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Des patrouilles pour assurer la sécurité des jeunes Autochtones

En Ontario, les tensions sont vives entre les Autochtones et le Service de police de Thunder Bay après un mois particulièrement difficile. Depuis que les corps de deux adolescents autochtones ont été repêchés, des membres des Premières Nations ont décidé de prendre les choses en main et d'organiser des patrouilles citoyennes pour surveiller les abords des cours d'eau.

Un texte de Martine Laberge

La nuit tombée, une lampe de poche à la main, Jana-Rae Yerxa se dirige vers le point de rencontre de la patrouille de nuit du Bear Clan, sous un pont de la rivière McIntyre.

C'est la mort du jeune Josiah Begg, 14 ans, dont le corps a été repêché à quelques dizaines de mètres de là, qui a convaincu la jeune femme de l'importance de faire partie de cette patrouille de bénévoles.

Personne ne sait comment des adolescents des Premières Nations se retrouvent dans la rivière, mais de plus en plus de gens se demandent s'il ne s'agit pas d'actes violents motivés par le racisme.

De nouvelles critiques

De nouvelles voix s'élèvent quant à la sécurité des Autochtones à Thunder Bay. La découverte des corps des deux adolescents le mois dernier a soulevé des inquiétudes chez Tara Lewis, propriétaire d'un restaurant dans le sud de la ville.

La femme s'est rappelé avoir parlé à un Autochtone en détresse le 22 octobre alors qu'elle s'apprêtait à fermer son commerce avec son époux. Elle raconte que les vêtements de l'homme étaient complètement trempés et qu'il avait des blessures à la tête.

Ce soir-là, Tara Lewis a alerté le Service de police de Thunder Bay et a fait une déclaration aux policiers sur ce qu'elle avait entendu. Les policiers ont aussi recueilli le témoignage de l'homme et des services médicaux lui ont été offerts.

Selon Tawa Lewis, l'homme a donné une description des personnes qui l'auraient agressé et de leur camionnette. Elle s’interroge aujourd'hui sur le travail des policiers et se demande pourquoi le dossier n'a pas été traité de façon urgente. Elle y voit possiblement un lien avec la mort d'Autochtones qui se sont noyés dans les rivières.

Deuxième cas rapporté

Le Service de police de Thunder Bay confirme qu'une plainte pour voies de fait a été déposée ce soir-là. Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, un porte-parole de la police affirme que le département des enquêtes criminelles a fait un suivi à la plainte et que le dossier demeure ouvert et non résolu.

C'est la deuxième fois qu'un Autochtone se plaint d'avoir été jeté dans une rivière de Thunder Bay par des non-Autochtones. L'an dernier, un jeune homme a affirmé sous serment avoir été battu puis jeté dans une rivière en 2007 alors qu'il étudiait à Thunder Bay. Aucune accusation n'a été portée dans ce dossier non plus.

L'importance du travail policier

Depuis l'an 2000, en tout, les corps de sept adolescents autochtones ont été repêchés dans les rivières de la ville.

Les questions que plusieurs se posent : comment les adolescents se retrouvent-ils dans la rivière? Quelles sont les circonstances de leur mort?

Une enquête du coroner sur la mort de jeunes Autochtones, dont cinq ont été retrouvés dans les rivières de la ville, n'a pas fourni de réponses à ces questions. Selon la médecin légiste Kona Williams, il est très difficile de déterminer dans quelles circonstances une personne s'est noyée.

Elle affirme que c'est le travail d'enquête des policiers et du coroner qui mène à ces conclusions.

Le racisme au coeur du problème?

Anna-Betty Achneepineskum, grande chef adjointe de la Nation Nishnawbe Aski ne mâche pas ses mots. Elle affirme qu'elle ne fait plus confiance aux services policiers de la ville ni aux autorités.

De plus, elle est convaincue que si les jeunes que l'on a retrouvés dans les rivières avaient été des Blancs, la réaction des autorités aurait été bien différente. « C'est triste à dire, mais c'est vrai », soutient-elle.

Elle demande à la Ville d'en faire plus pour assurer la sécurité des jeunes Autochtones, notamment en installant des caméras de surveillance ainsi que des lampadaires au bord de chacun des cours d'eau des environs.

Anna-Betty Achneepineskum, comme d'autres, a l'impression qu'il y a plus d'incidents violents à l'endroit d'Autochtones à Thunder Bay.

Police de Thunder Bay sous la loupe

L'automne dernier, le Bureau du directeur indépendant de l'examen de la police (BDIEP) a entrepris une révision de certaines enquêtes menées par la police de Thunder Bay sur la mort d'Autochtones.

L'organisme indépendant composé d'employés civils se penche actuellement sur les cas de trois Autochtones qui sont morts noyés dans les rivières de la ville, dont ceux de Tammy Keeash et de Josiah Begg, retrouvés le mois dernier.

Rien de criminel, selon le maire

Le maire de Thunder Bay, Keith Hobbs, ne croit pas que ces morts par noyade soient d'origine criminelle. Il ne croit pas non plus que le racisme ait joué un rôle dans ces décès.

Le maire estime qu'il est dangereux d'aller faire la fête, la nuit tombée, près des cours d'eau et que les parents des jeunes Autochtones qui déménagent en ville devraient les mettre en garde contre ces dangers potentiels.

C'est une explication que rejettent bien des Autochtones, dont Jana-Rae Yerxa, qui considère que l'on perpétue le stéréotype de l'Autochtone ivre et que l'on refuse ainsi de prendre l'affaire au sérieux.

Elle prévoit continuer de participer aux efforts de surveillance des abords des rivières avec les autres bénévoles de la patrouille du Bear Clan.

Selon elle, beaucoup d'adolescents consomment de l'alcool avec des amis, pas seulement des jeunes Autochtones. Et pourtant, dit-elle, ce sont de jeunes Autochtones que l'on retrouve morts dans les rivières.

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