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Déversement : des intervenants clés ont été laissés dans l'ignorance

C'est grâce aux médias que plusieurs membres du Comité permanent de suivi des eaux usées de Montréal, dans lequel siègent des fonctionnaires des trois ordres de gouvernement, ont appris le déversement programmé de 8 milliards de litres de rejets d'égouts dans le fleuve. Radio-Canada a aussi obtenu un échange de courriels qui laissent présager d'autres travaux sur le même égout et donc d'autres déversements importants.

Un texte de Thomas Gerbet

Les zones d'ombre n'existent pas que dans les égouts. Malgré deux rencontres en octobre 2014 et en juin 2015, le Comité permanent de suivi des eaux usées de Montréal n'a jamais abordé la question de ces travaux. Pourtant, le dossier est connu depuis plus d'un an par la Ville de Montréal et les ministères de l'Environnement du Québec et du Canada, qui ont tous des représentants autour de la table.

« On n'était pas content », raconte Coralie Deny, directrice générale du Conseil régional de l'environnement de Montréal, qui siège au comité. Elle ne comprend pas pourquoi les principales personnes concernées n'ont pas été informées et n'ont pas eu l'occasion d'en discuter.

Alexandre Joly, directeur général du comité ZIP Ville-Marie, qui participe lui aussi aux rencontres du groupe, indique à son tour n'avoir reçu aucune information de la part des quatre représentants de la Ville de Montréal qui siègent autour de la table ou encore du représentant du gouvernement du Québec. Le représentant d'Environnement Canada, lui, ne participe plus aux rencontres depuis au moins deux ans.

Joint par téléphone, l'ingénieur de l'usine d'épuration, Tony Di Fruscia, n'a pas souhaité dire s'il savait ce qui s'en venait au moment de participer aux réunions. Le porte-parole de la Ville de Montréal, Philippe Sabourin, explique que les fonctionnaires n'ont pas abordé la question parce que « nous n'avions pas reçu l'autorisation des instances décisionnelles de la Ville. La décision d'aller de l'avant [...] n'a été donnée par le Conseil municipal qu'au mois d'août dernier ».

D'autres travaux et d'autres déversements?

Radio-Canada a obtenu un échange de courriel entre la coordonnatrice du Comité permanent de suivi des eaux usées de l'île de Montréal, Sylvie Bibeau, et la responsable de l'eau au comité exécutif, Chantal Rouleau. Le 1er octobre, en soirée, Madame Bibeau, qui dirige aussi le comité ZIP Jacques-Cartier, lui fait parvenir un avis de deux pages sur le déversement planifié et les travaux qui nécessitent de vider en continu, durant sept jours, l'égout de 30 kilomètres de long et cinq mètres de diamètre.

Le passage suivant du document a retenu notre attention :

Le bureau de Sylvie Bibeau nous a informés qu'elle n'était pas disponible avant lundi pour réaliser une entrevue. 

« Il est clair que des réparations auront lieu dans les prochaines années. Ce sont des infrastructures de 30 ans qui sont vieillissantes », explique Coralie Deny qui siège sur le Comité permanent de suivi des eaux usées de Montréal. Elle ajoute qu'il faut trouver des solutions à long terme, comme « un dédoublement des tuyaux ».

Dans son document, Sylvie Bibeau conclut que le déversement est « le moindre des maux ». Elle avait exposé précédemment plusieurs solutions pour éviter le rejet dans le fleuve, comme l'utilisation de 37 000 camions-citernes ou la construction d'une conduite d'égout intercepteur parallèle, mais ces deux options ont été jugées irréalistes ou trop coûteuses (un milliard de dollars).

Le Comité permanent de suivi des eaux usées de Montréal ne s'est toujours pas réuni depuis que l'affaire du déversement a éclaté.

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