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Disparition de Nicole Morin : le père se confie 30 ans plus tard

Il y a 30 ans, la petite Nicole Morin disparaissait à Toronto. La fillette de huit ans a quitté l'appartement de sa mère pour aller se baigner avec une amie qui l'attendait à l'extérieur, mais personne ne l'a vue sortir de l'immeuble. Après des années de silence, son père a accordé une entrevue exclusive à la CBC.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

À 76 ans, Art Morin garde toujours sur lui une photo de sa fille Nicole. Ses recherches en dix ans aux côtés d'un détective privé l'ont mené en Californie, en Colombie-Britannique et au Québec.

C'est avec foi, philosophie et résignation qu'il a aujourd'hui surmonté son chagrin.

Un malheur n'arrive jamais seul. La sœur de M. Morin avait été assassinée en 1961 par son beau-frère et il ne cesse de se remémorer une prophétie du meurtrier à l'époque. « Il nous avait dit, raconte-t-il, qu'il viendrait prendre sa revanche [de sa condamnation] un jour contre notre famille. »

Dans l'espoir de retrouver sa fille, M. Morin est même allé en Californie, où avaient déménagé l'ex-mari et le garçon de son ancienne épouse, Jeannette, aujourd'hui décédée. « Je suis allé à Santa Monica avec un détective, se souvient-il, pour confronter le père de Rick en 1986, parce que nous pensions qu'il aurait pu kidnapper notre fille. » Ses recherches, avoue-t-il, n'ont pas été concluantes.

L'enquête se poursuit

Selon les enquêteurs, Nicole Morin a disparu en s'en allant vers l'ascenseur de son étage dans l'immeuble de sa mère. Son amie qui l'attendait au rez-de-chaussée ne l'a jamais vue descendre.

Une reconstitution de l'enlèvement a d'ailleurs déjà été filmée et mise en ligne, il y a un an, pour raviver la mémoire d'éventuels témoins oculaires et éveiller la conscience du ravisseur s'il est toujours en vie.

La vidéo d'Échec au crime aura permis d'obtenir des indices, puisque le dernier filon du public a permis aux enquêteurs de fouiller un boisé près de Barrie l'automne dernier, mais sans succès. La police n'écarte pas néanmoins cette piste dans le canton de Springwater.

La sergente-détective Madelaine Tretter n'est donc pas prête à clore l'enquête pour autant et elle compte sur de nouveaux indices. « Nous sommes convaincus, dit-elle, que quelqu'un sait ce qui arrivé à Nicole et nous espérons que cette personne se rapporte aux autorités. »

M. Morin félicite les policiers pour leur travail dans cette affaire. Il ne montre personne du doigt, mais il ne comprend pas la raison pour laquelle son ex-femme a attendu cinq heures avant d'alerter les policiers, lorsque la petite amie de sa fille l'a appelée pour lui signifier que Nicole n'était toujours pas descendue de l'immeuble.

Marche commémorative

La police a par ailleurs décidé d'organiser une marche de 5 km le 19 août prochain à la mémoire de Nicole dans le parc Centennial de Toronto, question de raviver encore une fois les souvenirs de son entourage de l'époque. Les fonds qui y seront recueillis seront versés à un organisme qui vient en aide aux enfants disparus au pays.

La directrice de l'organisme Enfant-Retour Québec, Pina Arcamone, pense que ces événements sont déterminants pour les policiers, parce qu'il s'agit de faire comprendre à des personnes qui auraient été témoins de l'enlèvement ou qui en auraient entendu parler de se confier à la police. « Il faut que cette personne comprenne que les Morin ont souffert durant 30 ans, dit-elle, et qu'elle ait besoin de raconter ce qu'elle sait pour que cette famille connaisse un dénouement dans cette affaire. »

Mme Arcamone pense en outre que le témoignage de M. Morin est important : « Ces familles ont besoin d'une réponse, qu'elle soit bonne ou mauvaise; ces parents ont besoin de savoir avec certitude où est leur enfant, pour qu'ils puissent faire leur deuil si l'enfant est mort, ou pour qu'ils cessent de le chercher s'il est en vie. »

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