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Des producteurs agricoles redoutent les contrecoups de la réglementation sur les pesticides

Le projet du gouvernement Couillard de réduire l'usage de certains pesticides plus à risque ne fait pas l'unanimité dans le milieu agricole, particulièrement auprès des Producteurs de grains du Québec, qui redoutent des pertes de rendement.

Avec son « projet de modifications réglementaires », annoncé le 14 juillet dans le cadre de la « Stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018 », le gouvernement du Québec tente d’interdire l’utilisation de cinq substances de pesticides.Parmi celles-ci, trois appartiennent à la famille des néonicotinoïdes, un insecticide largement utilisé dans les cultures du maïs et du soya.Or, le projet stipule que les agriculteurs pourront continuer d’en faire usage, à condition que celui-ci soit justifié au préalable par un agronome. « Cette justification agronomique entrerait en vigueur progressivement, sur deux ans, en fonction du pesticide visé », indique le gouvernement du Québec par communiqué.Cette condition se traduit toutefois par des coûts administratifs pour les agriculteurs ainsi que par des pertes de productivité, prévient Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec.« La non-utilisation de certains pesticides peut entraîner une diminution du rendement d’au-delà de 5 % », déplore-t-il.

L’étude d’impact qu’a dévoilée le gouvernement du Québec estime que les effets pour les agriculteurs se chiffreront à 8,5 millions de dollars par année.« Les producteurs de grains connaissent parfaitement bien l’importance de protéger l’environnement, se défend M. Overbeek par voie de communiqué. Ce sont toutefois des entrepreneurs qui doivent s’assurer de maintenir leur compétitivité afin de contribuer au développement économique du Québec. »Selon les Producteurs de grain du Québec, la réglementation mise de l’avant par Québec aurait donné des « résultats mitigés » ailleurs dans le monde, comme en Europe.

Des études ont démontré que l’interdiction de pesticides de la famille des néonicotinoïdes s’est traduite par une utilisation accrue d’autres pesticides, soutiennent-ils.

De bonnes intentions, mais…L’organisme Équiterre et la Fondation David Suzuki ont salué le nouvel objectif du gouvernement, mais craignent que les mesures proposées ne soient pas suffisantes.

« Alors que plusieurs études démontrent que les taxes ou les redevances sur les pesticides […] livrent des résultats, la mise en place d’incitatifs financiers manque toujours à l’appel », soulignent-ils.

Pour Nadine Bachand, chargée de projets pesticides et produits toxiques pour Équiterre, l’interdiction pure et simple de ces substances s’impose.

Les deux organismes environnementaux s’étonnent de ne pas voir le glyphosate, un populaire herbicide, se tailler une place dans la liste des substances interdites.Il s’agit de l’un des « dix ingrédients actifs les plus importants par rapport aux indicateurs de risque pour l’environnement et la santé », rappellent-ils.

Dans son rapport déposé au printemps 2016, le commissaire au développement durable s’inquiétait par ailleurs du peu de mesures réglementaires mises en place par le gouvernement pour réduire l’usage de pesticides en agriculture. Quatre-vingt-dix pour cent des pesticides vendus au Québec sont destinés au milieu agricole.

Avec les informations de Bruno Coulombe

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