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Donald Trump change de ton et documente ses affirmations

Il y a un an, Donald Trump était la curiosité du monde politique américain. Puis il est devenu la bête noire, celui qu'il fallait renier. Maintenant, les républicains cherchent à s'en accommoder. Le milliardaire s'est transformé en équilibriste. Un anti-politicien qui veut réussir dans la grande arène politique.

Yanik Dumont Baron

  Une analyse de Yanik Dumont Baron

Donald Trump l'équilibriste, c'est celui qui oscille entre l'homme d'affaires au franc-parler et le candidat discipliné. Entre l'outsider prêt à tout et le politicien calculateur. Les 10 derniers jours de sa campagne sont peut-être ceux où ce difficile équilibre a été le plus visible.

Récemment, on se demandait s'il allait tomber de son fil. Sa campagne était si désorganisée, si sous-financée, qu'on pouvait croire que le milliardaire ne voulait pas vraiment devenir président. Mais le funambule semble avoir repris son équilibre.

D'abord, le ton est différent. En une semaine, Donald Trump a prononcé deux importants discours, lus sur des télésouffleurs. Pas d'idées qui partent dans tous les sens, mais des attaques bien précises contre l'adversaire pressentie, Hillary Clinton.

Depuis une semaine, le camp Trump bombarde les boîtes de courriels des journalistes d'attaques contre Clinton. Certaines sont très détaillées, y compris de multiples références et des liens vers les sources des allégations. Une tactique utilisée depuis plusieurs mois déjà par le camp Clinton.

Donald Trump a aussi commencé à solliciter des fonds auprès de ses partisans. Il faudra attendre encore un peu pour avoir un bilan officiel, mais tout indique qu'il a réussi à convaincre les républicains d'ouvrir leurs chéquiers. Il aurait récolté plus de 10 millions de dollars en quelques jours. Pas mal pour un candidat qui est pourtant parmi les moins appréciés de l'histoire américaine.

Discrètement, le camp Trump a aussi commencé à recentrer ses positions les plus controversées. L'interdiction d'entrée pour tous les musulmans? Elle s'appliquerait surtout aux ressortissants venant de pays avec beaucoup d'activités terroristes. Le milliardaire l'a dit lui-même : il n'aurait pas de problème à laisser entrer un musulman venant d'Écosse.

Rallonger le mur à la frontière mexicaine? Ça serait toujours dans les cartons, mais l'idée de déporter en masse les quelque 11 millions de sans-papiers semble s'être évaporée. D'ailleurs, le document qui détaille ses positions sur la question ne parle que de déporter ceux qui ont un dossier criminel, font partie de gangs criminalisés ou ont conduit en état d'ébriété. Des idées plus près des pratiques actuelles.

Officiellement, le camp Trump se défend de reculer. On parle plutôt de précisions, de positions qui se raffinent. Ça fait partie du jeu pour rester en équilibre sur un long fil de fer. Donald Trump veut rassurer les bonzes de son parti. Les élus qui comptent sur lui pour leur propre campagne cet automne. Des gens bien inquiétés par les propos incendiaires et le style combatif du milliardaire.

Mais il ne peut pas donner un trop grand coup pour se recentrer, pour rester sur ce fil. Après tout, l'équilibriste est aussi un candidat venu de l'extérieur. Celui qui ne doit rien à personne, qui n'hésite pas à bousculer l'ordre politique établi. C'est pour ce candidat que des millions d'Américains sont allés voter ce printemps.

Pour eux, Donald Trump continue de briser plusieurs tabous républicains. Après l'attentat d'Istanbul, il a répété qu'il fallait être plus agressif contre le terrorisme, a parlé de torture. Il n'a pas vraiment commenté la dernière décision de la Cour suprême sur l'avortement. Et il continue de railler contre le libre-échange tous azimuts. Des positions qui donnent des maux de tête à plusieurs secteurs de l'électorat républicain.

C'est ce Donald Trump qui a enflammé les passions durant les primaires, c'est celui qui restera sur un fil de fer jusqu'aux élections de novembre.

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