Retour

Des pénitenciers achètent du café à une entreprise dont les propriétaires sont liés à la mafia

Des prisons fédérales au Québec s'approvisionnent en café auprès d'une entreprise dont les propriétaires ont des liens avec la mafia, a appris Radio-Canada.

Un texte de Anne Panasuk

Depuis 2007, six prisons fédérales dans la province achètent leur café à Café Cimo, une entreprise qui appartient à des membres de la famille Caruana, liée à la mafia sicilienne.

Les contrats sont signés par Travaux publics Canada après un appel d'offres, en raison de leur valeur. Depuis huit ans, Cafe Cimo, installé dans l'arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal, est le plus bas soumissionnaire. Radio-Canada a obtenu ces contrats grâce à la Loi sur l'accès à l'information.

Giovanni Caruana était le président de Café Cimo jusqu'en 2012, date de son décès. C'est un homme d'honneur de la Cosa Nostra sicilienne, c'est-à-dire un membre en règle de la mafia.

Immigré au Canada dans les années 60, il a fait partie du clan Caruana-Cuntrera, un courtier planétaire de trafic de drogue et de blanchiment d'argent. À la fin des années 90, Giovanni Caruana est condamné en Italie, en son absence, pour association de la mafia.

L'Italie demande alors au Canada de l'extrader, ce qui ne sera pas fait.

Nouvelle génération aux commandes

Au moment de son décès, cela faisait cinq ans que les milliers de détenus buvaient son café, que ce soit aux pénitenciers de Drummondville, de La Macaza, de Port-Cartier, de Montée-Saint-François, d'Archambault ou du Centre fédéral de formation.

Café Cimo poursuit aujourd'hui ses activités avec les enfants de Giovanni Caruana comme actionnaires.

Un de ses fils, Joseph, est le vice-président de la compagnie. Il a été arrêté et condamné à sept ans de prison pour trafic d'héroïne.

Lorsque nous sommes allés lui demander comment il avait fait pour obtenir tout de même des contrats avec le gouvernement, il nous a dit qu'il avait obtenu un pardon.

Dans un courriel, Travaux publics Canada indique que cette commande de café « ne comporte aucune exigence relative à la sécurité ».

« C'est au client, le Service correctionnel, de définir ses besoins en matière de sécurité et [Travaux publics Canada] a la responsabilité de faire des vérifications pour s'assurer que les entreprises et individus sélectionnés pour le contrat respectent ces exigences », ajoute-t-on.

Le contrat avec Café Cimo indique que le Canada « peut exiger une enquête sécuritaire en ce qui concerne les personnes assurant la livraison ».

Or, lors de notre rencontre avec Joseph Caruana à Café Cimo, nous avons vu que la livraison était effectuée par un service de courrier indépendant.

Le café est destiné aux cafétérias des prisons et aussi aux cantines, qui sont gérées par les détenus eux-mêmes.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un rottweiler goûte à du citron pour la première fois





Rabais de la semaine