Dans une semaine, lors d'un congrès à Toronto, les militants du Parti conservateur choisiront qui des 13 candidats à la direction succédera à Stephen Harper. Dans moins de deux ans, les conservateurs devront être prêts à partir en campagne, avec en main les arguments nécessaires pour convaincre les Canadiens de leur refaire confiance. Troisième et dernier reportage préparé par l'équipe de l'émission Les coulisses du pouvoir.

Après les débats, les accrochages et les attaques, les conservateurs doivent maintenant songer à une chose : regrouper 13 positions parfois difficilement réconciliables afin de battre les libéraux lors des prochaines élections.

Dès le 28 mai, la mission de celui ou de celle qui l'emportera est claire, préparer le scrutin du 21 octobre 2019.

Pour y arriver, il est essentiel que le Parti conservateur ressorte unifié après cette course à la direction, avance le candidat Andrew Scheer.

« La première chose [que le prochain chef doit faire] est d'appeler tous les autres candidats et les remercier pour leur travail [...] Chez chaque candidat, il y a de bonnes idées, de bonnes politiques. Je suis rassembleur, je peux maintenir l'unité de notre caucus en trouvant les meilleures idées chez chaque candidat et créer un plan pour les élections de 2019 », dit-il.

Le député de Saskatchewan ajoute que cette course aura permis de faire grimper à 259 000 le nombre total de membres du parti, un accomplissement « extraordinaire », selon lui.

Un chiffre qui illustre peut-être aussi toute la diversité du mouvement conservateur au Canada. C'est pourquoi Michael Chong estime être le candidat le plus apte à réunir les différentes tendances.

Dans ce contexte, certains candidats croient que les divergences mises au jour durant la campagne, notamment sur l'immigration et la gestion de l'offre, peuvent jouer en faveur du parti. C'est le cas de Steven Blaney.

« Je suis très fier d'être conservateur tout en acceptant une diversité de points de vue et en respectant la ligne de parti. Comme formation politique, il faut respecter les différences et c'est l'une des grandes victoires de cette course à la chefferie où on a pu voir des gens s'exprimer sur différents enjeux, mais partager une vision commune pour l'avenir de notre pays », pense le député de la région de Québec.

Kellie Leitch, dont la campagne s'est presque uniquement consacrée aux enjeux entourant l'immigration, est quant à elle convaincue d'avoir fait progresser le Parti conservateur.

« Je pense que de nouvelles personnes se sont engagées en politique à cause de ma campagne, parce que j'ai parlé d'enjeux de gros bon sens dont les Canadiens parlent », indique l'ancienne ministre.

Gagner en français

Pas question pour les candidats de modérer les attentes pour ce parti en pleine reconstruction après avoir perdu le pouvoir. Et pas question non plus d'accorder quelque importance que ce soit aux critiques qui disent que sans candidats vedettes, comme Peter MacKay, James Moore ou Jason Kenney, celui ou celle qui sera bientôt élu pourrait être un chef de transition.

Maxime Bernier est persuadé que le prochain chef conservateur a d'excellentes chances de devenir premier ministre.

« Les conservateurs sont conscients qu'on a une opportunité dans deux ans parce que l'économie ne va pas bien. Les gens ne s'enrichissent pas actuellement. Et ça prend un leader capable d'avoir plus de sièges au Québec », analyse celui qui est considéré comme le meneur dans cette course.

L'importance du Québec, et l'impossibilité d'y faire des gains, c'est d'ailleurs le constat qui a convaincu Kevin O'Leary de quitter la course et de donner son appui à Maxime Bernier.

Prendre plus de sièges au Québec commence par la capacité du prochain chef à parler français. Un débat qu'on croyait révolu, mais qui est revenu durant cette course. Une nécessité, croit Andrew Scheer.

« Je pense que c'est une question très importante. Il y a 100 circonscriptions au Canada avec une population francophone. Évidemment, au Québec c'est 78. Je suis bilingue, je suis né à Ottawa où j'ai étudié 13 ans dans une école avec un programme d'immersion. »

Malgré les moqueries suscitées par leur piètre maîtrise du français lors du débat francophone à Québec, les principaux candidats estiment qu'ils tirent bien leur épingle du jeu.

« J'ai commencé ma formation en janvier 2016 et j'ai pratiqué chaque jour. J'espère que mon français s'est amélioré, mais je dois pratiquer chaque jour », admet Kellie Leitch.

Député de l'Ontario et ancien membre du cabinet Harper, Erin O'Toole insiste lui aussi sur l'importance d'avoir un chef bilingue.

« C'est très important pour notre chef d'écouter et de parler dans les deux langues officielles. Pour moi, je pense que c'est une question de respect pour tous les Canadiens et Canadiennes. Je parle un français correct et je vais rester chaque semaine cet été au Québec, pour bien connaître les régions, les gens et améliorer mon français avec ma famille », explique-t-il.

Pour un francophone comme Maxime Bernier, la question du bilinguisme ne se pose pas, mais le Beauceron dit tirer une fierté de l'accueil qu'il reçoit dans le Canada anglais.

« Quand je suis dans l'Ouest canadien, les gens m'appellent « l'Albertain du Québec ». Pour moi c'est un beau compliment, ils sont conscients qu'il faut avoir un chef capable de débattre contre Justin Trudeau en français et en anglais et je pense que ça m'avantage », dit-il.

Un adversaire commun

Au bout du compte, malgré les prises de bec des derniers mois, tous les candidats ont un adversaire commun, Justin Trudeau.

Quelles sont les chances de battre le premier ministre en 2019? Michael Chong pense pouvoir déjouer les prédictions.

« Il y a quatre ans quand Justin Trudeau a gagné la course à la chefferie du Parti libéral, peu de gens pensaient qu'il allait gagner une grande majorité aux prochaines élections, mais il l'a fait. Donc, pour moi on peut gagner en 2019, mais ça va commencer avec un chef qui peut communiquer en français avec nos concitoyens, c'est obligatoire, sinon on va donner les prochaines élections au Parti libéral. »

Comment battre les libéraux alors? En misant sur leurs résultats, ou l'absence de ceux-ci, selon Erin O'Toole.

« Comme j'ai déjà dit, les Canadiens aiment M. Trudeau, mais ils n'aiment pas sa performance sur les enjeux importants. Pour notre parti, il y a une grande opportunité lors de la prochaine élection, parce que les Canadiens veulent un leader avec du jugement, avec de l'expérience et je suis un chef comme ça », avance-t-il.

Aussitôt l'éreintante course à la direction terminée, le prochain chef entamera dès lors un parcours tout aussi ardu, sinon plus, en vue du prochain scrutin.

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