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Des revenus à la hausse, mais pas pour tous les Canadiens

Le revenu médian des Canadiens a augmenté de plus de 10 % depuis 2005, mais les Ontariens et les Québécois sont à la traîne. Par ailleurs, le taux de personnes à faible revenu est demeuré stable au cours de la dernière décennie.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Les nouvelles données du dernier recensement dévoilées mercredi par Statistique Canada montrent que le revenu médian des ménages canadiens, soit le revenu qui se trouve à mi-hauteur de l’échelle des revenus, est passé de 63 457 $ à 70 336 $ en 2015, une hausse de 10,8 %. Comparativement, le revenu médian avait augmenté de 9,2 % de 1995 à 2005, mais avait baissé de 1,8 % de 1985 à 1995.

« La croissance n’est pas partout égale. Les régions riches en ressources naturelles ont vu les croissances les plus importantes », explique Eric Olsen, chef du recensement logement. Ces données ne tiennent pas compte du ralentissement du secteur pétrolier en 2015-2016.

Les revenus des résidents de Terre-Neuve-Labrador, des Territoires du Nord-Ouest, de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba ont augmenté de plus de 20 % en 10 ans.

L’Ontario et le Québec, qui ont perdu des dizaines de milliers d’emplois dans le secteur manufacturier au cours de la dernière décennie, ont toutefois connu une hausse bien moins marquée du revenu.

Au Québec, le revenu médian des ménages était de 59 822 $ en 2015, une augmentation d’environ 9 %. Les ménages des Territoires du Nord-Ouest ont gagné le plus; ceux du Nouveau-Brunswick, le moins.

Parmi les 152 régions métropolitaines canadiennes, on a observé une baisse du revenu médian dans huit villes en Ontario et Baie-Comeau.

Campbellton, Hawkesbury, Shawinigan, Elliot Lake et Lachute sont les cinq villes au pays avec les revenus médians les plus bas (moins de 44 000 $). Les habitants de Wood Buffalo, en Alberta, et de Yellowknife ont quant à eux perçu un revenu médian de plus de 100 000 $.

Malgré la faible croissance du revenu au Québec, on observe dans plusieurs villes québécoises, comme Rouyn-Noranda (+20,4 %), Val-d’Or (+18 %) et Sept-Îles (+13,4 %) une hausse des revenus médians supérieure à la moyenne canadienne. Pour les villes de Granby et de Cowansville, qui ont pourtant connu des hausses importantes de population, l’augmentation est en deçà de 5 %.

Les moins nantis

En 2016, 14,2 % des Canadiens, soit 4,8 millions de personnes, vivaient dans un ménage ayant un revenu inférieur à la mesure de faible revenu comparativement à 14 % en 2011.

Une personne vivant seule est considérée comme ayant un faible revenu si son revenu après impôt était inférieur à 22 133 $; pour un ménage de quatre personnes, un faible revenu est de moins de 44 266 $. « Quand tout le monde va mieux et a de meilleurs salaires, on se compare à une meilleure moyenne », précise M. Olsen.

Le taux de faible revenu a diminué significativement à Terre-Neuve-Labrador et en Saskatchewan, mais a augmenté en Ontario et à l’Île-du-Prince-Édouard.

Windsor et London sont les deux régions métropolitaines qui ont connu les plus grandes hausses du taux de faible revenu.

Près d’une dizaine de villes en Alberta ont un taux de faible revenu en dessous de 10 %. Wood Buffalo en Alberta affiche le plus bas taux de faible revenu (4,4 %), tandis que Campbellton, au Nouveau-Brunswick, a le taux le plus élevé au pays (30,4 %).

Au Québec, 11 villes sont en dessous de la moyenne canadienne; les revenus les plus bas dans la province sont à Shawinigan, Lachute, Matane, Thetford Mines et Joliette.

Enfants vivant dans un ménage à faible revenu

Plus 1,2 million de jeunes Canadiens de moins de 18 ans vivent en situation de faible revenu. Sans surprise, les aînés et les enfants sont plus susceptibles que les adultes à vivre en situation de faible revenu.

Le Québec est la seule province où les enfants sont moins susceptibles à vivre dans un ménage à faible revenu, même si le revenu médian des ménages y est parmi les plus bas au pays. La ville de Québec a notamment affiché un taux de faible revenu de 8,3 %, largement en deçà de la moyenne nationale de 17 %. Selon Statistique Canada, cette tendance s'explique par des prestations pour enfants plus généreuses et des coûts de service de garde moins élevés.

Environ deux enfants sur cinq vivant dans une famille monoparentale se trouvaient dans un ménage à faible revenu, trois fois et demie plus élevé que pour les enfants vivant dans une famille biparentale.

Les riches

Plus de 311 000 Canadiens touchaient un revenu de plus de 100 000 $ et près de 97 000 Canadiens rapportaient un revenu de plus de 150 000 $.

Afin de se classer dans le palmarès du 5 % des Canadiens avec les revenus les plus élevés, il fallait gagner 120 219 $. Pour se classer parmi le 1 %, il fallait déclarer un revenu de 234 130 $.

Comparativement, selon l’Institut Economic Policy, les familles américaines qui font partie du 1 % en termes de revenu gagnent en moyenne 1,4 million de dollars, tandis que 99 % des Américains ont un revenu en moyenne de 55 320 $.

Dans sept villes, dont cinq en Alberta, le revenu médian était de plus de 100 000 $ : Wood Buffalo, Yellowknife, Okotoks, Grande Prairie, Cold Lake, Lloydminster et Fort St. John.

Enfin, les couples de même sexe ont un revenu médian plus élevé que les couples de sexe opposé. Les couples de même sexe composés de femmes gagnaient un revenu médian de 92 857 $, tandis que les couples composés d’hommes touchaient un revenu médian de 100 707 $. Plus de 12 % des couples de deux hommes avaient des revenus supérieurs à 200 000 $, comparativement à 7,5 % des couples de sexe opposé.

Quelle est la composition du revenu?

Dans 96 % des couples, les deux conjoints ont déclaré des revenus. Il y a 30 ans, seulement 20 % des couples avaient des revenus semblables; en 2015, les partenaires de 32 % des couples gagnaient des salaires comparables.

Pour la moitié des couples, les hommes continuent d’avoir un revenu plus élevé. En 2015, la femme gagnait plus que l’homme dans seulement 17 % des couples.

Le revenu des Canadiens provient de plusieurs sources : salaire, travail autonome, revenu de placements, revenu de retrait privé et transferts gouvernementaux.

Un peu plus de 71 % (74,7 % en 2011) des Canadiens ont gagné un revenu d'emploi : environ 65 % provenaient de salaires et traitements (70,3 % en 2011); 10,5 % d’un travail autonome (4,4 % en 2011). Le revenu de placements est également une source de revenus importante pour les Canadiens.

De plus, environ 70 % des Canadiens ont reçu un transfert gouvernemental. La majorité de ces transferts provenaient des prestations du Régime de pensions du Canada (RPC), du Régime de rentes du Québec (RRQ), de la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV) et du Supplément de revenu garanti (SRG), suivi des prestations d'assurance-emploi et des prestations pour les enfants.

Les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Québec, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve ont les plus grandes proportions de personnes qui reçoivent un transfert gouvernemental. Les Albertains, les Yukonais et les Saskatchewanais sont ceux qui en reçoivent le moins.

Les aînés

Le nombre d’aînés en situation de faible revenu est passé de 12 % en 2005 à 14,5 % en 2015. « Plusieurs aînés ont des pensions non indexées et leurs revenus sont donc à la traîne », explique M. Olsen.

Les revenus de placements et les transferts gouvernementaux continuent d'être des sources importantes de revenu pour les aînés. Plus de 90 % des personnes de 65 ans et plus ont reçu des prestations de la SV ou du SRG et du RPC ou du RRQ.

  • Montant médian de prestation du RPC/RRQ : 6806 $ (2011)
  • Montant médian de prestations PSV / SRG : 7604 $ (2011)

Si la proportion de Canadiens avec un revenu d'emploi baisse rapidement à partir de 65 ans, de nombreux aînés continuent à travailler.

Plus de 62 % des aînés ont un revenu de retraite provenant de sources privées; le montant médian est de 14 392 $. De plus, plus de la moitié des personnes âgées ont déclaré un revenu de placement et le montant médian des revenus de placement était de 1315 $, soit près du double de la médiane pour l'ensemble des Canadiens, soit 773 $.

Cotiser à un régime d’épargne enregistré

Une grande majorité des Canadiens (65 %) ont cotisé à l’un des trois grands types de comptes d’épargne enregistrés (REER, RPA, CELI).

Les ménages avec des Canadiens de 35 à 54 ans étaient plus susceptibles de cotiser à un REER, tandis que les aînés, les jeunes et les ménages à plus faibles revenus cotisaient davantage aux CELI. « Ce n’est pas toujours avantageux de contribuer à un REER si on a un revenu moins élevé », précise M. Olsen.

Environ 70 % des habitants des Territoires-du-Nord-Ouest, où les revenus sont parmi les plus élevés, ont cotisé à un régime d’épargne enregistré. Six des dix grandes régions métropolitaines qui ont les taux de cotisation les plus élevés sont en Alberta.

Au Québec, près de 64 % des gens ont cotisé à un compte (34,6 % dans un REER, 35,4 % dans un CELI), un taux relativement élevé, considérant que les Québécois ont un revenu médian parmi les plus bas au pays.

Par contre, moins de 10 % des Canadiens cotisent aux trois types de comptes d’épargne. Les ménages de plus grande taille et ceux avec un revenu plus élevé étaient plus susceptibles de contribuer aux trois types de comptes.

Reste à savoir si cette hausse du revenu se maintiendra au cours des prochaines années et si le taux d’aînés en situation de faible revenu continuera à augmenter avec le vieillissement de la population.

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