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Des nations autochtones s'entendent pour protéger le caribou migrateur

Estimant que les gouvernements n'agissaient pas assez rapidement, sept nations autochtones du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador ont signé une entente mardi, à Montréal, pour gérer les populations de caribous migrateurs, en chute libre depuis 25 ans.

Un texte de Laurence Niosi

« Nous sommes fatigués d’attendre que le gouvernement agisse, nous prenons les devants pour conserver les troupeaux », a lancé lors d’un point de presse Adamie Delisle-Alaku, président de la Table ronde autochtone du caribou de la péninsule d'Ungava (TRACPU), qui a élaboré la stratégie.

Autrefois abondants, les caribous de la péninsule d'Ungava, au Nunavik, connaissent un déclin alarmant. Le troupeau de la rivière George est passé de 800 000, dans les années 1990, à 9000 têtes, alors que le troupeau de la rivière aux Feuilles a chuté de 628 000, en 2001, à 199 000.

Selon le ministère de la Faune, le déclin graduel du troupeau s'explique par différents facteurs, notamment la chasse, les conséquences liées au développement du territoire et la détérioration des habitats. Le lichen, notamment, dont se nourrit le caribou en hiver, se fait de plus en plus rare.

En 2012, Québec a réagi en suspendant la chasse sportive pour le troupeau de la rivière George. Dès le 1er février 2018, la chasse sportive du caribou sera interdite partout au Québec, ce qui a provoqué une montée aux barricades des adeptes de chasse et de propriétaires de pourvoiries. La chasse de subsistance pratiquée par les Autochtones est cependant maintenue.

Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, ainsi que les principaux partenaires en gestion faunique, disent préparer un plan de gestion et de conservation afin de préserver les troupeaux.

Mais les différents intervenants autochtones d’Ungava ont voulu prendre les choses en mains. « Ça fait des années qu’on fait du lobbying pour arrêter la chasse sportive. Quand le gouvernement a suspendu la chasse du troupeau de la rivière George, il était déjà trop tard », a dénoncé Adamie Delisle-Alaku.

Le vice-président à la société Makivik, qui représente 10 000 Inuits du Nunavik, a également réitéré l’importance de la Convention du Nord-Est québécois, signée en 1978 par les Cris, les Inuits et les Naskapis. L’entente stipule que les caribous doivent être protégés afin d’assurer les activités traditionnelles des Autochtones.

Avec cette nouvelle entente signée mardi, les sept nations autochtones s’engagent à élaborer, ensemble, un système de gestion des caribous pour « maximiser les retombées » tout en « respectant la priorité d’accès réservée aux peuples autochtones ».

Plus qu'une chasse, une tradition

Plusieurs nations autochtones dépendent du caribou pour se nourrir, se vêtir et transmettre leurs traditions d'une génération à une autre. « Il y a entre les Innus, les Inuits, les autres nations et le caribou, une relation exceptionnelle, qui n'est pas la même que la relation d'un non-Autochtone avec le caribou », a souligné le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, également présent à la conférence.

« On est capable de faire une gestion convenable [du caribou], comme on l'a fait depuis des millénaires », a-t-il poursuivi.

Le caribou migrateur – contrairement au caribou forestier, qui demeure toute l’année dans la forêt boréale ou dans la taïga subarctique – parcourt des milliers de kilomètres chaque année entre les habitats saisonniers.

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