Retour

Deux résidences pour aînés du Bas-Saint-Laurent sous la loupe du CISSS

Un homme d'affaires déjà reconnu coupable de fraude jouerait un rôle important dans l'administration de résidences privées pour aînés à Trois-Pistoles. Cette situation provoque bien du stress chez une centaine d'aînés vulnérables.

Un reportage de Maxime Poiré pour La facture

La facture a découvert que Michel Pelletier s’occupe activement de la gestion de la résidence privée pour aînés Le Couvent, à Trois-Pistoles.

Il est le conjoint de Sophie Drolet, nouvelle propriétaire de la résidence, et avait fait un passage remarqué à l’émission en 2004. À cette époque, il vendait des meubles qu’il ne livrait pas à ses clients.

Depuis, des condamnations en matières civile et criminelle pour fraudes se sont ajoutées à son dossier.

En 2013, il a même vu son permis de courtier immobilier être révoqué de façon permanente parce qu’il n’avait pas, entre autres, déclaré ses antécédents judiciaires en ce qui a trait à la fraude.

Les résidents insatisfaits de leurs conditions

Le traitement des personnes résidant au Couvent est d’ailleurs problématique. Lise Drapeau, qui y habite depuis cinq ans, souffre de diabète et doit suivre une diète particulière, mais les repas qu’on lui sert sont inadéquats.

« Au souper, bien souvent, comme il manquait de protéines, il fallait compenser avec d'autres choses. Ça fait que je me ramassais à souper souvent avec des toasts puis du beurre de peanuts. Ça fait que je me suis choquée une fois, puis j'ai dit : "Ce n’est pas un déjeuner que je paie, c'est un souper!" »

Après avoir reçu plusieurs plaintes, la commissaire aux plaintes du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent est donc venue faire une visite surprise à la résidence au début 2018.

Son constat : des corrections immédiates doivent être apportées. Il faut notamment que les aînés aient désormais des repas complets, équilibrés et variés trois fois par jour.

Les résidents doivent aussi être remboursés parce qu’ils paient en trop pour des soins infirmiers inexistants, et l’attitude de la nouvelle propriétaire et du personnel doit être respectueuse et exempte d’agressivité.

« Il faut rester dans une résidence de même pour voir vraiment ce qui s'y passe. Je trouve ça immoral », s’exclame Mme Drapeau.

Me Christine Morin, titulaire de la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la protection juridique des aînés, a lu ce rapport et elle félicite les gens qui ont osé dénoncer cette situation délicate et difficile.

« Les droits des personnes aînées ici ne sont pas respectés. Il y a un tort qui leur est fait. Et c'est fait dans l'organisation. Donc, on peut peut-être parler ici de maltraitance organisationnelle ou systémique », dit Me Christine Morin.

Une deuxième résidence

L’équipe de La facture a également découvert que Michel Pelletier s'occupe aussi de la direction d'une autre résidence de Trois-Pistoles, la Villa des Basques. La Villa a été vendue récemment à Ghislain Dorion, policier de la Sûreté du Québec et partenaire d’affaires de Michel Pelletier depuis quelques années.

Du même coup, Sophie Drolet est devenue administratrice de l’entreprise. Ensemble, ces nouveaux administrateurs ont entre leurs mains la santé et la sécurité de 113 personnes âgées.

Michel Pelletier, sa conjointe, Sophie Drolet, et leur associé Ghislain Dorion n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevues.

Sophie Drolet et Ghislain Dorion n’ont pas de problèmes avec leurs antécédents judiciaires.

Par contre, ceux de Michel Pelletier n’ont pas été vérifiés par les autorités de la santé, contrairement à ce qui est exigé par la loi.

« On doit vérifier les antécédents judiciaires des administrateurs, des dirigeants, des employés, même des bénévoles. Alors, c'est sûr que si monsieur est impliqué de près ou de loin avec la résidence, ses antécédents auraient dû être vérifiés dès le départ », estime Christine Morin, titulaire de la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la protection juridique des aînés.

Le CISSS hausse le ton

Le CISSS a expliqué à La facture qu’il était incapable d’obtenir les antécédents judiciaires de Michel Pelletier parce qu’il n’occupe aucune fonction officielle à l’intérieur des deux résidences. Comme sa présence sur les lieux a finalement pu être confirmée, le 4 avril dernier, le CISSS a utilisé le principe de précaution et a exigé que Michel Pelletier se tienne loin des deux établissements.

« Si on n'est pas capable d'avoir l'information et on a la confirmation que M. Pelletier continue à intervenir auprès de la ressource, nous, le moyen qui va rester, ça va être de retirer la certification », explique Gino Beaudoin, directeur de la qualité, de l'évaluation, de la performance et de l'éthique clinique au CISSS du Bas-Saint-Laurent.

La situation est compliquée par le fait que ces deux établissements représentent la presque totalité des places en résidences privées dans la région de Trois-Pistoles.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent a demandé un plan immédiat de redressement aux exploitants. Quant à M. Pelletier, le CISSS ne l'a pas revu dans les deux établissements.

Plus d'articles

Vidéo du jour


9 choses à savoir sur Meghan Markle