce genre qui sont réalisés un peu partout », souligne-t-elle.

L'acte de vandalisme a néanmoins créé une vague de solidarité de la part des résidents du quartier. Certains ont même proposé de payer pour la peinture servant à recouvrir l’inscription.

Même si les réactions ont été majoritairement positives, Cam estime que le travail de sensibilisation n’est pas terminé. « Les Voix Insoumises n’est pas un projet d’embellissement de la ville avec de belles oeuvres dans l’espace public, c’est un appel à l’action afin de repenser nos relations avec les villes coloniales et avoir le courage d’écouter ce que ces murs ont à nous dire », explique-t-elle.

Une visite guidée des œuvres aura lieu samedi à 14 h. Le point de rendez-vous est au métro Place Saint-Henri.

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