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Deuxième bain en CHSLD : des retards faute de main-d'œuvre

Malgré les 36 millions de dollars annoncés en septembre 2017, plusieurs établissements québécois de soins de longue durée ne peuvent offrir un deuxième bain hebdomadaire aux résidents. Bien des régions sont confrontées à une pénurie de préposés aux bénéficiaires, ce qui force le réseau à faire preuve d'ingéniosité pour recruter le personnel nécessaire. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, croit que la solution passe par des programmes de formation innovateurs.

Un texte de Gabrielle Proulx et Davide Gentile

Thérèse Daoust, qui a passé le cap des 80 ans, est contente des services supplémentaires offerts depuis quelques semaines au Centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Vallée-de-la-Lièvre, à Gatineau. « Les vieilles madames comme moi, ça ne prend pas de douches. Ça prend des bains », dit-elle en riant.

Comme la majorité des résidents qui le désirent, elle peut maintenant obtenir chaque semaine un deuxième bain. « C'est une détente. Je reviens dans ma chambre reposée », ajoute Mme Daoust.

Ce deuxième bain découle de la mesure annoncée par le ministre de la Santé Gaétan Barrette en septembre 2017. Québec débloquait alors 36 millions de dollars pour améliorer les soins d'hygiène et embaucher du personnel pour donner ce deuxième bain.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l'Outaouais a ainsi obtenu l'argent pour embaucher 18 préposés à temps plein. « Nous avons eu le financement pour avoir les ressources. Mais comme partout au Québec, nous avons des difficultés de recrutement », relate Nancy Bergeron, directrice adjointe au soutien à l'autonomie des personnes âgées du CISSS.

Le deuxième bain est offert depuis plusieurs semaines dans 13 des 14 CHSLD de l'Outaouais. « Ce n’était pas réaliste pour nous de réussir pour le mois de décembre », constate Mme Bergeron. Environ 75 % des deuxièmes bains demandés peuvent être donnés, selon elle.

C'est beaucoup plus que la moyenne provinciale. Radio-Canada a formulé des demandes à 23 CISSS et centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) qui chapeautent des CHSLD. Quinze établissements ont répondu à notre demande, et les chiffres compilés sont éloquents.

En moyenne, dans ces CHSLD, 49 % des résidents qui demandent un deuxième bain l'obtiennent, donc 51 % de ceux qui en voudraient un n'arrivent pas à l'obtenir.

La situation varie énormément d'une région à l'autre. Au CIUSSS de l'Estrie, on n'a pas encore commencé à offrir le deuxième bain. La mesure sera instaurée graduellement à partir de juin.

D'autres, comme celui de la Capitale-Nationale, en sont aux balbutiements. À la fin mars, seulement 12 personnes y avaient reçu un deuxième bain, alors que plus de 2200 résidents voudraient en avoir un. « La pénurie de main-d'œuvre fait en sorte que nous offrons un deuxième bain aux résidents dont la condition médicale le requiert », nous a répondu une porte-parole par courriel.

Les besoins de recrutement sont énormes à Québec. Le CIUSSS de la Capitale-Nationale « a un besoin de recrutement de 250 préposés aux bénéficiaires ».

Gaétan Barrette reconnaît les difficultés de recrutement

Le ministre de la Santé du Québec admet que l'implantation du deuxième bain est plus difficile que prévu, faute de main-d'oeuvre.

« Il y a un enjeu de recrutement, c'est très clair », a dit Gaétan Barrette jeudi matin en réaction à notre reportage.

La question salariale est un élément « très réel » estime le ministre. Il reporte aux prochaines négociations dans le secteur public tout débat de fonds sur cet enjeu.

Et selon lui, la pénurie de préposés découle beaucoup du contexte économique favorable.

« On est à toutes fins utiles au plein emploi. Donc on a de la difficulté à recruter. Il faut développer de nouvelles formules pour la formation », affirme le ministre.

C'est exactement ce que font des établissements comme le CISSS des Laurentides. On y a complètement revu la formation, qui est offerte directement au centre de santé de Rivière-Rouge.

Former ses propres préposés aux bénéficiaires

« Les étudiants vont être en mesure de suivre des cas tout au long de leur formation, sans que ça soit de la théorie dans un cahier d'exercices », dit Luce Quévillon, directrice adjointe du Centre de formation professionnelle de Mont-Laurier.

Le nouveau programme de formation de préposés aux bénéficiaires est un partenariat avec le CISSS des Laurentides, qui espère ainsi faciliter le recrutement. « Dès cet été, ils vont être embauchés comme préposés aux bénéficiaires », affirme Benoît Major, directeur adjoint de l'hébergement de ce CISSS.

Cette formation donnée dans l'établissement semble avoir séduit plus d'employés potentiels. « Je n’aurai pas à chercher très loin. Et c'est sûr que travailler à court terme, c'est mieux », dit Alexis Cadieux, qui fait partie du groupe en formation au centre de santé de Rivière-Rouge.

« Avant Noël, j'ai eu 13 inscriptions dans une cohorte. Là, on a 24 personnes. Le fait que ça se donne à l'hôpital fait une différence », croit Luce Quévillon.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, plusieurs résidents des CHSLD ne veulent pas de deuxième bain. Leur état de santé les amène à privilégier une douche ou une toilette à la débarbouillette.

« Environ 70 % de notre clientèle veut un deuxième bain au CISSS de l'Outaouais », mentionne Nancy Bergeron, directrice adjointe au soutien à l'autonomie des personnes âgées.

Une évaluation semblable à celle du CISSS des Laurentides. L'établissement ne peut garantir que tous ceux qui le désirent obtiennent dès maintenant un deuxième bain. « C'est parce qu'on manque de personnel », lance Benoit Major.

Un problème qui, au Québec, avec le vieillissement de la population, risque de s'accentuer.

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