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Deux verres d'alcool par jour c'est trop, selon une étude

Selon des chercheurs britanniques, la limite de consommation d'alcool recommandée de deux à trois verres par jour dans de nombreux pays, dont le Canada, serait encore trop élevée et représenterait toujours des risques pour la santé.

L’étude publiée dans la revue médicale The Lancet estime que la limite acceptable de consommation quotidienne d’alcool devrait être d’environ 100 grammes par semaine, soit l’équivalent d’environ un verre de vin par jour.

Actuellement, au Canada, la limite de consommation responsable recommandée par les organismes de santé publique est de 10 verres par semaine pour les femmes et de 15 verres pour les hommes.

Pour les chercheurs, 100 g constitue le niveau de consommation hebdomadaire qui représente le moins de risque de mortalité lié à l’apparition de maladies cardiovasculaires.

Une consommation d’alcool trop élevée augmente aussi les risques de maladies du foie, des intestins, du cerveau (démence) et de certains cancers, rappellent les auteurs de l’étude.

Prolonger sa vie de deux à cinq ans

D’après l’article signé par une coalition de chercheurs dirigée par l’épidémiologiste britannique Angela Wood, de l’université Cambridge, une personne âgée d’une quarantaine d’années pourrait prolonger sa vie de deux à cinq ans en réduisant sa consommation d’alcool à l’équivalent d’un verre par jour.

Plus précisément, à l'âge de 40 ans, on diminue son espérance de vie de six mois en consommant de 7 à 15 verres d'alcool par semaine, d'un à deux ans avec une consommation de 15 à 25 verres, et de quatre à cinq ans avec plus de 25 verres par semaine.

Les chercheurs sont arrivés à cette conclusion en compilant les données de 83 études réalisées sur près de 600 000 buveurs d’alcool de 19 pays.

Or, selon les auteurs de l’étude, environ 50 % des personnes étudiées ont dit boire plus de 100 grammes d’alcool par semaine (plus de 7 verres) alors que 8,4 % ont affirmé boire plus de 350 grammes d’alcool par semaine (25 verres par semaine).

Des recommandations trop élevées?

Les auteurs de l’étude soulignent par ailleurs que beaucoup trop de pays font preuve de laxisme, selon eux, en établissant des recommandations de consommation d’alcool trop élevées. Les États-Unis, le Canada, l’Italie, le Portugal, et la Suède figurent notamment parmi les pays visés.

Dans certains pays dont la Corée du Sud, l'Espagne, l'Estonie, le Japon, la Roumanie ou l'Uruguay, la limite quotidienne recommandée atteint même 40 grammes d’alcool pur par jour.

La publication de cette étude bouscule plusieurs idées reçues dans la communauté scientifique en matière de consommation d’alcool, selon le Dr Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal.

« Dans les études antérieures on allait jusqu’à deux verres par jour pour les hommes et un à deux pour les femmes, tout dépendant du poids, rappelle le Dr Juneau.

En ce qui a trait aux risques évoqués par la consommation d’alcool, Martin Juneau précise qu’il incombe de distinguer le type de problème de santé auquel on s’expose en consommant de l’alcool.

Les risques varient selon les types de maladies

« Pour les cancers, le risque survient dès qu’on boit, plusieurs études le démontrent. Dès qu’on boit de l’alcool, il n’y a pas vraiment de niveau sécuritaire à l’exception du vin rouge, à cause des protecteurs polyphénols resvératrols. Pour les autres alcools, c’est toujours un léger risque qui croît avec l’usage », explique le Dr Juneau.

« Pour le cœur, une petite dose d’alcool ce serait bon, mais là, ils viennent de rabaisser la dose. […]Je pense que ça va créer beaucoup de discussion dans la communauté scientifique », croit le médecin.

Un verre par jour, est-ce trop conservateur ?

« Cette étude-là je la trouve un peu restrictive, mais quand on regarde leurs courbes, c’est vrai que dès qu’on dépasse un verre, pour les femmes c’est clair, pour les hommes un petit peu moins, ce serait peut-être un verre et demi. », estime le cardiologue.

« Je vous dirais que c’est un mouvement général de considérer qu’on a peut-être été trop libéral sur la quantité d’alcool. », estime Martin Juneau qui ajoute que les habitudes de consommations jouent aussi un rôle non négligeable sur les risques liés à la santé.

La façon de consommer compte aussi

La consommation rapide d’importantes quantités d’alcool lors de beuverie ou de calage d’alcool (binge drinking), par exemple, serait beaucoup plus dommageable pour la santé qu’une consommation régulière d’alcool en petite quantité.

« Au Canada, on est en milieu de peloton, explique le cardiologue. Si on regarde les Québécois, on a un petit peu moins de ce qu’on appelle le « binge drinking » qu’on retrouve plus au Canada anglais et en Angleterre où les gens vont concentrer de grosses quantités d’alcool les fins de semaine. Les Québécois sont plus comme les Français, un petit peu tous les jours, ce qui est préférable », conclut le Dr Juneau.

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