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Des parrains de réfugiés syriens débordés dans la région de Montréal

La grande région de Montréal a accueilli jusqu'à présent un peu plus de 4000 réfugiés syriens et, de ce nombre, seuls 144 sont pris en charge par l'État. Tous les autres font l'objet de parrainage privé, mais plusieurs signes laissent croire que ces parrains ploient sous le poids de ces responsabilités.

Signe qui ne trompe pas : un nombre croissant d'organismes reçoivent des appels à l'aide de la part de réfugiés qui ne sont pas pris en charge par leurs parrains comme ils devraient l'être.

C'est que la tâche est lourde. Lorsqu'on prend en charge un réfugié, il faut assurer tout le soutien, tant sur le plan financier que sur le plan humain, et ce, durant toute une année. L'État s'occupe, lui, de payer pour la santé et l'éducation des réfugiés.

Les parrains, qu'ils soient membres de communautés, d'églises ou de familles individuelles, se trouvent parfois à être dépassés par l'ampleur de la tâche. D'autant plus que le fait d'accompagner aussi étroitement un ou des réfugiés change, forcément, leur vie.

De plus en plus d'appels à l'aide de réfugiés

Au Centre lavallois pour l'intégration sociale, Zineb El Kart est traductrice bénévole, mais en réalité, ses fonctions dépassent largement ce cadre, tant les besoins exprimés par trois familles syriennes sont pressants.

La bénévole cite par exemple cet appel reçu l'autre jour : « Zineb, j'ai deux papiers de l'école et je ne sais pas ce qu'ils demandent ».

Un autre bénévole du Centre lavallois pour l'intégration sociale, Amal Chabri, explique qu'il ne sert à rien, dans ce genre de situations, de chercher un coupable : « Parrainé ou pas parrainé, il y a un problème et il faut agir ».

Lero Tchassao dirige le Centre lavallois pour l'intégration sociale et il a en tête ce cas de réfugié parrainé par un couple en instance de divorce. « Le monsieur quitte une situation tragique là-bas, dit-il. Or, il arrive ici et trouve une famille en instance de séparation. Il y a des chicanes du matin au soir. »

Plus de ressources pour les parrains

Avec cinq vols nolisés sur Montréal cette semaine et autant sur Toronto, le gouvernement canadien n'est pas loin d'atteindre sa cible d'accueil de 25 000 réfugiés syriens.

Devant le drame de la guerre en Syrie, l'Église syriaque de Laval a entrepris à elle seule de parrainer plus de 500 familles. La paroisse admet que c'est exigeant.

L'église Saint-Jacques syriaque orthodoxe, dans le nord de Montréal, a aussi sous sa responsabilité quelques centaines de dossiers de parrainage. Moufid Kanou, qui travaille au sein de cette église, estime que les gouvernements ne donnent pas suffisamment d'aide aux groupes de parrainage. « Ne serait-ce que donner une carte de transport (OPUS) pour deux ou trois mois afin que les familles puissent aller à leurs rendez-vous, suggère-t-il. Il y a tellement de formalités et de déplacements au début. »

Stéphane Reicchold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, va dans le même sens : « Je pense qu'il faudrait offrir plus de ressources aux groupes de parrains pour faire face à ce débordement qui est là ».

Trop de pression

M. Reicchold explique que la situation du Québec est particulière parce qu'au contraire du reste du pays, le nombre de parrainages privés surpasse largement le nombre de parrainages par l'État. En conséquence, le gouvernement a mis trop de pression sur les groupes de parrainage privés, qui sont concentrés dans la grande région de Montréal, croit M. Reicchold.

Des logements, des meubles, des matelas

Au service Info Aide Réfugiés, qui répond aux demandes des nouveaux arrivants du Grand Montréal, de plus en plus de parrains appellent : dans l'urgence, ils cherchent des logements, des meubles, des matelas pour les familles qu'ils soutiennent.

Un autre organisme, le Carrefour des ressources en interculturel (CRIC), dans le quartier Centre-Sud, à Montréal, soutient des familles syriennes négligées par leurs parrains, même pour les besoins les plus élémentaires.

Québec promet d'être à l'écoute

La ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec, Kathleen Weil, n'ignore pas que certains des réfugiés parrainés par le privé « tombent entre deux chaises », comme elle le dit. Ce problème lui avait été communiqué avant Noël.

« J'ai demandé au ministère d'aller sur le terrain, de contacter les organismes pour faire un suivi continu, dit Kathleen Weil. Je veux qu'on soit très vigilant. [...] Dans les écoles, ça va bien, mais il faut être attentif face à cette lourdeur. »

« Je veux regarder la situation avant de dire qu'on va ajouter des ressources, dit la ministre Weil. Mais, on va trouver une réponse pour ne pas que les gens soient sans appui. »

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie

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