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Des vétérans disent avoir été torturés dans l'Armée canadienne

Pour la première fois, des militaires à la retraite osent parler publiquement d'un épisode de torture qu'ils disent avoir subi lors d'un entraînement particulièrement éprouvant dans les années 80 à la base militaire de Wainwright, en Alberta.

Ces hommes disent avoir fait partie d’un groupe de 33 recrues qui, en février 1984 – un mois particulièrement froid dans les Prairies –, ont vécu l’enfer. Selon leur récit des événements, ils ont été entassés dans de petites cellules, les fenêtres ouvertes, sans vêtements, arrosés à répétition avec de l’eau glaciale par leurs supérieurs, obligés d’écouter de la musique très forte, sans nourriture et sans toilettes pendant deux jours.

Ils racontent en outre que leurs supérieurs ont même brûlé la Charte canadienne des droits et libertés devant leurs yeux en leur disant qu’en prenant part à cet entraînement, ils n’avaient plus de droits et que, pour rester dans l’Armée canadienne, ils devaient absolument compléter cette formation.

Trente ans plus tard, certains d’entre eux sont encore ébranlés par l’expérience. D’autant plus qu’une enquête de la police militaire, ouverte en 2015, s’est conclue neuf mois plus tard sans qu’aucun blâme ne soit porté envers qui que ce soit, faute de preuve.

Aujourd’hui dans la cinquantaine, plusieurs de ces anciens soldats arrivent difficilement à parler de cet épisode. Certains affirment que, depuis qu’ils ont quitté les Forces canadiennes, ils ont de la difficulté au travail, dans leurs relations personnelles et doivent composer avec des troubles de stress post-traumatique (TSPT).

Trois d’entre eux ont néanmoins accepté de raconter leur histoire à CBC, le réseau anglais de Radio-Canada.

« Je ne comprends pas pourquoi ils ont fait ça, laisse tomber Angelo Balanos, qui avait 23 ans à l’époque. Ce n'était pas de l'entraînement. C'était de la pure torture injustifiée. »

« J'étais en mode survie, se rappelle Jeffery Beamish, qui a reçu un diagnostic de dépression majeure et de TSPT en lien avec les événements de 1984. Je sentais vraiment que j'étais à bout, que j'allais mourir. Je n'ai jamais eu aussi froid de ma vie et je ne savais pas si j'allais m'en sortir. »

« Nous devions uriner dans les cellules. Certains devaient même déféquer sur le plancher, l’un à côté de l’autre », se souvient Rodger Junkin qui, comme Jeffery Beamish, n’était âgé que de 19 ans lors de l’entraînement.

Une patate chaude pour l’Armée

La Défense nationale et les Forces armées canadiennes ne nient pas les allégations des anciens militaires, mais rappellent que l’enquête de 2015 n’a rien donné.

« Même si les preuves demeurent insuffisantes pour pousser cette affaire plus loin, nous encourageons fortement quiconque se serait senti lésé à se manifester », écrivent-ils dans un courriel transmis à CBC.

De leur côté, les anciens combattants qui ont suivi la formation de Wainwright en 1984 espèrent que leurs témoignages pousseront la police militaire à rouvrir l’enquête. Certains, comme Rodger Junkin, espèrent même des excuses de la Défense et du gouvernement fédéral.

En attendant, ils ont pris un avocat pour les représenter, et pas n’importe lequel : le colonel Michel Drapeau, qui pratique le droit militaire depuis sa retraite des Forces canadiennes, en 2002.

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