Retour

Deux cadres nient les allégations d'intimidation au MTQ

EXCLUSIF – Deux hautes fonctionnaires du ministère des Transports (MTQ) se défendent d'avoir intimidé une employée du ministère et d'avoir tenté de détruire le travail d'une enquêteuse embauchée par l'ex-ministre Robert Poëti.

Un texte de Nicolas Vigneault

En juin dernier, Louise Boily, ancienne directrice de l'audit interne et Annie Trudel, enquêteuse, ont livré des témoignages-chocs en commission parlementaire, en parlant d'intimidation, de culture du secret et de refus d'enquêter au sein du MTQ.

Or, Radio-Canada a obtenu les répliques écrites des personnes visées par ces allégations. Il s'agit de deux hauts cadres du MTQ : Danièle Cantin, une sous-ministre adjointe, et Nathalie Noël, directrice à la Direction des enquêtes.

Allégations de Louise Boily

En juin dernier, Louise Boily, l’ex-directrice de l’audit, a raconté que lors des travaux de la commission Charbonneau en 2014, ces deux hauts cadres étaient contrariées que la commission ait obtenu des rapports d'audit.

La directrice des enquêtes m'a demandé comment la commission Charbonneau avait obtenu les audits [...]. J'ai eu peur pour moi et mon équipe. Je n'ai pas dormi de la nuit. Après, je ne suis plus jamais allée seule dans aucune réunion sans être accompagnée.

Louise Boily, ancienne directrice de l'audit interne au MTQ

Propos contradictoires

Dans les documents que nous avons obtenus, les deux cadres ont une tout autre perception de cette rencontre qui a eu lieu au MTQ.

Danièle Cantin, sous-ministre adjointe, relate que le 14 avril 2014, un comptable-analyste est venu raconter à la commission Charbonneau que des problématiques citées dans les rapports de vérification interne du ministère n'avaient pas été régularisées. Selon le récit de Mme Cantin, c'est à ce moment qu'elle a contacté Nathalie Noël, la directrice des enquêtes, lui signifiant que dans le contexte, il serait important de rencontrer Louise Boily, alors directrice de l'audit interne et de l'évaluation des programmes au ministère.

Les deux cadres ont finalement rencontré Mme Boily le jour même pour lui demander pourquoi aucun suivi n'avait été fait concernant ses rapports de vérification interne. « En aucun cas, je n'ai voulu intimider avec mes propos ni mon attitude. Je me suis plutôt assurée de façon responsable que le ministère avait corrigé les déficiences révélées », explique Danièle Cantin.

Même son de cloche de Nathalie Noël. « L'objet de la rencontre portait majoritairement sur le suivi des recommandations et des actions déployées suite aux rapports de vérification. Je n'ai pas observé d'inconfort de la part de Mme Boily lors de cette rencontre », soutient Mme Noël dans sa déclaration.

Refus d’enquêter

Toujours lors de son témoignage en juin dernier, Louise Boily disait que la directrice aux enquêtes, Nathalie Noël, lui aurait signifié qu'il ne fallait pas « faire trop d'enquêtes ».

La directrice à la Direction des enquêtes soutient qu'elle a bel et bien rencontré Mme Boily dans les bureaux du ministère concernant des demandes d'enquêtes, mais la teneur des propos semble plutôt différente. Mme Noël dit avoir informé Mme Boily qu'après examen du dossier, les enquêteurs concluent qu'il n'y a pas matière à enquête.

« Elle s'est trouvée outrée par ma réponse. Elle a noté sur un petit post-it jaune : "refus d'enquête". Je lui ai alors indiqué qu'elle ne devait pas interpréter mes propos comme un refus, mais qu'il n'y avait pas matière à enquête. », précise la directrice Nathalie Noël.

Allégations d'Annie Trudel

L'enquêteuse Annie Trudel a lancé aussi des déclarations-chocs lors de son témoignage en juin. Elle a affirmé qu'une équipe avait été mise en place pour démolir son rapport sur le fonctionnement du ministère.

Dans sa déclaration assermentée, Nathalie Noël dit avoir rencontré officiellement Annie Trudel à seulement deux reprises et ajoute que « nous n'avons pas refusé de lui transmettre un document, ou tardé volontairement à la faire pour quelque motif que ce soit ».

Mme Noël soutient que les seuls retards dans la transmission d'informations s’expliquent par le fait que les dossiers n'étaient pas complétés ou en attente d'approbation.

Elle réfute complètement l'existence d'une équipe pour démolir le travail de Mme Trudel. « Mme Trudel travaillait pour l'usage exclusif du ministre [Robert Poëti] et les documents qu’elle produisait avait un caractère confidentiel », conclut la directrice des enquêtes.

Sa collègue Danièle Cantin affirme, elle aussi, avoir rencontré Mme Trudel à deux reprises et elle souligne qu'elle « n'a jamais eu en main la présentation faite auprès de la sous-ministre en novembre 2015 ni aucun rapport que Mme Trudel aurait produit », conclut la sous-ministre adjointe.

Le vérificateur général du Québec déposera mercredi un rapport sur la gestion des contrats au MTQ.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


15 blagues parfaites pour le poisson d'avril





Rabais de la semaine