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Des musulmans dénoncent les propos de Couillard sur l'islam et le terrorisme

En appelant jeudi les musulmans à « prendre leurs responsabilités » face aux attentats commis au nom de l'islam, Philippe Couillard a provoqué de nombreuses réactions dans la communauté musulmane du pays. Des voix qualifient ses propos d'« inacceptables » et de « malheureux ».

Cette polémique a été déclenchée jeudi, à la suite d’une entrevue avec Philippe Couillard qui réagissait à l’attaque au couteau contre un policier américain à l’aéroport de Flint, au Michigan, commis par un Montréalais, Amor Ftouhi.

D’ordinaire très prudent sur ce sujet, le premier ministre a déclaré qu'« on ne peut pas dissocier cet acte-là de la version pervertie de l’islam radical, que certains, dans cette communauté religieuse, font circuler ».

Il a aussi repris les propos du président français, Emmanuel Macron, affirmant que si la société d’accueil a une responsabilité d’inclusion, une responsabilité de sécurité et de prévention, la communauté musulmane a également la responsabilité de dénoncer la perversion de la religion, à savoir l’islam, que certains « utilisent pour commettre des actes inexcusables et impardonnables ».

Des déclarations qui ont étonné des organisations musulmanes d’ici, habituées à des discours plus inclusifs et modérés de la part du chef du gouvernement québécois.

« Le terrorisme n'a pas de religion »

L’imam Hassan Guillet, du Conseil des imams du Québec, fait partie de ceux qui ont été pris de court par les propos de Philippe Couillard associant « l’islam radical » au terrorisme.

« Ça ne représente pas ce qu’on connaît de M. Couillard. Est-ce qu’il a été trop rapide sur la gâchette, est-ce que ses paroles ont précédé sa pensée? Je ne sais pas, je ne suis pas là pour lui prêter des intentions », a-t-il déclaré d’entrée de jeu.

Après avoir vivement dénoncé, dans un premier temps, la sortie de Philippe Couillard, Hassan Guillet a toutefois reconnu que les propos du premier ministre ont été plus nuancés que ce qui a été rapporté dans certains médias.

« Les titres disent ''M. Couillard dit que les musulmans sont responsables’’. Mais quand on écoute l’extrait vidéo, il dit que « les musulmans ont aussi la responsabilité'' et là-dessus je suis à 100 % d’accord avec lui », a-t-il affirmé.

L’imam Guillet déplore néanmoins que les musulmans soient trop souvent dépeints comme un bloc monolithique. « Il faut qu’on commence par soigner notre vocabulaire. On n’est pas ‘’la communauté musulmane’’. On est des Canadiens, des Québécois, de confession musulmane. Comme les autres ne sont pas ''la communauté catholique'' ou ''la communauté protestante’’. »

« [Dans la déclaration de M. Couillard] Il faut insister sur le mot ''aussi''. Nous avons tous une responsabilité commune et partagée de protéger […] la société de ce fléau et de ces crimes haineux », a-t-il ajouté.

L’imam met en garde les citoyens qui seraient toujours tentés de faire des amalgames entre musulmans et terroristes.

« Non seulement on peut les dissocier [islam et terrorisme], mais on doit les dissocier. […] C’est comme le feu et l’eau, ça ne se mélange pas. L’islam est une religion de paix; le terrorisme, c’est un crime haineux ».

Hassan Guillet a invité le premier ministre à « s’élever au-dessus de la mêlée » et de redevenir le premier ministre de « tous les Québécois » pour éviter de nourrir davantages les amalgames et la stigmatisation.

Propos « choquants »

La surprise était aussi palpable dans la réaction de Samah Jabari, porte-parole du Forum musulman canadien, qui s'exprimait à l’émission Midi Info d'Ici Radio-Canada Première. Pour elle, les propos de Philippe Couillard sont « un peu surprenants et choquants » pour un premier ministre.

Selon Mme Jabari, l’islam et le terrorisme sont un amalgame presque automatique lorsque la violence survient, mais beaucoup oublient que les musulmans sont très souvent les premières victimes de ces actes terroristes.

Les musulmans sont des « citoyens comme les autres »

Pour sa part, Haroun Bouazzi, coprésident de l'Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, réfute carrément l’existence d’une « communauté musulmane ». Soutenir le contraire serait « essentialisant et donc stigmatisant », selon lui.

Sur sa page Facebook, M. Bouazzi rappelle que les Québécois de confession musulmane sont des « citoyens comme les autres » et quand ils « voient qu’un crime va être commis, ils appellent le 911 ». Du reste, il signale que « plusieurs arrestations dans un cadre terroriste ont été faites grâce à des ami(e)s, des membres de la famille ou des gens de la mosquée ».

Déplorant que la dépression ne soit « pratiquement jamais évoquée » lors d’un attentat-suicide, il invite les gouvernements à plus de cohérence dans leur attitude vis-à-vis de « la branche salafiste, takfiriste, djihadiste. Celle-là même qui est financée et pensée par l’Arabie saoudite. Or, l’Arabie saoudite est l’un des meilleurs alliés et partenaires des États-Unis, de la France ou du Canada ».

Par ailleurs, Haroun Bouazzi constate qu’« on peut toujours faire l’autruche, mais le fait est que moins un pays bombarde [d'autres pays], moins il a d’attentats terroristes sur son territoire ». Pour lui, « en bombardant en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie, au Mali, au Yémen, au Pakistan, les pays membres de l’OTAN ont participé à plonger des régions entières, à majorité musulmane, dans un drame humanitaire sans nom ».

Enfin, il soulève le « sentiment d’exclusion des minorités » et souligne le bilan « pitoyable » du gouvernement en matière de lutte contre le racisme. « Aucune campagne de sensibilisation contre le racisme, aucune formation des services de sécurité concernant les biais inconscients ou le traitement des actes haineux, aucun cours qui parle explicitement de racisme, de sexisme ou d’homophobie obligatoire dans nos écoles, etc. »

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