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Des quarts de 12 heures pour les infirmières, la solution?

Évoquée à la table de négociations mardi entre la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, la solution des horaires de 12 heures par quart de travail pour les infirmiers et infirmières n'est pourtant pas une nouveauté.

Un texte d'Anne-Louise Despatie et Myriam Fimbry

Cela fait quelques années que l'Institut de cardiologie de l'Université de Montréal a introduit des quarts de travail de 12 heures dans deux de ses unités de soins.

« C'est un besoin que les gens nous ont exprimé, c'est un désir des employés. On avait fait un projet pilote sur les unités, les gens aiment ça faire des 12 h », explique la directrice des soins infirmiers, Liza O’Doherty.

« Ils ont davantage de journées de congé dans une semaine parce qu'ils font plus d'heures dans une journée de travail. Ils ont l'impression aussi qu'ils peuvent mieux suivre leurs patients, c'est moins entrecoupé », ajoute-t-elle.

Si ce type d’horaire facilite le travail des gestionnaires, il a aussi pour objectif d’éviter l’épuisement des travailleurs. Le syndicat des infirmières de l'établissement défend d’ailleurs ces quarts et souhaiterait qu’ils soient étendus à d’autres services au sein de l’Institut de cardiologie.

La situation est semblable du côté du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), où 80 % des infirmières font des quarts de 12 heures en rotation de jour et de nuit, quelle que soit leur ancienneté.

« Ce qui est intéressant avec le 12 h, c'est que pour être capable de combler une journée de 24 h, ça prend deux infirmières. Si on fait une arithmétique rapide, si on fait juste des quarts de 8 h, ça en prend trois. Donc, ça amène une certaine flexibilité en ce qui concerne l'horaire », explique Daniel-Martin Leduc, infirmier à l’urgence de l’Hôpital général de Montréal.

« Qui plus est, si on veut faire trois quarts de 12 h dans une semaine, on a complété notre semaine aussi. Alors ça amène une certaine flexibilité quant à la conciliation travail-famille, la conciliation travail-études. C'est plus facile. »

Ces horaires, en vigueur depuis 30 ans dans les hôpitaux rattachés à McGill, contribueraient à retenir le personnel, à offrir une meilleure qualité de vie et à diminuer l’épuisement professionnel et le taux d’absentéisme.

Pas une solution miracle

Mais les quarts de 12 h ne règlent pas tout. Dans les établissements visités, comme partout ailleurs dans le réseau, le personnel de soins a un certain nombre d'heures supplémentaires à se partager.

« Vous savez, c'est un hôpital, les activités sont très imprévisibles; donc ça peut arriver qu'on n'ait pas assez d'infirmières pour un certain quart déterminé. Mais avec l'équipe, on trouve des solutions pour s'assurer que le patient soit à la bonne place et on voit avec l'infirmière-chef qui peut rester », affirme la directrice des soins infirmiers au CUSM, Chantal Souligny.

« Il se fait que quelquefois, on va te demander de rester jusqu'à [...] quatre heures supplémentaires. Mais notre but, c'est de ne pas demander à l'infirmière de faire du temps supplémentaire si elle ne le désire pas », souligne-t-elle.

Les heures supplémentaires ne sont d’ailleurs pas obligatoires au CUSM, contrairement à ce qui se pratique dans le réseau francophone.

« On s'arrange avec les effectifs qu'on a; néanmoins, l'attribution du ratio patients/infirmière est directement liée [au] nombre d'infirmières présentes durant le quart déterminé. Nous, dans notre philosophie, on n'accepte pas de faire du TSO [temps supplémentaire obligatoire] », indique Daniel-Martin Leduc.

« Donc, ce qu'on fait, c'est qu'on redistribue les patients avec le nombre d'infirmières [...] disponibles. On essaye de se tenir les coudes, et puis on passe le quart de travail. »

Cependant, l’épuisement professionnel n’épargne pas le personnel infirmier du CUSM : 4,16 % de ses membres sont actuellement en congé de maladie, couvert par l’assurance salaire. Ce taux a augmenté ces quatre dernières années.

« Au CUSM, la pratique fait que les gens se sentent obligés eux-mêmes de rester. Il y a cette pression-là, un peu de culpabilité, de rester, qui fait que notre taux de temps supplémentaire volontaire est très élevé », illustre la vice-présidente du Syndicat des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires du CUSM, Ann Déry.

Selon elle, puisque personne n’est forcé de rester contre son gré, les équipes travaillent à effectif réduit. Mme Déry remet donc en question l’utilité d’un quart de 12 heures si elle est débordée et qu’elle ne parvient pas à prendre de pause.

Revoir les ratios patients/infirmière

La solution résiderait en partie dans une révision des ratios patients-infirmière, par type d'établissement. Pour des soins aigus, par exemple, un ratio de huit patients par infirmière est maintenant trop élevé, selon Ann Déry.

« On demande de plus en plus aux professionnels en soins d'en faire plus dans une journée de travail. On a de plus en plus de papiers à remplir, d'évaluations, que ce soit au niveau de la santé physique et mentale, et on n'a pas ajouté de personnel. Donc, de penser qu'avec les 12 h, il n'y a plus de problèmes au niveau du fardeau, c'est vraiment se mettre la tête dans le sable », dit-elle.

Mais, au-delà des ratios, la professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva, croit que les taux d’absentéisme posent problème.

« Les infirmières sont surchargées. Elles subissent donc beaucoup de pression psychologique et de surmenage, et finalement ne rentrent pas dans les quarts de travail. C’est donc leurs collègues qui doivent subir le poids et rester en temps supplémentaire pour remplacer les postes manquants », explique-t-elle.

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