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Descendants du régiment Carignan-Salières, garde à vous!

Si votre nom de famille est Bessette, Champagne, Coderre, Lapierre, Payette, Péladeau, Séguin, Sylvestre ou encore Vigneault, vous faites partie des 10 % des Québécois qui ont comme ancêtre direct un soldat du régiment de Carignan-Salières, arrivé ici il y a 350 ans.

Un reportage de René Saint-Louis

C'est en septembre 1665 que sont arrivés à Québec les derniers navires qui transportaient les 1300 soldats de ce régiment. Ces soldats ont été envoyés en Nouvelle-France par le jeune roi Louis XIV pour défendre la colonie contre les attaques des Iroquois.

Après deux ans de campagnes militaires, un traité de paix est finalement signé avec la Ligue iroquoise des Cinq-Nations. Le régiment est alors démobilisé et les deux tiers des soldats rentrent en France.

Cependant, 400 militaires acceptent l'offre du roi de s'installer définitivement dans la colonie. Terre, nourriture pour un an, argent et même des seigneuries leur sont offerts. La moitié épouseront l'une des Filles du roi.

Des soldats qui ont leur importance

Selon l'historien et généalogiste Marcel Fournier, la venue de ces soldats est aussi importante que celle des 850 Filles du roi arrivées entre 1663 et 1773.

« D'après moi, le facteur le plus significatif, c'est la descendance que tous ces soldats-là ont laissée. Ils sont dans l'arbre généalogique de la plupart des Québécois, qu'on pense à l'astronaute Julie Payette, l'humoriste Dominique Michel, le maire de Montréal Denis Coderre, l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, le chanteur Gilles Vigneault. Environ 750 000 Québécois ont un soldat de ce régiment dans leur histoire généalogique proche, pas éloignée, parce que là, tout le monde est parent », dit-il

Le vulgarisateur historique David Ledoyen souligne quant à lui l'importance des soldats pour la toponymie, car ils ont fondé la plupart des villages de la rive nord du fleuve Saint-Laurent entre Repentigny et Louiseville.

Le régiment de Carignan-Salières a également laissé sa marque en matière de patrimoine bâti, la première mission des soldats ayant été de construire cinq forts le long de la rivière des Iroquois, rebaptisée plus tard rivière Richelieu. Les deux forts dont des vestiges importants subsistent sont ceux de Chambly et de Saint-Jean, tous deux classés lieux historiques nationaux du Canada.

Les soldats ont aussi construit la première route du Canada, le chemin de Chambly, qui relie les villes de Longueuil et de Chambly. Elle permettait d'éviter un long détour en canot de Montréal à Sorel sur le Saint-Laurent, puis par le Richelieu jusqu'au fort Chambly. Il s'agissait, en 1665, plus d'un sentier que d'une route, mais qui permettait aux troupes de circuler par voie terrestre.

En rouge, les seigneuries colonisées par les membres du régiment de Carignan-Salières. Cliquez pour agrandir.

Un régiment qui donne lieu à des réjouissances

Plusieurs villes et villages du Québec fondés par ces soldats fêteront au cours des prochains mois leur 350e anniversaire. De nombreux organismes de généalogie, des regroupements de familles et plusieurs sociétés d'histoire au Québec et en France marqueront aussi l'événement.

Le vulgarisateur historique David Ledoyen estime cependant que le passé militaire de la Nouvelle-France suscite un inconfort et effraie certaines personnes.

« Cet anniversaire, c'est l'occasion de réfléchir sur l'origine de notre société. Comment elle a été structurée, autant par la guerre que le peuplement et la diplomatie, souligne-t-il. Pour beaucoup de gens, c'est une excellente porte d'entrée dans l'histoire et on sent malgré tout un réel intérêt de la société civile pour marquer cet anniversaire. »

Selon David Ledoyen, la fin des hostilités entre Français et Iroquois a aussi permis aux grands explorateurs, comme René-Robert Cavelier de LaSalle, Louis Joliette et le père Jacques Marquette, d'étendre vers l'intérieur de l'Amérique du Nord leur découverte du continent.

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