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Des universitaires visés par le décret Trump se tournent vers le Canada

Les universités McGill et Concordia veulent aider les chercheurs et les étudiants de pays musulmans pris au dépourvu par un décret de Donald Trump, en repoussant notamment les dates limites d'inscription.

Un reportage de Bahador Zabihiyan

Le décret présidentiel de Donald Trump, qui a été suspendu temporairement vendredi soir, interdit l'accès au territoire américain aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen). À Montréal, cela a eu une conséquence inattendue : un intérêt accru pour les universités de la métropole. Des chercheurs et des étudiants, dont beaucoup d'Iraniens, se tournent vers McGill et Concordia.

Ce sont des gens qui sont en Iran, qui font des études en droit. Ils ont déposé des demandes aux États-Unis et maintenant que c'est fermé, ils viennent chez nous.

Richard Gold, responsable des études supérieures de la faculté de droit de l'Université McGill

En une semaine, la faculté a reçu une dizaine de demandes d'Iraniens, des candidats très qualifiés. « Ce sont des gens qui seront un atout pour le Canada, pour McGill et pour le monde », dit M. Gold.

Concordia et McGill pensent à prolonger leur période d’inscription. La faculté de droit de McGill l'a déjà fait, y voyant une occasion d'attirer des talents dans ses rangs. La question est également d'ordre moral : les deux universités estiment que la décision de Donald Trump est contraire à leurs valeurs.

La date limite d'admission a aussi été retardée dans plusieurs facultés de l'Université de Montréal à cause d'une hausse de la demande.

« On sent en effet un intérêt accru de chercheurs et d'étudiants étrangers [...] Nous avons prolongé la période d'admission pour les universitaires jusqu'au 15 février ou au 1er mars selon les programmes », dit Jeff Heinrich, le porte-parole de l'Université de Montréal.

L'Université d'Ottawa va plus loin : elle a mis en place un programme d'éxonérations des frais de scolarité pour permettre à certains étudiants des pays visés par le décret de payer les même frais que les Canadiens le temps d'une session.

Des universitaires iraniens regardent vers le Canada

Ils sont des milliers d'Iraniens, parmi l'élite universitaire de leur pays, qui se rendent chaque année aux États-Unis pour faire de la recherche ou finir leurs études. Mohammed Rouhi est l'un d'entre eux. Ce brillant chercheur en génie de Concordia avait prévu d'aller habiter aux États-Unis à la fin du mois.

Il a réussi à avoir un visa américain en vertu d'un programme d'immigration spécial destiné à attirer les meilleurs scientifiques du monde aux États-Unis.

Son visa a été annulé à cause du décret de Donald Trump. Il va donc devoir rester à Montréal plus longtemps que prévu.

Je suis encore jeune, je peux travailler, et la vie continue.

Mohammed Rouhi, chercheur en génie des matériaux

Il estime qu'il pourra continuer à faire de la recherche en génie des matériaux ailleurs qu'aux États-Unis, notamment au Canada, si le gouvernement canadien fait un effort pour lui renouveler rapidement son permis de travail.

« Il y a des limitations pour ceux qui ont un permis de travail […] mais je pense que les gens comme moi sont des atouts pour le Canada », dit-il. Des centres de recherche européens le courtisent déjà, et ses travaux en génie des matériaux sont reconnus dans la communauté scientifique.

En pleine entrevue avec Radio-Canada, il a d'ailleurs reçu un coup de téléphone pour une offre d’emploi éventuelle dans une université européenne.

Il confirme que beaucoup de membres de la communauté scientifique de son pays regardent désormais vers le Canada, étant donné le contexte.

Kaveh, un mathématicien iranien, est du même avis. Il effectue un projet de recherche conjoint entre l’UQAM et le prestigieux Massachussetts Institute of Technology (MIT) et il a bien failli ne pas pouvoir aller aux États-Unis pour finir son programme.

Après une semaine pleine d’incertitude, il a réussi à prendre un vol vers Boston, puis il a pu rentrer aux États-Unis profitant de la décision de justice suspendant le décret présidentiel.

Malgré tout, il n’est pas certain de poursuivre sa carrière aux États-Unis, une fois que son projet au MIT sera terminé, dans quatre mois.

« Je pensais à aller dans une université ou un centre de recherche aux États-Unis […] pour un programme postdoctoral ou ma carrière universitaire. Mais au regard la situation actuelle, c’est devenu moins attrayant […] en termes du futur pour les individus de certaines nationalités », dit-il.

Le mathématicien ne souhaite pas que son nom de famille soit publié, de peur que cela n’attire l’attention des douaniers américains. Il estime que le Québec peut être une option très intéressante pour lui permettre de continuer son travail de chercheur.

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