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Diplomation : des comparaisons « imparfaites » entre le Québec et l'Ontario, juge le ministre Proulx

Comparer les taux de diplomation du Québec et de l'Ontario est approximatif, selon le ministre québécois de l'Éducation, qui affirme que l'étude de l'Institut du Québec rendue publique mercredi ne tient pas compte de plusieurs facteurs, dont la structure des diplômes.

Questionné par les journalistes à son arrivée au caucus mercredi matin, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a reconnu d'emblée que le Québec « accuse depuis plusieurs années un certain retard en termes de diplomation ».

Il a cependant souligné l'existence de certaines différences entre les deux provinces qui pourraient expliquer ce décalage.

« Le taux de passage pour les notes en Ontario est de 50 %, il est de 60 % au Québec. Et pour obtenir son diplôme d’études secondaires au Québec, il faut réussir toutes les épreuves à sanction qui sont inscrites au diplôme. En Ontario, on peut aménager à l’intérieur de son diplôme deux ou trois matières qui nous permettent d’obtenir le diplôme si certaines matières sont vues comme trop difficiles », a nuancé Sébastien Proulx.

Il est à noter que les élèves ontariens ont également une année de plus que les Québécois à suivre au secondaire, soit une 12e année, avant d'obtenir leur diplôme.

« Au Québec, tous et toutes, nous avons un travail à faire. Il est exigeant, il n’y a pas assez de valorisation au niveau de l’éducation; je parle de la littéracie et de l’importance de débuter très tôt ce travail de préparation à la vie scolaire, même avant l’école », a ajouté le ministre Proulx.

Des données alarmantes

L'Institut du Québec, un organisme formé par le Conference Board du Canada et HEC Montréal, révèle que dans les écoles secondaires publiques, le taux de diplomation dans les délais prévus au Québec et en Ontario était respectivement de 65 % et de 72 % en 2008, puis de 64 % et de 84 % en 2015.

Or, durant la période où l'Ontario a amélioré de 12 points de pourcentage son taux de diplomation, celui du Québec a stagné et même régressé en dépit d'investissements comparables en Éducation dans les deux provinces, a noté l'Institut.

L'étude révèle également que seulement 51,4 % des garçons qui fréquentent les écoles publiques francophones obtiennent leur diplôme d’études secondaires dans le délai requis de cinq ans.

Financement moins efficace au Québec

En ce qui a trait aux investissements en éducation qui ont été faits au Québec et qui n'ont pas fourni un rendement comparable à celui observé en Ontario, le ministre Proulx a déclaré que le problème de diplomation que connaît le Québec n'est pas qu'un enjeu de financement.

« C’est aussi un enjeu d’organisation du système scolaire et des programmes qu’on met de l’avant », a-t-il reconnu en ajoutant que son gouvernement déploie d'importants efforts à ce chapitre.

La réussite des garçons toujours préoccupante

Pour ce qui est de l'écart de diplomation important entre les garçons et les filles qui persiste au Québec, le ministre Proulx s'est dit très préoccupé par ce problème tout en soulignant que la situation s'améliore lentement.

« L’écart entre les garçons et les filles, ça me préoccupe beaucoup. Il ne faut pas voir cela comme une fatalité, on peut renverser la tendance », croit le ministre.

« Lorsqu’on a parlé des taux de diplomation qui ont dépassé 80 % il y a quelque temps […] on disait que l’écart entre les garçons et les filles avait diminué. Les choses tendent à s’améliorer, les dernières données le disent », a rappelé le ministre.

Le PQ propose une « loi anticompression » en éducation

Bien qu'elle soit connue depuis de nombreuses années, une telle contre-performance du système d'éducation québécois, révélée à quelques mois des élections, a suscité de nombreuses réactions dans les rangs de l'opposition. Le Parti québécois a déposé mercredi un projet de loi « anticompression » en éducation pour que le gouvernement arrête « de jouer à la loterie avec l'avenir et le développement de nos enfants », a déclaré la députée péquiste de Joliette, Véronique Hivon.

Selon le Parti québécois, il ne faut plus que les enfants du Québec fassent les frais de vagues de compressions financières en éducation comme ce fut le cas au cours des dernières années, sous le gouvernement Couillard. Des compressions qui, selon le PQ, ont privé des milliers d'enfants québécois de l'aide et des services spécialisés dont ils avaient besoin simplement parce qu'ils ont eu la malchance d'entrer à l'école pendant ces années de compressions en éducation.

Ce projet de loi destiné à protéger les budgets des services de garde éducatifs, de l'éducation et de la protection de la jeunesse, vise à éviter de priver à nouveau des enfants d'âge scolaire et préscolaire de services pédagogiques spécialisés comme l'orthopédagogie pour des raisons purement financières. Les pénuries de services créées par ces compressions ont entraîné des retards d'apprentissage que plusieurs ne rattraperont jamais au cours de leur vie, a déploré Mme Hivon.

Un retard « inexcusable », selon la CAQ

Pour le député caquiste de Chambly, Jean-François Roberge, le gouvernement libéral, qui est au pouvoir depuis près de 15 ans au Québec n'a aucune excuse pour expliquer ce retard du taux de diplomation au Québec.

Pour le député de Chambly, ce n'est pas qu'un problème d'argent, il faut aussi avoir le courage de revoir le fonctionnement du système d'éducation notamment en implantant la maternelle à 4 ans, en obligeant les jeunes à aller à l'école jusqu'à 18 ans, en créant un institut national d'excellence ou encore en créant un ordre professionnel des enseignants, ce qui n'a jamais été fait par les libéraux au Québec, rappelle-t-il.

Un modèle à revoir, selon QS

Dans les rangs de Québec solidaire, le porte-parole du parti et député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois, a aussi déploré le fait que le Québec soit un « cancre » en matière de diplomation au secondaire.

Une situation qu'il attribue aux coupes budgétaires récurrentes qui ont miné le système d'éducation public au Québec pendant que les écoles privées, elles, reçoivent un généreux financement de la part de l'État.

« Depuis plusieurs années, on fait subir des chocs en matière de financement à notre réseau d’éducation » plutôt que de veiller à en assurer la pérennité, a déploré Gabriel Nadeau-Dubois.

La FAE dénonce un rapport méprisant envers les enseignants

Dans un communiqué, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a vivement critiqué le rapport de l’Institut du Québec qui conclut au retard de la province sur l'Ontario en matière de diplomation au secondaire. D'après la FAE, celui-ci présente « des conclusions erronées et méprisantes envers les professeurs ». Elle ajoute que les auteurs du rapport négligent les effets du « sous-financement chronique » du réseau des écoles publiques du Québec. Pour la FAE, le rapport ne prend pas en compte d’autres facteurs, comme la pauvreté, l’intégration « massive et désordonnée d’élèves handicapés », ainsi que « la politique d’austérité » du gouvernement de Philippe Couillard.

Enfin, comme l'a fait le ministre Proulx, la FAE critique le fait que la comparaison du niveau des élèves ontariens et québécois, flatteuse pour l’Ontario, ne tient pas compte du fait que la note de passage pour obtenir un diplome au Québec est de 60 %, alors qu'elle est de 50 % en Ontario.

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