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Des musulmans du Michigan s’organisent contre Donald Trump

Recours juridiques, organisation communautaire, résistance. Aux États-Unis, la population musulmane s'organise en réponse aux décrets sur l'immigration du président Donald Trump, qui touchent les réfugiés et les ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

Un reportage de Christian Noël

L’épicentre de ce mouvement de protestation pourrait bien se trouver à Dearborn, en banlieue de Détroit, où la moitié des résidents est de confession musulmane, la plus forte concentration aux États-Unis.

« Je suis effrayé. Nous vivons à l’ère de la peur, et elle s’immisce partout », confie Hussein, la première personne que nous avons rencontrée à Dearborn.

« La peur des décrets présidentiels, la peur d’un attentat comme celui de Québec. Mais surtout la peur de ce que ça signifie pour nos familles et nos amis », poursuit-il.

Dans une boucherie halal du sud de la ville, les clients sourient. Mais chacun a son histoire, ses difficultés causées par les décrets sur l’immigration.

« J'ai une cousine soudanaise, qui étudie en médecine, raconte Fatima Farooq. Elle est allée visiter de la famille à Dubaï. Mais là, elle est prise à l'étranger, incapable de revenir pour terminer ses études. »

« J'ai des amis qui sont ici légalement, poursuit-elle, mais qui craignent malgré tout d'être expulsés. Parfois, j'en ai des frissons de peur qui me glacent le dos, rien qu'à y penser. »

Faire preuve de solidarité

Hassan a un oncle dont la visite familiale en Irak s'est prolongée indéfiniment.

Mon oncle est incapable de revenir pour reprendre son travail et nourrir sa famille. Alors toute la communauté vient en aide à ma tante. On partage des repas, on aide à payer le loyer, les factures. On fait ce qu'on peut. Mais on ne sait pas combien de temps ça va durer.

Hassan

Wassim a deux amis qui tentent de quitter le Yémen depuis cinq ans.

« Comme il n’y a pas d’ambassade américaine au Yémen, ils ont pris un bateau de fortune pour aller à Djibouti. Ils ont dormi dans des abris de carton pendant trois semaines en attendant leur visa. Le jour où ils ont reçu leurs papiers, le décret présidentiel est tombé. »

Ils n'ont plus d'argent pour rester à Djibouti, et ils sont incapables d’entrer aux États-Unis. « Leur seule option, poursuit Wassim, est de reprendre un bateau de misère pour retourner en zone de guerre au Yémen. C'est horrible. »

À Dearborn, la population est touchée par la peur et l'indignation, mais aussi investie d'un désir de résister au président Donald Trump.

Un décret présidentiel qui entraîne la confusion

C'est l'heure de la prière, au centre islamique américain de Dearborn.

Un lieu de recueillement, mais aussi un centre communautaire qui bourdonne d'activité.

« On reçoit des dizaines d'appels à l'aide chaque jour, confie le directeur du centre, Kasseem Allie. Ce sont des membres de la communauté qui ont besoin de conseils ou d'un avocat. Ce décret présidentiel entraîne la confusion. »

Des gens craignent que d'autres pays soient ajoutés à la liste ou que le département de la Sécurité intérieure des États-Unis mette sur pied un registre sur le web, pour recenser les musulmans qui ont commis des crimes, même mineurs.

Certains affirment même que le climat est pire qu’à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

« Ça crée de l'anxiété, indique M. Allie, et ça engendre un climat de paranoïa. »

Mais pas question de baisser les bras ou de s’enfouir la tête dans le sable, ajoute-t-il. Le centre prépare des trousses d’information afin que les membres connaissent leurs droits. Il a mis sur pied des cliniques d’aide juridique, et conteste les décrets de Trump devant les tribunaux.

Nous allons résister. C’est notre devoir en tant que citoyens américains.

Kasseem Allie, directeur du centre islamique américain de Dearborn

Au moment où la communauté musulmane entame son combat, toute la ville de Dearborn se sent solidaire.

Des électeurs qui ont voulu préserver leur emploi

Le 1er février, Dearborn a tenu une grande rencontre d'urgence contre les décrets sur l'immigration. La salle était comble, presque 1000 personnes étaient présentes, de toutes les origines et de toutes les confessions. Un geste qui compte, selon le maire John O’Reilly.

Dearborn compte une forte concentration de musulmans. Toutefois, une bonne partie de l’État du Michigan a voté Donald Trump à la présidence.

Un des représentants du Michigan à Washington, le démocrate Dan Kildee, le reconnait volontiers. Mais il apporte un bémol.

Les électeurs du Michigan n’ont pas voté pour un agenda anti-immigration. Ils ont voté pour préserver leur emploi.

Dan Kildee, représentant démocrate du Michigan à Washington

M. Kildee estime que les électeurs ont cru le discours protectionniste de Donald Trump, « mais qu'ils n’ont pas validé la discrimination ».

« Nous vivons un moment de crise, c'est une urgence nationale, ça prend du leadership, personne n'a le loisir de rester les bras croisés », lance un des conférenciers, le professeur de droit Kaled Beydoun, sous des applaudissements nourris.

Il faut confronter nos peurs et les transformer en action concrète afin de protéger nos droits civiques et résister à l'autorité illégitime.

Kaled Beydoun, professeur de droit

Après les manifestations de la semaine dernière à Dearborn, une grande marche est organisée ce samedi.

Un combat semblable à celui contre la ségrégation raciale dans les années 1960

À la suite de la rencontre, au moment où la salle se vide, Sharron Mills, une Afro-Américaine, ne peut s'empêcher de tracer un parallèle historique.

« J'ai participé aux marches des années 1960, contre la ségrégation et le racisme. Je ne pensais jamais que l'histoire allait se répéter de la sorte. À voir l'effervescence et la passion ressentie ce soir, j'ai le sentiment d'être à nouveau à la genèse d'un combat semblable. »

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