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Désespérés et désillusionnés, les parents d'un jeune radicalisé se confient

Les ressources pour aider les parents aux prises avec un enfant qui embrasse une idéologie radicale sont peu nombreuses au pays, et surtout, mal réparties. C'est ce qu'ont constaté les parents d'un jeune radicalisé de la région de Toronto qui, en désespoir de cause, ont tourné leurs regards vers Montréal.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Depuis des années, ces parents, qui ont accepté de se confier à Radio-Canada à condition de ne pas être identifiés, appellent à l'aide. Ils soutiennent que leur fils, autiste, s'est radicalisé au cours des sept dernières années, influencé par des militants suprémacistes.

Ces parents, que nous avons rencontrés dans un parc paisible de la grande région de Toronto -  où ils ne seraient pas reconnus -, affirment que leur fils fréquente des sites Internet extrémistes et participe à des manifestations. Ils disent même l'avoir déjà surpris avec des couteaux dans les poches.

Ils disent avoir tout essayé pour enlever les idées extrêmes de la tête de leur fils, mais personne au sein des organismes communautaires, des groupes religieux et des services policiers consultés n'était en mesure de les aider dans le processus de déradicalisation.

À bout de ressources, ils se sont tournés vers le Québec. Récemment, ils ont contacté le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, à Montréal.

C'est que les organismes spécialisés sont rares au Canada, où il n'y a pas de stratégie centralisée pour lutter contre la radicalisation.

Les mots ne manquent pas pour décrire leurs sentiments par rapport à leur recherche d'aide ces dernières années.

Un centre québécois sollicité de partout

Environ 10 % des appels reçus par le centre montréalais proviennent de l'extérieur du Québec. De l'étranger, mais aussi d'autres provinces canadiennes. Puisque le financement de l'organisme est municipal et provincial, sa capacité à traiter des cas de personnes radicalisées ailleurs au pays est limitée.

Un autre centre de prévention de la radicalisation existe à Calgary, en Alberta. Contrairement à celui de Montréal, il est géré par la police et n'opère pas de manière indépendante.

Pour le père du jeune radicalisé que nous avons rencontré, il est anormal que tous les Canadiens n'aient pas accès à ce genre de service.

La radicalisation n'a donc pas de frontière et n'est pas non plus associée à une idéologie en particulier. Ces dernières années, l'islamisme radical a beaucoup attiré l'attention des médias, notamment à cause de jeunes Canadiens qui ont été séduits par les idées du groupe armé État islamique.

Plusieurs familles dans la même situation

Nous avons parlé à d'autres parents de l'extérieur du Québec dont les enfants se sont radicalisés ou ont été tentés de le faire. Ils n'ont pas voulu accorder d'entrevue à la caméra pour des raisons de sécurité, mais affirment eux aussi s'être heurtés à un mur quand est venu le temps de demander de l'aide.

L'une des mères nous a déclaré qu'il était nécessaire de fournir de l'aide psychologique et sociale, plutôt que d'utiliser les services policiers pour combattre la radicalisation.

Une aide fédérale très attendue

Dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau a débloqué 35 millions de dollars qu'on pourra utiliser au cours des cinq prochaines années pour la mise sur pied d'un bureau national de lutte contre la radicalisation. Ce bureau, ainsi qu'une stratégie devant permettre une meilleure coordination, doivent voir le jour d'ici mars 2017. De l'aveu même du gouvernement, le processus n'en est qu'à ses balbutiements.

Les parents à qui nous avons parlé attendent avec impatience la création de ce bureau. 

Groupes d'extrême droite au Canada :

Source: Right Wing Extremism in Canada An Environmental Scan, étude unviersitaire de 2015

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